Visas: devant la lenteur des Américains et craignant pour leur vie, des interprètes afghans se tournent vers le Canada

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Craignant pour leur vie, des interprètes afghans se tournent vers le Canada, même si la mission canadienne s’est terminée en 2014. Ici, en 2007, un interprète compte en langue Pashtou l'argent donné aux villageois pour les dédommager de leurs pertes. De gauche à droite; Maj Bouchard, Capt Sylvain Falle du Groupement tactique et le Capt Catherine Larose des Affaires publiques (Armée canadienne)
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Devant la lenteur des Américains à traiter leurs demandes de visas et craignant pour leur vie, des interprètes afghans se tournent vers le Canada, même si la dernière mission canadienne dans ce pays s’est terminée en 2014.

Un groupe d’Afghans qui ont travaillé avec les Forces canadiennes en Afghanistan s’est réuni devant l’ambassade du Canada à Kaboul et a demandé au gouvernement canadien et aux Nations Unies de les aider à trouver l’asile dans les pays occidentaux alors que toutes les troupes étrangères vont quitter le pays avant le 11 septembre, rapporte aujourd’hui la chaîne afghane d’information continue Tolo News.

Les traducteurs et les employés, qui étaient employés par les forces canadiennes en Afghanistan, ont déclaré qu’ils avaient été menacés de mort à plusieurs reprises et qu’ils ne pourraient plus vivre en Afghanistan après le retrait complet des troupes étrangères.

La mission de combat du Canada en Afghanistan a pris fin en 2011; les militaires canadiens ont alors consacré leurs efforts à l’entraînement des forces armées et policières afghanes. Nos derniers militaires ont quitté l’Afghanistan en mars 2014.

Outre leurs activités militaires, les membres des Forces armées canadiennes ont participé à de nombreuses actions humanitaires, comme le creusage de puits, la reconstruction d’écoles et la distribution d’approvisionnements médicaux et de secours, tant dans le cadre de leur mission officielle que de façon bénévole.

Peut-être davantage que plusieurs autres, les efforts déployés par le Canada dans ce pays déchiré pour gagner les esprits et les cœurs auront été nombreux: offrir de l’aide pour renforcer la confiance et conquérir les cœurs et les esprits de la population afghane constituait un objectif majeur.

Le Canada avait également déjà dans le passé mis sur pied un programme d’asile pour les interprètes afghans qui ont travaillé pour les Forces canadiennes, qui a pris fin avec la fin de la mission canadienne.

Il n’est donc pas étonnant que les interprètes afghans et d’autres employés locaux des forces internationales se tournent de nouveau vers le Canada, alors que, selon l’ambassade américaine à Kaboul, environ 18 000 Afghans attendent toujours que leur demande soit traitée, l’équivalent du nombre de demandes de salariés afghans qui ont été validées en 20 ans, selon un rapport du Watson Institute of International and Public Affairs de l’université Brown du Rhode Island.

Les talibans tentent de se faire rassurants, mais ne convainquent personne

Pendant ce temps, les talibans ont appelé lundi les interprètes afghans des forces internationales à «se repentir», mais à rester en Afghanistan après le départ des troupes occidentales, qui accélèrent leur retrait.

Dans un communiqué, les insurgés assurent que ces Afghans «ne courront aucun danger de leur part» et que «nul ne devrait déserter le pays».

«Un nombre important d’Afghans s’est fourvoyé au cours des 20 dernières années d’occupation et ont travaillé avec les forces étrangères comme interprètes, gardes ou autre, et maintenant que les forces étrangères se retirent, ils ont peur et cherchent à quitter le pays», affirment-ils.

«L’Émirat islamique veut leur dire qu’ils devraient exprimer des remords pour leurs actions passées et ne plus s’engager dans de telles activités à l’avenir, qui s’apparentent à une trahison contre l’islam et leur pays», ajoutent les talibans.

«L’Émirat islamique ne leur cherchera pas d’ennuis. Il les appelle à revenir à une vie normale et à servir leur pays», poursuivent-ils. «Nous les voyions comme nos ennemis, mais dès lors qu’ils abandonneront les rangs de l’ennemi, ils redeviendront des Afghans ordinaires dans leur patrie et ne devraient pas avoir peur.»

«S’ils utilisent le danger comme excuse pour renforcer leur faux dossier d’asile, alors c’est leur propre problème», ajoutent les talibans.

Pourtant plusieurs interprètes afghans et d’autres employés locaux qui ont travaillé avec les forces internationales en Afghanistan ont été menacés par divers groupes pour avoir coopéré avec les forces étrangères. Des dizaines et des dizaines ont déjà perdu la vie tandis que des centaines ont été blessées.

Le processus de demande d’asile doit absolument être accéléré

Suite à l’accord de retrait inconditionnel signé avec les talibans par les États-Unis, le président américain Joe Biden a fixé la date symbolique du 11 septembre pour l’achèvement du départ des troupes étrangères, mais les opérations pourraient être terminées dès cet été.

Des milliers d’Afghans ont servi dans leurs rangs en deux décennies.

Avec le retrait accéléré des troupes de l’OTAN, des milliers de traducteurs et interprètes des ambassades et des forces militaires occidentales se ruent vers les consulats en espérant décrocher un visa d’immigration, par crainte de représailles si les talibans reviennent au pouvoir à Kaboul.

Les visas accordés pour les États-Unis se sont drastiquement réduits ces dernières années, des responsables américains affirmant que certains extrémistes se faisaient passer pour des traducteurs.

Mais, devant la menace, il faudra absolument accélérer le traitement des demandes.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a assuré lundi, lors d’une audition parlementaire à Washington, que les effectifs administratifs avaient été renforcés pour examiner les demandes.

Interpellé par l’élu républicain Michael McCaul sur la nécessité d’évacuer ces interprètes au plus vite, car, a-t-il estimé, si les États-Unis les «abandonnent», cela revient à «signer leur mise à mort», le secrétaire d’État s’est voulu rassurant.

«Nous étudions toutes les options», a-t-il dit. Mais «je ne pense pas que le départ de nos forces en juillet, août ou d’ici début septembre sera synonyme d’une détérioration immédiate de la situation», a-t-il insisté.

Le gouvernement britannique a pour sa part affirmé récemment vouloir accélérer la relocalisation de son personnel afghan: 1358 Afghans ont été acceptés par Londres et plus de 3000 personnes supplémentaires devraient bénéficier de ce programme.

Après le retrait de l’armée française du pays fin 2012, nombre d’interprètes ont fait état de menaces et continuent de réclamer un visa pour Paris, mais un peu moins de la moitié des 770 personnels employés à l’époque l’ont obtenu.

Par ailleurs, la France a commencé fin mai à octroyer une centaine de visas aux employés de l’ambassade et autres services officiels français à Kaboul, ainsi qu’à leurs proches.

*Avec AFP