Le chef d’état-major de la Défense dévoile un pan du plan de lutte contre les inconduites sexuelles

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Le chef d'état-major par intérim de la Défense du Canada, le lieutenant-général Wayne Eyre. (MDN)
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Le chef d’état-major par intérim de la Défense (CEMD), le lieutenant-général Wayne Eyre, a dévoilé lundi un nouveau plan pour lutter contre les inconduites sexuelles au sein des Forces armées canadiennes (FAC), qui inclura le déploiement d’officiers «gardiens de la culture» sur les navires de guerre, le développement de formations avec des survivantes et le lancement d’un programme de justice réparatrice cet automne, rapporte La Presse Canadienne.

Alors que, depuis cinq mois, une déferlante de scandales en haut de la pyramide militaire secoue les Forces armées canadiennes, le gouvernement libéral et des officiers supérieurs de l’armée — certains n’occupant leur poste que de façon intérimaire après avoir été appelés à remplacer presque «au pied levé» leurs prédécesseurs visés par des allégations d’inconduites sexuelles visant leurs prédécesseurs — avaient promis de s’attaquer à ce problème et de changer la culture au sein de l’armée.

Après Marie Deschamps en 2015, une autre ancienne juge de la Cour suprême, la juriste de réputation internationale Louise Arbour, réalisera à son tour un examen indépendant en profondeur sur l’inconduite sexuelle au sein des Forces armées canadiennes (FAC), annonçait le gouvernement fin avril.

Pour sa part, la cheffe de la conduite professionnelle et de la culture de l’armée, un poste nouvellement crée, la lieutenant-général Jennie Carignan, planche également sur une campagne pour changer les mentalités dans les Forces armées canadiennes.

Mais certains changements, semble-t-il, ne pouvaient attendre. Le 20 juin, l’ex-juge de la Cour suprême Morris Fish, qui avait déposé le 1er au Parlement le rapport du troisième examen indépendant visant des dispositions particulières de la Loi sur la défense nationale (LDN) et leur application, presse maintenant le gouvernement d’agir et demande une réforme urgente du système judiciaire militaire du Canada pour permettre aux victimes d’inconduite sexuelle de cesser de souffrir.

«Il est évident pour le haut commandement que les membres veulent du changement, et pas seulement des paroles. Nous devons aller au-devant de la scène et poser des gestes concrets, afin de démontrer que nous ne faisons pas que lancer des paroles à propos de ce problème que nous tentons de régler», déclare le lieutenant-général Eyre à ses troupes.

«Avec ce communiqué, nous voulons vous présenter une mise à jour des efforts colossaux qui sont faits pour que s’opère un réel changement. Nous planchons sur plusieurs projets simultanément.»

Le CEMD par intérim a ensuite dressé une liste des nouvelles mesures qui seront mises en place, comme le déploiement des nouveaux officiers ayant comme responsabilité de veiller à ce que la culture demeure saine sur les navires et les nouvelles formations développées avec des survivantes.

Il a aussi confirmé que le nouveau programme de justice réparatrice, qui avait été promis en 2019 à la suite d’un règlement lié à une action collective, sera lancé cet automne.

Le lieutenant-général avait indiqué le mois dernier aux médias que ce nouveau programme permettrait à des victimes d’actes commis dans le passé de rencontrer leur agresseur lors d’une séance accompagnée, afin de contribuer au cheminement et de surmonter la douleur.

«Parce qu’il y a trop de victimes qui gardent cette douleur avec eux pendant des décennies », avait-il déclaré.

Des officiers avaient quant à eux mentionné que le programme n’impliquerait pas rencontre en personne d’une victime et de son agresseur. Les survivants seraient plutôt à partager leurs expériences auprès d’un comité, afin que les FAC puissent en tirer les leçons.

Le lieutenant-général Eyre a également laissé entendre que l’armée souhaite adopter une «approche plus globale de justice réparatrice». Il a mentionné que plusieurs mesures à plus grande portée étaient toujours en train d’être développées, mais qu’il n’était pas possible de savoir combien seront implantées.

Des groupes de travail sont notamment en place pour analyser les plus de 100 recommandations formulées par le juge de la Cour suprême à la retraite Morris Fish pour réformer le système judiciaire militaire.

Le lieutenant-général Wayne Eyre a dû prendre le poste de chef d’état-major par intérim en février, lorsque l’amiral Art McDonald s’est retiré seulement cinq semaines après son entrée en poste en raison d’une allégation d’inconduite sexuelle.

La série noire

L’annonce du nouveau plan dévoilé lundi par le lieutenant-général Eyre, sur fond de scandale d’inconduites sexuelles impliquant des officiers supérieurs a été faite par la voie d’une mise à jour auprès des membres de l’armée.

Depuis cinq mois, une déferlante de scandales en haut de la pyramide militaire secoue les Forces armées canadiennes.

Des allégations de comportement inapproprié visant l’ex-chef d’état-major de la Défense, le général à la retraite Jonathan Vance, ont été révélées en février, deux semaines après qu’il a cédé le commandement à l’amiral Art McDonald, qui dû se retirer parce qu’il faisait l’objet d’une enquête de la police militaire pour, lui aussi, une allégation d’inconduite sexuelle.

Puis, ce fut le chef du Commandement du personnel militaire, le vice-amiral Hayden Edmundson qui, faisant à son tour l’objet d’une enquête après qu’une allégation d’agression sexuelle vieille de trois décennies a refaitm surface, qui a dû se retirer. On apprenait aujourd’hui d’ailleurs en lisant le communiqué sur les nouvelles promotions et nominations, qu’il a été définitivement remplacé.

Et la série noire s’est continué. L’ancien commandant des opérations militaires du pays, le lieutenant-général. Christopher Coates a pris sa retraite après qu’un rapport publié dans Postmedia a révélé qu’il avait eu une liaison avec un civil du département de la Défense américain alors qu’il était commandant adjoint du NORAD.

Ensuite, le major-général Peter Dawe, l’ancien commandant des forces spéciales, a été mis en congé payé après qu’on a appris qu’il avait écrit une lettre de soutien à un soldat reconnu coupable d’agression sexuelle.

Puis Global News, la chaîne qui avait révélé en février les allégations visant le général (ret) Vance, a rapporté que le commandant de l’école du renseignement militaire, le lieutenant-colonel. Raphaël Guay, avait été temporairement expulsé en raison d’une enquête.

Et selon la source du Globe and Mail dans l’affaire Dany Fortin, le chef d’état-major de la Défense par intérim, le lieutenant-général Eyre et la sous-ministre de la Défense nationale, Jody Thomas, auraient maintenant décidé que toutes les plaintes crédibles – peu importe à combien de temps remontent les événements allégués, devraient désormais faire l’objet d’une enquête militaire appropriée.

Plus encore, selon la même source, le général Eyre aurait également demandé un examen approfondi de tous les généraux et amiraux, bref, de tous les officiers supérieurs, afin de déterminer s’ils ont eu des problèmes d’inconduite qui pourraient faire surface.

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