Des milliers de familles déplacées par les combats dans le nord-est de l’Afghanistan

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Quelque 5000 familles afghanes ont fui leur foyer à Kunduz, ville du nord-est de l’Afghanistan encerclée par les talibans après plusieurs jours de combats entre les insurgés et les forces gouvernementales, ont annoncé samedi des responsables locaux, rapporte l’Agence France-Presse.

Les talibans ont encerclé cette capitale provinciale déjà tombée deux fois entre leurs mains, en 2015 et 2016, et pris le contrôle du principal poste-frontière vers le Tadjikistan, ainsi que de plusieurs autres points de passage et districts ruraux.

«Environ 5000 familles ont été déplacées par les combats», a déclaré Ghulam Sakhi Rasouli, directeur du Département des réfugiés et rapatriés de Kunduz.

Parmi ces familles, 2000 se sont réfugiées à Kaboul et dans d’autres provinces.

De nombreuses personnes ont trouvé refuge dans une école de Kunduz et ont reçu une aide alimentaire et matérielle, a indiqué Ghulam Rabbani Rabbani, membre de l’assemblée provinciale, alors que les talibans continuent d’assiéger la ville.

Des vidéos tournées par l’agence de presse montraient des dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, assises dans des tentes dressées dans l’enceinte d’une école.

«Nous avons ici six familles qui vivent ensemble depuis trois jours… Vous voyez mes enfants assis par terre», a expliqué Juma Khan, qui a quitté son domicile avec sa famille.

«Nous n’avons toujours pas reçu d’aide. Une équipe est venue aujourd’hui pour faire une enquête auprès de quelques familles, mais après quelques minutes, elle est partie», regrette Akhtar Mohammad, qui a également trouvé refuge dans l’école.

Quelque 8000 autres familles ont été déplacées dans l’ensemble de la province de Kunduz à la suite des affrontements sporadiques qui se sont poursuivis pendant un mois entre les insurgés et les forces gouvernementales, a ajouté M. Rasouli.

Les autorités ne sont pas en mesure de fournir une aide d’urgence à toutes les familles déplacées dans l’ensemble de la province, a-t-il souligné.

Selon le directeur des services de santé de la ville de Kunduz Ehsanullah Fazli, 29 civils ont été tués et 225 blessés depuis le début des combats il y a plus d’une semaine.

Les combats font rage depuis plusieurs jours dans la province de Kunduz, les insurgés et les forces gouvernementales s’affrontant chaque jour.

La prise mardi du poste-frontière de Shir Khan Bandar, un axe névralgique pour les relations économiques avec l’Asie centrale, est l’un des plus importants succès militaires des insurgés de ces derniers mois.

Frappes américaines

Pendant ce temps, vendredi, les forces américaines ont ciblé les positions des talibans dans le nord de l’Afghanistan, a rapporté Fox News, citant un responsable américain de la défense.

Selon ce responsable, l’armée américaine a mené des frappes aériennes contre les talibans dans les provinces de Baghlan et Kunduz.

«Un nombre inconnu de combattants talibans ont été tués dans les provinces de Baghlan et de Kunduz, où les frappes ont eu lieu»,a indiqué le responsable.

Les talibans ont également confirmé que leurs militants étaient ciblés par les frappes aériennes américaines.

Le groupe a condamné l’attaque, avertissant que «De telles provocations ouvrent la porte à une réponse.»

«Les envahisseurs devraient se concentrer sur le retrait, ne pas s’impliquer dans la guerre ni prolonger la tragédie des Afghans. Sinon, ils seront responsables des conséquences », a déclaré Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans.

Les forces américaines en Afghanistan n’ont pour leur part pas encore commenté les frappes.

Depuis début mai, les talibans ont lancé plusieurs offensives de taille dans les zones rurales. Ils affirment avoir pris le contrôle de 87 des plus de 400 districts afghans.

Nombre de leurs affirmations sont toutefois contestées par le gouvernement et difficiles à vérifier de manière indépendante. Quant aux affirmations du gouvernement de Kaboul, elles sont elles aussi sujettes à caution.

Il n’en reste pas moins que, si les forces afghanes n’ont réussi qu’à ne reprendre le contrôle que des quelques districts dont se sont emparés les talibans dans les dernières semaines, et ce, peut-être temporairement, le pire est à craindre lorsque les forces du gouvernement de Kaboul n’auront plus aucun soutien militaire américain.

Ashraf Ghani: courage ou déni

De son côté, en conférence de presse vendredi à l’issue de ses rencontres avec le président américain Joe Biden, la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis Nancy Pelosi et d’autres responsables et parlementaires américains, le président afghan Ashraf Ghani a déclaré que les forces afghanes sont prêtes à assurer la sécurité du pays et qu’il respecte la décision des États-Unis de se retirer leurs troupes d’Afghanistan.

«La force n’est pas un moyen de contraindre un Afghan à se soumettre. Nous les appelons toujours [les talibans, NDLR] à un cessez-le-feu et à s’engager dans un processus politique car un règlement politique est le mécanisme ultime pour mettre fin à une guerre. Comme Lincoln l’a dit, la meilleure façon de traiter un ennemi est de s’en faire un ami», a-t-il déclaré.

Ghani a aussi déclaré qu’un nouveau chapitre s’était ouvert dans les relations Kaboul-Washington suite à l’annonce du retrait des troupes du pays. «Nous respectons cette décision», a déclaré le président afghan. «Il s’agit d’un nouveau chapitre de notre amitié, une relation stratégique et une relation de peuple à peuple et de gouvernement à gouvernement sur lesquelles nous sommes concentrés».

Pendant ce temps, Abdullah Abdullah, président du Haut Conseil pour la réconciliation nationale qui a accompagné le président Ghani lors de son voyage aux États-Unis, a déclaré que la République islamique d’Afghanistan n’arrêterait pas les pourparlers avec les talibans à moins que le groupe ne ferme les portes aux négociations.

«La majorité absolue du peuple afghan veut un règlement pacifique, un règlement pacifique inclusif», a déclaré Abdullah dans une interview à l’agence britannique Reuters. « Sans règlement, quel est le scénario ? Continuer à se battre pour toujours ? Ce n’est pas une solution.», a-t-il dit, semblant ignorer, sans doute volontairement, le scénario tant redouté et pourtant probable d’une simple victoire militaire des talibans au terme d’une guerre civile plus ou moins longue.

Tout cela alors que le premier ministre pakistanais Imran Khan, soulignant dans une interview hier au New York Times que «les talibans pensent qu’ils ont gagné la guerre et donc, par conséquent, notre capacité à les influencer diminue à mesure qu’ils se sentent plus forts», a déclaré que le Pakistan n’engagerait pas d’action militaire contre les talibans s’ils effectuaient une prise de contrôle militaire complète de l’Afghanistan.

Toujours est-il que, sur les 81 districts dont se sont récemment emparés les talibans, les forces afghanes n’en ont repris que six, selon les chiffres d’Ashraf Ghani lui-même. Bref, même s’il serait peut-être prématuré d’annoncer que le bateau est perdu, on doit à la vérité de dire qu’il prend maintenant l’eau de partout et que, apparemment, visiblement, et inexorablement, … il coule.

*Avec AFP