L’ex-commandant des Forces spéciales déchu de son poste sera bientôt de retour au QG de la Défense

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Le major-général Peter Dawe, commandant des Forces d'opérations spéciales canadiennes. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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Le major-général Peter Dawe, en congé avec solde après avoir été déchu de son poste de commandant des Forces spéciales canadiennes en mai dernier pour avoir écrit il y a quatre ans pour un soldat coupable d’agression sexuelle sur la femme d’un camarade une lettre favorable qui, présentée à la cour au moment de la détermination de la peine, a contribué à lui éviter la prison, retrouvera bientôt un poste de direction au quartier général de la Défense nationale à Ottawa, rapporte aujourd’hui le Ottawa Citizen sous la plume de David Pugliese.

La décision prise par le chef d’état-major par intérim, le lieutenant-général Wayne Eyre d’accorder à Dawe, a été critiqué par certains dans les Forces armées comme récompensant un officier supérieur avec des vacances payées malgré sa conduite douteuse, écrit le journaliste qui ajoute que le congé de Dawe a coûté aux contribuables un peu plus de 40 000 $ jusqu’à présent.

Mais Dawe va bientôt reprendre le travail. « Une approche délibérée est adoptée pour déterminer la voie à suivre pour le major-général Dawe », a déclaré la porte-parole de la Défense nationale, Jessica Lamirande, citée par le quotidien de la capitale fédérale, ajoutant, sans fournir plus de détails que, «Les futurs emplois seront annoncés au moment opportun».

En mai, le commandant des Forces spéciales du Canada est donc mis en congé indéfiniment avec solde à la suite des révélations selon lesquelles il a écrit une lettre à l’appui à un soldat reconnu coupable d’agression sexuelle sur la femme d’un autre soldat dans sa chaîne de commandement.

Le Major-général Dawe cédera son commandement au commandant adjoint de l’unité et partira en congé, annonçait un communiqué publié par le lieutenant-général Eyre.

Cette décision intervenait alors quelques jours à peine après qu’Eyre a annoncé que Dawe quitterait son poste de chef du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada (COMFOSCAN) la semaine prochaine, avant sa date de départ initiale cet été, devenir directeur général de la politique de sécurité internationale.

Plusieurs s’était alors indigné que le chef d’état-major par intérim de la Défense permette à Dawe en quittant le commandement des forces spéciales de poursuivre sa carrière, presque comme si de rien n’était, et de devenir directeur général de la politique de sécurité internationale.

«Dans l’intérêt de la cohésion et du moral des FAC, et pour maintenir l’orientation opérationnelle du COMFOSCAN, deux impératifs nationaux, j’ai ordonné hier que le major-général Dawe passe immédiatement le commandement au brigadier-général Steve Boivin, l’actuel commandant adjoint, et qu’il parte en congé», avait finalement décrété le lieutenant-général Eyre, plaçant ainsi entre parenthèses la carrière de Peter Dawe.

Une lettre d’appui à un agresseur sexuel sans considération pour les victimes

La télévision publique canadienne de langue anglaise, la CBC, avait révélé le 28 avril 2020 que Peter Dawe avait écrit en 2017 une lettre en faveur d’un soldat qui avait été reconnu coupable d’agression sexuelle, tout en n’offrant aucun soutien aux victimes elles-mêmes, le major à la retraite Kevin Schamuhn et son épouse, la capitaine à la retraite Annalize Schamuhn, qui ont exprimés publiquement leur manque de confiance dans le leadership continu de Dawe suite à cette affaire

Kevin Schamuhn s’était dit choqué d’apprendre que Dawe, qui à l’époque était son supérieur dans les forces spéciales, avait écrit une lettre de référence pour le major Jonathan Hamilton, un soldat reconnu coupable d’agression sexuelle contre Annalise Schamuhn à deux reprises. Hamilton a également été reconnu coupable d’avoir agressé physiquement Kevin Schamuhn à deux reprises.

Lors de l’audience de détermination de la peine, le juge a noté que des lettres de militaires de haut niveau décrivaient Hamilton comme un homme de grande qualité avant qu’il ne souffre d’un état de stress post-traumatique à la suite de multiples déploiements en Afghanistan. Hamilton a alors été condamné à la probation plutôt qu’à la prison. Mais l’année suivante, il a été condamné à trois ans de prison après un deuxième procès pour agression sexuelle dans une affaire distincte.

