Il faut sauver les interprètes afghans et leurs familles, plaide au Canada la Conférence des associations de la défense

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Craignant pour leur vie, des interprètes afghans se tournent vers le Canada, même si la mission canadienne s’est terminée en 2014. Ici, en 2007, un interprète compte en langue Pashtou l'argent donné aux villageois pour les dédommager de leurs pertes. De gauche à droite; Maj Bouchard, Capt Sylvain Falle du Groupement tactique et le Capt Catherine Larose des Affaires publiques (Armée canadienne)
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«Il faut sauver les interprètes afghans et leurs familles dont la vie est en danger» en leur octroyant l’asile politique, plaide la Conférence des associations de la défense dans un communiqué émouvant et qui ne devrait laisser personne indifférent de son président, le lieutenant-général (ret) Guy R. Thibault qui a pris sa retraite des Forces canadiennes (FC) en août 2016 après 38 ans de service.

Mise à jour 20/07/2021, 8h33

Une annonce serait imminente en vue de rapatrier au Canada un peu plus d’une centaine de traducteurs afghans qui ont œuvré auprès des militaires canadiens lors des opérations des Forces armées canadiennes en Afghanistan., rapporte La Presse Canadienne. De passage à Boisbriand, lundi 19 juillet, la vice-première ministre Chrystia Freeland a déclaré qu’il est «évident que le Canada a une obligation morale en ce qui concerne les traducteurs qui aujourd’hui sont peut-être en danger à cause de leur travail pour nous, pour notre pays».

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Celui qui a terminé ses 38 ans de service militaire en 2016 que vice-chef d’état-major de la Défense fut en tant que vice-chef d’état-major de la Défense et qui est aujourd’hui à la tête de l’organisation regroupant 40 associations membres qui représentent plus de 400 000 membres actifs et retraités des Forces armées canadiennes, presse au nom de l’organisation le gouvernement Trudeau «d’agir de toute urgence pour sauver les interprètes afghans et leurs familles dont la vie est en danger parce qu’ils ont choisi d’appuyer notre cause dans le cadre du déploiement de l’OTAN en Afghanistan, et qui sont maintenant d’autant plus en danger à la suite du retrait des forces soutenues par l’Occident et l’avancée des Talibans».

La mission de combat du Canada en Afghanistan a pris fin en 2011; les militaires canadiens ont alors consacré leurs efforts à l’entraînement des forces armées et policières afghanes. Nos derniers militaires ont quitté l’Afghanistan en mars 2014.

Le Canada a déjà dans le passé mis sur pied un programme d’asile pour les interprètes afghans qui ont travaillé pour les Forces canadiennes, mais il a pris fin avec la fin de la mission canadienne.

En juin, selon l’ambassade américaine à Kaboul, environ 18 000 Afghans attendaient toujours que leur demande soit traitée, l’équivalent du nombre de demandes de salariés afghans qui ont été validées en 20 ans, selon un rapport du Watson Institute of International and Public Affairs de l’université Brown du Rhode Island.

Cette semaine, l’administration Biden a dit prévoir désormais d’évacuer 2 500 Afghans directement vers les États-Unis. 10 000 autres dont les vérifications d’antécédents sont toujours en attente iront dans «une base militaire américaine à l’étranger ou dans des pays tiers», a déclaré un porte-parole du département d’État.

Mais, face à l’incertitude et devant la lenteur des Américains à traiter leurs demandes de visas et craignant pour leur vie, des interprètes afghans se sont tournés le mois dernier vers le Canada, même si la dernière mission canadienne dans ce pays s’est terminée en 2014.

Un groupe d’Afghans qui ont travaillé avec les Forces canadiennes en Afghanistan s’est réuni devant l’ambassade du Canada à Kaboul et a demandé au gouvernement canadien et aux Nations Unies de les aider à trouver l’asile dans les pays occidentaux alors que toutes les troupes étrangères vont quitter le pays avant le 11 septembre.

