Harcèlement d’un dissident: la justice américaine inculpe deux Chinois

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Le fugitif chinois Lai Changxing en 2011 alors qu'il était reconduit à Pékin depuis le Canada à l'aéroport international de Pékin le 23 juillet 2011. (Archives/JP)
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Les autorités américaines ont annoncé jeudi avoir inculpé deux ressortissants chinois supplémentaires pour leur rôle dans une opération baptisée «Fox Hunt» qui, sous couvert de lutte contre la corruption, vise des opposants réfugiés à l’étranger.

En octobre, plusieurs «agents» chinois avaient été inculpés, et cinq arrêtés sur le sol américain, pour avoir mené une campagne d’intimidation contre un de leur compatriote installé aux États-Unis.

Un nouvel acte d’accusation, publié jeudi, vise deux Chinois supplémentaires, dont une procureure de 50 ans, Tu Lan, soupçonnée d’être venue aux États-Unis en 2017 pour diriger cette « campagne de harcèlement ».  

Selon les autorités américaines, l’opération «Fox Hunt» implique des « brigades de rapatriement » extrajudiciaires, qui opèrent en toute clandestinité pour tenter de forcer des Chinois expatriés à rentrer en Chine.

Officiellement, leurs cibles sont des personnes recherchées par la justice chinoise, souvent pour corruption. Mais pour Washington, il s’agit en fait d’opposants au dirigeant chinois Xi Jinping, de dissidents ou de critiques.

Dans le cas présent, l’acte d’accusation porte sur le harcèlement pendant plusieurs années d’une victime installée aux États-Unis, dont le nom n’est pas rendu public.  

Selon ce document, les agents ont organisé la venue de son père aux États-Unis afin de le localiser, ont filmé sa fille adulte pour exercer des pressions sur lui et lui ont envoyé des messages de menaces.

Ils sont notamment soupçonnés d’avoir placardé sur sa porte la note suivante : « Si vous êtes prêt à rentrer au pays et à passer dix ans en prison, votre femme et vos enfants iront bien. Fin de l’histoire ! »

Selon les autorités américaines, ils ne sont pas parvenus à leurs fins.

Ils sont notamment poursuivis pour avoir été des « agents non déclarés » de la Chine, un chef d’inculpation passible de dix ans de prison.

Les agents de «Fox Hunt» actifs au Canada également

Les agents de «Fox Hunt» emploient diverses tactiques de coercition. Ils opèrent souvent dans les grandes communautés chinoises de la diaspora et entrent sous couverture diplomatique, visas commerciaux ou touristiques, ou se font passer pour des étudiants. Les tactiques courantes incluent le cyber-harcèlement, les appels téléphoniques et l’utilisation de membres de la famille en Chine comme levier.

Les tactiques peuvent aussi être très créatives et les activités des brigades de «Fox Hunt» ne s’arrêtent pas aux États-Unis. En 2018, un agent non identifié de Fox Hunt a acheté des annonces pleine page dans le Ming Pao Daily, un journal en langue chinoise disponible au Canada. Les publicités accusaient un citoyen chinois au Canada d’être un responsable du Parti communiste en fuite, dévoilant son numéro de passeport chinois, sa date de naissance, son numéro d’identité de citoyen chinois et exhortant l’homme à se rendre.

*Avec AFP