Un premier groupe de réfugiés Afghans partis de Kaboul arrivent aux États-Unis

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Un premier groupe d’Afghans qui ont travaillé pour les États-Unis en Afghanistan, accompagnés de leurs familles, est enfin arrivé vendredi sur le sol américain, a annoncé le président Joe Biden, une opération visant à les protéger de possibles représailles des talibans après la fin du retrait des troupes internationales.

Le premier vol a quitté Kaboul avec des Afghans lors de leur première étape de voyage vers Fort Lee, en Virginie, où ils termineront les derniers cycles de traitement au cours des prochains jours avant d’être réinstallés à travers le pays.

« Aujourd’hui est un jalon important, nous continuons de tenir notre promesse à l’égard des milliers d’Afghans qui ont servi main dans la main avec les soldats et diplomates américains ces 20 dernières années en Afghanistan », a déclaré Joe Biden dans un communiqué.

Ce premier vol transportait environ 200 personnes et a atterri dans la nuit de jeudi à vendredi aux États-Unis, a précisé à la presse à Kaboul le chargé d’affaires américain en Afghanistan, Ross Wilson.

« Ces arrivées sont simplement les premières avant de nombreuses autres, nous travaillons rapidement » pour mettre hors de danger les Afghans ayant travaillé pour les États-Unis, a précisé M. Biden.

Ces passagers devaient être accueillis sur une base militaire pour y subir des examens médicaux et terminer les démarches administratives avant d’être installés dans le pays, avait indiqué jeudi Russ Travers, un responsable du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche.

« Ils ont tous subi de rigoureux contrôles de sécurité, menés par les services de renseignement, le département d’État et celui de la Sécurité intérieure », a précisé M. Travers à la presse.

Au total, 2500 Afghans ayant travaillé pour les États-Unis, notamment comme interprètes pour l’armée américaine, ont jusqu’ici franchi toutes les étapes pour l’obtention d’un visa d’immigration spécial (SIV).

Environ 20 000 Afghans avaient demandé le visa d’immigrant spécial au 15 juillet, selon la Maison Blanche. Ce nombre n’inclut pas les membres de la famille ; un responsable du gouvernement américain a déclaré que le nombre total de personnes dans le pipeline des candidats, y compris les membres de la famille, pourrait atteindre 100 000.

C’est plus que les quelque 74 000 Afghans réinstallés dans le cadre du programme depuis sa mise en œuvre en 2009, selon le département d’État.

Pourquoi n’a-t-on pas agi plus tôt ?

Soulignant la complexité de l’effort, surnommé Opération Allies Refuge, est le fait que les candidats vivent partout en Afghanistan, beaucoup dans un territoire contrôlé ou contesté par les talibans.

L’Association of Wartime Allies, un groupe de défense des interprètes, estime qu’environ la moitié des candidats qui attendent toujours vivent en dehors de Kaboul. De nombreuses routes à l’extérieur de la capitale sont jalonnées de points de contrôle talibans. L’armée de l’air afghane, assiégée et surmenée dans les batailles avec les militants, ne semble pas capable de transporter les candidats, a déclaré Matt Zeller, ancien officier de l’armée et président du conseil d’administration du groupe, cité par le Washington Post..

La réalité est que certaines de ces personnes vont mourir. Pourquoi l’armée américaine ne les a-t-elle pas évacués alors que nous en avions la capacité ? » a demandé Zeller, qui a déclaré que les responsables de l’administration Biden avaient ignoré ses avertissements en janvier pour se préparer à des évacuations massives.

D’autres candidats moins avancés dans le processus de traitement de leur demande seront transférés dans un pays tiers pour un traitement en toute sécurité.

Les avocats et les interprètes ont déclaré que l’évacuation jusqu’à présent a été en proie à la confusion et à la tension.

Entamé début mai, le retrait définitif des quelque 10 000 soldats de l’OTAN, dont 2500 Américains, est désormais quasiment achevé. Il doit être terminé d’ici le 31 août, selon Joe Biden.

À la faveur de ce retrait, les talibans ont lancé une offensive tous azimuts et se sont emparés ces trois derniers mois de vastes zones rurales du pays.

Les forces afghanes n’ont opposé jusqu’ici qu’une faible résistance et ne contrôlent plus pour l’essentiel que les capitales provinciales et les principaux grands axes, laissant entrevoir le spectre d’une victoire militaire des talibans et leur retour au pouvoir.

Les talibans ont gouverné l’Afghanistan entre 1996 et fin 2001, quand une coalition internationale menée par les États-Unis les a chassés du pouvoir après leur refus de livrer Oussama ben Laden, dans la foulée des attentats du 11 septembre.

Au Canada, des problèmes informatiques plombent le processus de demande d’asile

Pendant ce temps, au Canada, des problèmes informatiques plombent le processus de demande d’asile, rapportait hier La Presse Canadienne.

L’adresse électronique où les interprètes afghans ont été invités à envoyer d’urgence leurs formulaires de demande d’asile ne fonctionnait pas jeudi, ajoutant un obstacle de plus à ce que des demandeurs et d’anciens combattants canadiens décrivent comme un processus qui est déjà chaotique.

La situation soulève des inquiétudes alors que des interprètes et d’anciens membres du personnel des soldats et diplomates canadiens se démènent pour quitter un pays qui perd rapidement du terrain face aux militants talibans qui cherchent à se venger de ceux qui ont soutenu les forces de la coalition.

«C’a fait juste ajouter au chaos sur le terrain», a déclaré Andrew Rusk, co-fondateur de l’organisation Not Left Behind.

La semaine dernière, le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures d’immigration pour peut-être « plusieurs milliers » d’Afghans, y compris les interprètes qui ont travaillé avec les Forces armées canadiennes et avec le personnel actuellement ou précédemment en poste à l’ambassade du Canada — mais aussi la famille de ces Afghans.

Mais des obstacles bureaucratiques se mettent en travers du chemin qui pourrait mener les demandeurs d’asile à la sécurité.

Les vétérans et les interprètes ont critiqué les nouvelles procédures d’immigration du Canada, rapportent les médias canadiens. Ils déplorent par exemple que la nouvelle demande, publiée en anglais, nécessite jusqu’à 10 numérisations de documents différents et requière le logiciel «Adobe Acrobat», dans un pays où le taux d’alphabétisation est faible et où le service internet est très inégal. Ils soutiennent aussi que des appels au bureau du ministre de l’Immigration ont été accueillis par un répondeur.

Certes, il y aura des ajustements et Ottawa, s’engageant à agir rapidement, a promis que les barrières inutiles seront levés.

Mais, au Canada comme aux États-Unis, une question se pose: Pourquoi avoir attendu que la situation se dégrade et se complexifie ? Pourquoi n’a-t-on pas agi plus tôt pour mettre hors de danger les Afghans qui ont travaillé pour la coalition et dont la vie est menacée par les talibans ?

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*Avec AFP