Conflit israélo-palestinien: pas d’accalmie à Gaza en vue, l’offensive diplomatique s’intensifie

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Des soldats de Tsahal à la frontière de Gaza le 18 mai 2021. (Twitter/Haaretz)
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Alors que l’offensive de la communauté internationale s’intensifie ce mardi pour tenter de faire cesser les bombardements de l’armée israélienne sur Gaza et les salves de roquettes palestiniennes sur Israël, les combats n’en continuent pas moins de faire rage, sans accalmie en vue après un peu plus d’une semaine d’escalade meurtrière.

Mise à jour 18/05/2021, 9h38

Israël a décidé ce mardi de refermer un point de passage vers l’enclave palestinienne de Gaza par lequel était acheminée de l’aide humanitaire, après des tirs d’obus, ont indiqué les autorités israéliennes. Des obus ont été tirés en direction du point de passage de Kerem Shalom «alors qu’entraient des camions transportant de l’aide civile donnée par des organisations humanitaires internationales», a indiqué le COGAT (Coordination of Government Activities in the Territories), l’organe israélien chargé des opérations civiles dans les Territoires palestiniens.  

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Depuis le début, lundi, des hostilités entre l’État hébreu et des groupes palestiniens de la bande de Gaza, au moins 212 personnes, en majorité des Palestiniens, ont été tuées.

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit, lui, se réunir pour la quatrième fois en urgence mardi, alors que les États-Unis refusent toujours l’adoption d’une déclaration du Conseil appelant à « une cessation des violences ». Le président américain Joe Biden, accusé par son camp de manque de fermeté face à Israël, a toutefois exprimé lundi soir son soutien à un « cessez-le-feu », lors d’un nouvel entretien téléphonique avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.

Mais Netanyahu est jusqu’ici resté sourd aux appels à un cessez-le-feu «Notre ligne est de continuer à frapper les cibles terroristes», martelait lundi soir le chef du gouvernement israélien.

Dans un communiqué hier, le premier ministre israélien a déclaré qu’il avait terminé son évaluation de la situation au siège de Tsahal et qu’il avait approuvé les plans militaires avec le ministre de la Défense, le chef d’état-major et les chefs du Conseil de sécurité nationale, le Shin Bet et le Mossad.

«Les instructions sont de continuer à frapper des cibles terroristes »« », a déclaré un communiqué du Premier ministre. «L’armée israélienne le fait bien; aujourd’hui [lundi, NDLR], elle a assassiné un autre haut commandant du Jihad islamique [le commandant de la division nord du Jihad islamique à Gaza, Hussam Abu Harbid, NDLR] , nous avons frappé l’unité navale du Hamas et nous continuons à frapper sous terre, avec le « métro » [les tunnels souterrains, NDLR] du Hamas et d’autres cibles pour restaurer le calme et la sécurité pour tous les citoyens d’Israël.».

Et le porte-parole en chef de l’armée israélienne, le brigadier-général Hidai Zilberman, a déclaré aujourd’hui qu’il continuait d’opérer à Gaza conformément à une liste d’objectifs pour les 24 heures à venir.

« Les Forces de défense israéliennes ne parlent pas d’un cessez-le-feu. Nous nous concentrons sur les tirs », a-t-il déclaré à la radio de l’armée.

L’armée israélienne dit qu’elle a continué d’attaquer les postes du Hamas pendant la nuit, notamment les maisons privées des commandants du Hamas et cinq quartiers généraux. Elle a également mené 65 frappes sur les tunnels du Hamas dans toute la bande de Gaza.

En outre, le porte-parole de Tsahal a déclaré qu’au moins 150 commandants du Hamas et du Jihad islamique avaient été tués depuis le début du conflit la semaine dernière.

Tsahal affirme que les attaques contre les cibles du Hamas se poursuivront dans les heures à venir.

Hier, les bombardements avaient touché, notamment, les bureaux à Gaza du Croissant-Rouge qatari ainsi que la seule clinique pratiquant des dépistages de la COVID-19 dans l’enclave palestinienne.

