En pleine débâcle en Afghanistan, Kamala Harris en tournée pour rassurer l’Asie du Sud-Est

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La vice-présidente américaine Kamala Harris a entamé dimanche 22 août 2021 un voyage en Asie du Sud-Est qui doit la mener ensuite au Vietnam. (Twitter/@VP)
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La vice-présidente américaine Kamala Harris, qui a a entamé dimanche un voyage en Asie du Sud-Est qui doit la mener ensuite au Vietnam, a promis lundi un «engagement pérenne» des États-Unis en Asie au moment où la débâcle américaine en Afghanistan suscite des appréhensions chez ses partenaires.

«Notre administration a promis un engagement pérenne à Singapour, en Asie du Sud-Est et dans l’Indo-Pacifique», a déclaré la responsable au cours d’une visite à Singapour qui doit se poursuivre au Vietnam.

Mais le retour au pouvoir éclair des militants islamistes et la panique des milliers d’Afghans cherchant à fuir ont jeté une nouvelle ombre sur le statut de superpouvoir des États-Unis.

Bien avant la chute de Kaboul, avant les scènes désespérées de chaos à l’aéroport de Kaboul alors que des milliers d’Afghans tentent de fuir les talibans, le président Biden avait expliqué clairement la raison de sa décision de mettre fin à la guerre sans fin en Afghanistan, écrit dans le New York Times aujourd’hui le correspondant du Times à la Maison Blanche et spécialiste des questions de sécurité nationale, David Sanger.

Et cette raison est simple: l’intérêt national des États-Unis d’Amérique tel que le voit l’administration Biden. Aurait-il été possible de répondre aux nouveaux défis que doit relever l’Amérique sans sacrifier l’Afghanistan après 20 ans d’efforts ? Peut-être, mais, apparemment, Joe Biden n’en voyait pas l’intérêt.

«Les États-Unis ne peuvent pas se permettre de rester attachés à des politiques crées une réponse au monde tel qu’il était il y a 20 ans», déclaré le 8 juillet, rappelle le journaliste chevronné, trois fois Pullitzer. «Nous devons faire face aux menaces là où elles se trouvent aujourd’hui.»

Nous avons intérêt à faire face à la menace terroriste, a déclaré le président, mais cette menace n’est plus centrée en Afghanistan. Plus important, a-t-il dit, souligne l’auteur de «The Perfect Weapon: War, Sabotage and Fear in the Cyber Age», est de reconnaître que « la concurrence stratégique avec la Chine» «déterminera notre avenir». D’autres menaces, en particulier les cybermenaces, sont également passées des problèmes périphériques au centre de la scène.

Le défi chinois est sans aucun doute le problème le plus important et le plus complexe de la sécurité nationale américaine – en partie militaire, en partie technologique, en partie économique, écrit Sanger, donnant en exemple l’attaque contre Colonial Pipeline cette année, qui a coupé un quart du carburant remontant la côte Est et démontré qu’une cyberattaque bien organisée peut faire beaucoup plus de dégâts qu’un incident terroriste localisé, même si c’est moins spectaculaire.

Et la tournée de Kamala Harris s’inscrit dans cette logique, faire comprendre, malgré le spectacle affligeant de l’évacuation des Afghans pris au piège par la victoire des talibans, que «les États-Unis sont un leader mondial, et que nous prenons ce rôle au sérieux», comme elle l’a déclaré en conférence de presse.

De nombreux pays d’Asie comptent sur l’influence ou les forces américaines pour leur sécurité attendent des signaux rassurants des États-Unis après le chaotique retrait américain d’Afghanistan.

Le premier ministre singapourien Lee Hsien Loong a salué «les assurances» données par la vice-présidente et offert l’aide d’un appareil militaire pour les évacuations de Kaboul.

Mais il a aussi dit espérer que «l’Afghanistan ne deviendra pas à nouveau un épicentre du terrorisme».

Rétablir la confiance

Même si le retrait d’Afghanistan n’avait pas tourné à la débâcle, l’administration Biden devait de touts façons s’assurer de rétablir les relations avec les pays de la région après la présidence mouvementée de Donald Trump qui avaient ébranlé la confiances des partenaires des Américains dans la région indo-pacifique.

L’administration Biden veut ainsi rassurer sur la capacité de stabilisation de Washington dans une zone qui fait face à une attitude plus agressive de la Chine.

L’Asie du Sud-Est, qui rassemble 10 pays, est un terrain de confrontation grandissant entre les États-Unis et la Chine alors que Washington critique les revendications de Pékin sur la presque totalité de la mer de Chine méridionale.  

La vice-présidente Harris a répété lundi l’engagement américain «à faire respecter un ordre basé sur le droit international et la liberté de navigation, notamment dans en mer de Chine».

Mais les analystes soulignent que la rapide prise du pouvoir par les talibans et le retrait précipité des forces américaines ont accentué les inquiétudes sur la fiabilité du soutien américain.

Des scènes de chaos se déroulent à l’aéroport de Kaboul où une foule d’Afghans tentent de fuir les talibans, affolés par le souvenir de leurs exactions quand ils étaient au pouvoir de 1996 à 2000.

La chute de Kaboul ravive le souvenir de la chute de Saïgon

Alors que l’évacuation précipitée d’Afghanistan a évoqué le souvenir des hélicoptères américains forcés à évacuer les dernières personnes de l’ambassade des États-Unis par le toit devant la progression des troupes Viet Cong après la guerre du Vietnam. La suite du voyage de Kamala Harris au Vietnam, théâtre d’une autre débâcle militaire historique, a été critiquée, surtout par des commentateurs de droite, pour son mauvais timing.

Mais l’administration américaine a souligné que le choix de ce pays résulte des défis géopolitiques à venir, loin du traumatisme de la chute de Saïgon en 1975.

Kamala Harris, dont la mère est d’origine indienne, doit également rencontrer plusieurs dirigeants de la prospère cité-État singapourienne au cours de sa visite entamée dimanche.  

Lundi, elle s’est entretenue avec le premier ministre singapourien avec qui elle a signé des accords sur la lutte contre les cybermenaces, sur la coopération face au changement climatique et à la pandémie de COVID-19.

Elle a passé en revue la garde d’honneur singapourienne et s’est vue offrir une orchidée baptisée de son nom, un honneur réservé aux dignitaires.

La vice-présidente américaine s’est aussi rendue à la base navale de Changi pour s’adresser aux marins américains du navire USS Tulsa en escale dans l’île d’Asie du Sud-Est.

Kamala Harris, première vice-présidente américaine à se rendre au Vietnam, est maintenant attendue à Hanoï mardi soir.

*Avec AFP

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