«Je crois que le général Dawe a perdu son autorité morale pour diriger les forces spéciales», avait déclaré le major (ret) Kevin Schamuhn à la CBC.

Dawe, lui, a écrit une lettre ouverte pour s’excuser pour sa gestion de l’affaire où il admet que lorsque le soldat Hamilton l’a approché dans cette affaire, il a fait preuve d’empathie avec les luttes personnelles de l’agresseur et a répondu avec émotion, mais que, «même si [son] intention était purement motivée, il est clair que l’impact de [ses] actes a été profondément préjudiciable à la victime et à son conjoint.», ajoutant qu’il n’avait pas pensé à la façon dont ses actions seraient perçues par d’autres survivants d’agression sexuelle dans les rangs des Forces armées.

L’appui de Dawe au soldat délinquant paraissait d’autant plus discutable que le soldat dont Dawe et le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry Regiment se sont portés garants a par la suite été reconnu coupable d’une autre agression sexuelle sans rapport et condamné à trois ans de prison.

De plus, la réaction initiale d’Eyre au reportage de la CBC a été de publier une déclaration de soutien ferme à Dawe, affirmant qu’il avait pleinement confiance dans le major-général Dawe, disant qu’il avait accepté la responsabilité de ses actes et avait appris de son erreur.

Puis, devant l’indignation générale, Eyre avait publié une autre déclaration, soutenant à nouveau le général, mais notant également que Dawe prendrait son nouveau poste de directeur général de la politique de sécurité internationale (DGIS Pol) plus tôt que prévu. La sous-ministre de la Défense, Jody Thomas avait également apporté son soutien à Dawe dans la même déclaration.

Mais cela n’a fait qu’alimenter la colère au sein des Forces armées de ceux qui considéraient l’absence de toute punition comme une preuve supplémentaire d’un double standard entre le traitement des officiers supérieurs et ceux des autres membres des Forces.

Et ce n’est finalement que le 2 mai, qu’Eyre a annoncé que Dawe partirait en congé payé, le poste de DGIS Pol que Dawe aurait dû pourvoir restant vacant, un des directeurs généraux adjoints de la Défense nationale assurant l’intérim.

La réponse à la série noire

L’affaire Dawe est survenue alors que le monde militaire canadien étaient plongé dans la tourmente, une déferlante de scandales en haut de la pyramide militaire secouant les Forces armées canadiennes.

Des allégations de comportement inapproprié visant l’ex-chef d’état-major de la Défense, le général à la retraite Jonathan Vance, ont été révélées en février, deux semaines après qu’il a cédé le commandement à l’amiral Art McDonald, qui dû se retirer parce qu’il faisait l’objet d’une enquête de la police militaire pour, lui aussi, une allégation d’inconduite sexuelle.

Puis, ce fut le chef du Commandement du personnel militaire, le vice-amiral Hayden Edmundson qui, faisant à son tour l’objet d’une enquête après qu’une allégation d’agression sexuelle vieille de trois décennies a refait surface, qui a dû se retirer.

Et la série noire s’est continué. L’ancien commandant des opérations militaires du pays, le lieutenant-général. Christopher Coates a pris sa retraite après qu’un rapport publié dans les journaux de Postmedia a révélé qu’il avait eu une liaison avec un civil du département de la Défense américain alors qu’il était commandant adjoint du NORAD.

Et ça ne s’est pas calmé après l’affaire Dawe. Le commandant de l’école du renseignement militaire, le lieutenant-colonel Raphaël Guay, a été temporairement expulsé en raison d’une enquête, puis le major-général Dany Fortin, évincé de son poste de responsable de la campagne de vaccination auprès de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) parce qu’il était l’objet d’une enquête pour inconduite.

Tant et si bien que, depuis, examen indépendant par l’ex-juge de la Cour suprême Louise Arbour, nouvelle organisation interne dirigée par la lieutenant-général Carignan, ça s’agite de tous les côtés., le dernier épisode en date étant le plan de lutte contre les inconduites sexuelles dont le chef d’état-major de la Défense par intérim s’est empressé de dévoiler un pan le 12 juillet.

Un plan qui inclura, dit-il, le déploiement d’officiers «gardiens de la culture» sur les navires de guerre, le développement de formations avec des survivantes et le lancement d’un programme de justice réparatrice cet automne.

De plus, le lieutenant-général Eyre a annoncé que des groupes de travail sont notamment en place pour analyser les plus de 100 recommandations formulées par le juge de la Cour suprême à la retraite Morris Fish pour réformer le système judiciaire militaire.

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