Combats meurtriers dans le sud de l’Afghanistan, les talibans sont entrés dans la capitale du Helmand

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De violents combats sont en cours dans la ville de Lashkar Gah, capitale du Helmand, entre les commandos afghans de l'ANDSF et les talibans. Une série de frappes aériennes sont menées, ciblant les talibans qui sont maintenant entrés dans la ville. L'université locale et une usine ont été touchés par les frappes aériennes. (Twitter/@bsarwary )
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Après des jours de combats acharnés avec les forces de sécurité afghanes, les talibans sont entrés dans Lashkar Gah, la capitale de la province d’Helmand.

Les talibans ont également pris le contrôle de la principale station de radio de la ville et ont commencé à diffuser leur programmation, Voice of Sharia.

Des combattants talibans ont été photographiés et filmés dans de nombreux endroits de la ville, notamment sur les places principales, les marchés et d’autres lieux, rapportent les médias afghans.

Lashkar Gah: une démonstration de la stratégie talibane

Lashkar Gah offre une démonstration éclatante de la stratégie talibane qui s’est mise en branle bien avant le retrait américain.

Les talibans ont renouvelé leur offensive il y a deux semaines, à la fin de la fête de l’Aïd al Adha. Ils ont avancé sur Lashkar Gah par le nord et le sud pour ensuite comprimer les forces afghanes dans le centre-ville. La stratégie d’insurrection rurale des talibans consistant à prendre des districts éloignés et à faire pression sur les centres de population a été pleinement déployée dans le Helmand explique cette semaine Bill Roggio, commentateur américain des affaires militaires et rédacteur en chef du Long War Journal, qui suit le conflit depuis ses débuts et qui a servi dans l’Armée américaine dans les année 90.

Les talibans avaient pris les districts éloignés de Baghran, Kajaki, Musa Qala, Sangin, Khanishan, Reg et Dishu au cours des dernières années, soit bien avant le retrait américains, puis se sont introduits pour contester et éventuellement contrôler les districts plus proches de la capitale. Les districts de Gereshk, Nawa et Marjah sont récemment tombés aux mains des talibans, tout comme les districts de Panjwayi et Maywand dans la ville voisine de Kandahar.

Une fois que les talibans ont pris le contrôle de ces quartiers clés, la porte était ouverte pour lancer l’assaut sur Lashkar Gah où les forces gouvernementales ne contrôlaient plus hier que l’aéroport.

Les vols au départ de l’aéroport de Bost, situé directement au sud de la ville, ont été suspendus et les talibans ont tiré des roquettes sur l’installation. Lundi, le gouvernement contrôlait toujours l’aéroport, qui est une bouée de sauvetage vitale pour les forces de sécurité afghanes, mais les talibans contrôlaient tous les quartiers entourant la ville et les routes.

Une contre offensive très risquée pour les civils

L’armée américaine a pour sa part repris les frappes aériennes dans le Helmand et ailleurs pour tenter d’empêcher les talibans d’envahir plusieurs grandes villes. L’US Air Force a lancé plus d’une douzaine de frappes à Lashkar Gah et dans ses environs, ainsi qu’à Kandahar, Hérat et ailleurs au cours de la semaine dernière. L’armée afghane a également lancé des frappes aériennes dans et autour de Lashkar Gah et a envoyé des renforts pour tenter d’empêcher la chute définitive de la ville.

Cependant, les frappes aériennes américaines et afghanes combinées n’ont jusqu’à présent pas réussi à déloger les talibans ou à arrêter leur avance.

Aujourd’hui, l’armée afghane a appelé les habitants à évacuer la ville où des combats particulièrement meurtriers ont tué au moins 40 civils en 24 heures, selon l’ONU, et dont les forces afghanes entendent désormais déloger «durement» les talibans.

«Nous vous demandons de quitter vos maisons dès que possible. Nous allons affronter les talibans et les combattre durement», a lancé aux habitants de Lashkar Gah le général Sami Sadat, plus haut gradé de l’armée dans le Sud afghan, dans un message audio qu’il a demandé aux médias de diffuser.

«Nous ne laisserons pas un seul taliban en vie […] Partez dès que possible afin que nous puissions entamer notre opération», a-t-il ajouté. «Je sais que c’est difficile pour vous d’abandonner vos maisons. C’est difficile pour nous aussi, mais […] s’il vous plaît pardonnez-nous».

Sefatullah, patron de la radio locale Sukon, cité par l’Agence France-Presse, a indiqué pour sa part aux médias que «les combats avaient été intenses ce (mardi) matin» à Lashkar Gah, affirmant que des bombardements menés par des appareils afghans et américains avaient ciblé « les positions des talibans » à l’intérieur de la ville.

«Les affrontements continuent près de la prison et des QG de la police et du NDS», les services afghans de renseignement, a-t-il ajouté en milieu de matinée.

Profonde inquiétude de la Mission de l’ONU

Plus tôt mardi, la Mission de l’ONU en Afghanistan (Unama) a exprimé dans un tweet « sa profonde inquiétude pour les civils afghans à Lashkar Gah, où les combats s’intensifient », appelant à « la cessation immédiate des combats dans les zones urbaines ».

La Mission de l’ONU a indiqué que les civils étaient particulièrement victimes de l’offensive au sol des talibans et des bombardements de l’armée afghane, précisant que 40 d’entre eux avaient été tués et 118 blessés ces dernières 24 heures au cours des combats dans Lashkar Gah, ville de 200 000 habitants.

Les belligérants « doivent faire plus pour protéger les civils ou les conséquences seront catastrophiques », a estimé l’Unama.

Pendant ce temps à Herat

Pendant ce temps, les autorités de la province d’Hérat ont affirmé mardi que les forces afghanes avaient repris plusieurs zones des faubourgs de la ville d’Hérat aux talibans, qui étaient parvenus ces derniers jours à quelques kilomètres de cette cité de 600 000 habitants.

«Les forces de sécurité afghanes et les “forces de résistance”», les milices locales qui leur prêtent main-forte, «ont lancé une importante opération » dans l’ouest de la ville et ont «repris plusieurs zones», notamment dans le district d’Injil qui enserre Hérat, a affirmé mardi à Jailani Farhad, porte-parole du gouverneur d’Hérat.

Elles ont aussi repris le contrôle de la route menant à l’aéroport, situé à une quinzaine de kilomètres au sud de la ville, en détruisant un point de contrôle que les insurgés y avaient installé, même si certains sont encore présents à proximité immédiate, a-t-il précisé.

Un responsable local a lui aussi affirmé que des bombardiers américains avaient frappé, au côté de l’aviation afghane, des positions des talibans à l’ouest d’Hérat.

Lundi soir, des milliers de personnes sont montées sur les toits de leur maison en scandant «Allah Akbar» («Dieu est le plus grand») et des slogans en faveur des forces afghanes et des miliciens d’Ismail Khan, puissant chef de guerre local et vétéran de la lutte contre l’occupation soviétique (1979-1989), qui ont défendu la ville.

Mais plusieurs Afghans qui aspirent avant tout à la paix souhaitent tout simplement que cessent les combats, même si le prix à payer est une victoire talibane.

*Avec AFP