À la crise sécuritaire s’ajoute donc le risque d’une crise humanitaire, avec près de 40 000 Palestiniens déplacés et 2500 personnes qui ont perdu leur maison dans les bombardements, souligne pour sa part aujourd’hui dans un compte-rendu de la situation Mai Yaghi, native de Gaza et correspondante de l’Agence France-Presse dans l’enclave palestinienne.

Le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir à Gaza, a pour sas part menacé de tirer de nouvelles roquettes en direction de Tel-Aviv si l’aviation israélienne ne cessait «pas de cibler des civils», tandis que ses roquettes tombaient par dizaines sur le sud d’Israël.

L’armée israélienne quant à elle ciblent, notamment, les tunnels souterrains qui permettent selon Israël au mouvement islamiste de faire circuler ses munitions, ainsi que les maisons de commandants du Hamas, affirmant que certaines servaient à «stocker des armes».

Au moins 212 Palestiniens ont été tués au cours de la semaine de fortes frappes aériennes, dont 61 enfants et 36 femmes, avec plus de 1 400 blessés, selon le ministère de la Santé de Gaza.

Côté israélien, 10 personnes ont été tuées, dont un enfant, et 294 blessées après des tirs de roquettes.

Sur un autre front, de nouvelles roquettes ont été tirées du sud du Liban vers Israël, mais ne sont pas tombées en territoire israélien, a indiqué l’armée israélienne en faisant état de tirs de représailles en direction du  point de lancement» des projectiles.

La diplomatie impuissante

En Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, le président Mahmoud Abbas a plaidé devant l’émissaire américain Hady Amr pour une «intervention» de Washington.

Mais la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki a défendu l’approche diplomatique «discrète», mais «intensive» de Washington dans ce dossier alors que l’administration Biden est sous le feu des critiques de l,aile gauche du parti démocrate pour sa gestion de la crise israélo-palestinienne.

Pr ailleurs, les démocrates de la commission des affaires étrangères de la Chambre demanderont à l’administration Biden de retarder la vente de 735 millions $ US de missiles à guidage de précision à Israël en attendant un examen, rapporte pour sa part le quotidien israélien Haaretz.

Les démocrates ont tenu une réunion d’urgence sur le projet de vente, dit avoir appris le quotidien, après que le Washington Post ait signalé la vente d’armes, y compris des kits de munitions d’attaque directe conjointes (« JDAM ») qui transforment les bombes en missiles à guidage de précision et en unités de bombes guidées-39 (GBU- 39), une arme développée pour pénétrer dans des installations fortifiées situées profondément sous terre. Le département américain de la Défense avait auparavant vendu à Israël 14500 JDAM lors d’une vente d’armes de 1,8 milliard de dollars en 2015.

Le département d’État, tenu par la loi de fournir une notification à l’avance de 15 jours de toute vente d’armes, a initialement fourni un avis officiel de la vente proposée le 5 mai avant la récente vague de violence.

Les présidents français Emmanuel Macron et égyptien Abdel Fattah Al-Sissi travaillent eux aussi à une médiation visant à obtenir un cessez-le-feu et comptent solliciter l’appui de la Jordanie. Un autre canal s’est ouvert, par l’entremise de l’ONU, aidée du Qatar et de l’Égypte.

Bruxelles se penchera à son tour sur le conflit en cours, le plus meurtrier depuis l’été 2014, lors d’une visio-réunion d’urgence des ministres européens des Affaires étrangères prévue dans la journée.

Le nouveau conflit a éclaté le 10 mai avec un barrage de roquettes du Hamas sur Israël en «solidarité» avec les centaines de manifestants palestiniens blessés dans des heurts avec la police israélienne sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem-Est. À l’origine des violences, se trouve la menace d’expulsion de familles palestiniennes au profit de colons israéliens dans le secteur de Cheik Jarrah de Jérusalem-Est.

Les hostilités se sont aussi étendues à la Cisjordanie, où des affrontements avec l’armée israélienne ont fait 20 morts en une semaine selon un dernier bilan palestinien. Le Fatah a appelé à une «journée de colère» et de grève générale mardi, appel également relayé dans les villes arabes israéliennes et dans les villes «mixtes» d’Israël, où la tension entre Juifs et Arabes est plus élevée que jamais, faisant craindre le pire.