Les traducteurs et les employés, qui étaient employés par les forces canadiennes en Afghanistan, ont déclaré qu’ils avaient été menacés de mort à plusieurs reprises et qu’ils ne pourraient plus vivre en Afghanistan après le retrait complet des troupes étrangères.

Le plan d’Ottawa se fait attendre

Se disant conscient de l’urgence de la situation, le ministre de l’Immigration Marco Mendicino dit travailler maintenant de concert avec les Affaires mondiales et le ministère de la Défense nationale pour faire venir des interprètes afghans au Canada.

Le ministre Mendicino n’a pas toutefois pas divulgué davantage d’information sur les mesures que le Canada entend prendre pour assurer la sécurité des anciens interprètes, traducteurs et conseillers culturels qui ont contribué à la mission canadienne en Afghanistan.

Dans son communiqué publié vendredi 16 juillet, le lieutenant-général (ret) Thibault recommande qu’une voie accélérée pour l’obtention du statut de réfugié soit également être étendue à tous les anciens employés embauchés localement incluant non seulement les interprètes et les traducteurs, mais «les conducteurs et les réparateurs qui ont également appuyé les efforts du Canada dans le cadre de notre mission en Afghanistan».

«Nous reconnaissons que le processus de triage et de traitement des visas représente un défi complexe, particulièrement dans un contexte de guerre. En 2015, le premier ministre Trudeau annonçait un programme massif visant à accorder l’asile à 25 000 réfugiés syriens. Cet exploit a été accompli en 100 jours. Nous avons démontré la capacité et la ferme volonté du Canada en temps de crise. Dans le contexte actuel, il existe une difficulté additionnelle, car les demandeurs d’asile ne sont pas dans des pays limitrophes, beaucoup d’entre eux étant encore au cœur des régions déchirées par la guerre en Afghanistan. Reconnaissant cela, nous exhortons néanmoins le gouvernement à faire tout en son pouvoir afin de remplir notre devoir de les protéger.», écrit le président de la Conférence des associations de la défense

«Ils étaient des amis, des alliés et des héros»

«Ces femmes et ces hommes courageux ont aidé à préserver des vies canadiennes à grand risque pour eux et leurs familles » témoigne le lieutenant général Guy Thibault (ret.), « Notre nation a une dette et nous leur devons soin et compassion, surtout en cette période critique et alarmante. Au-delà de l’action immédiate visant à accélérer le processus de filtrage et d’octroi des visas, nous devrions également faciliter un passage sécuritaire dans la mesure du possible ».

Entre octobre 2001 et 2014, plus de 40 000 membres des Forces armées canadiennes ont été déployé en Afghanistan. La guerre faucha la vie de 165 Canadiens, dont 158 soldats et 7 civils – un diplomate, quatre travailleurs humanitaires, un entrepreneur au service du gouvernement et un journaliste. En outre, 635 membres des FAC ont été blessés au combat et 1412 ont été blessés en patrouille ou en situation de non-combat, rappelle le lieutenant-général (ret) Thibault.

Le major-genéral David Fraser (ret), qui commanda plusieurs milliers de troupes canadiennes et alliés dans la province de Kandahar durant l’Opération Méduse et fut aussi membre du conseil d’administration de l’Institute de la CAD se rappelle de par son expérience personnelle que, “les interprètes et autres employés afghans nous ont permis de communiquer, comprendre et livrer les effets qu’ils qu’ils souhaitaient pour leur pays. Ils ont joué un rôle clé.”, poursuit-il.

«Nos sacrifices communs ne doivent pas être oubliés et nous ne devons pas non plus oublier ceux qui sont venus à notre secours au cours de cette mission dangereuse », conclut Guy Thibault. « Ils étaient des amis, des alliés et des héros. Ils méritent notre plus grand respect pour les risques qu’ils ont pris. Les protéger du danger immédiat est le moins que nous puissions faire. Nous exhortons le premier ministre et son gouvernement à agir rapidement et de manière décisive».

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