Kaboul: drapeau américain retiré de l’ambassade et chaos à l’aéroport où affluent des Afghans paniqués

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Le drapeau américain a été retiré lundi de l’ambassade des États-Unis à Kaboul dont le personnel diplomatique s’est rendu à l’aéroport pour être évacué par des avions militaires pendant que, pour les simples civils américains et étrangers et les ressortissants afghans qui veulent quitter le pays, la situation se gâte alors que les vols commerciaux ont été annulés au départ et vers Kaboul.

Mise à jour 17/08/2021, 13h12

Les troupes américaines ont réussi rétabli l’ordre à l’aéroport international Hamid Karzai et de hauts responsables de la défense américaine ont déclaré mardi qu’ils estimaient que les opérations en cours à l’aéroport international de Kaboul pourraient permettre d’évacuer de 5 000 à 9 000 personnes par jour. « [L’aéroport] reste sécurisé », a déclaré aux journalistes le général de division Hank Taylor, directeur adjoint de l’état-major interarmées pour les opérations régionales, au Pentagone. « Il est actuellement ouvert aux opérations aériennes militaires ainsi qu’à des opérations aériennes commerciales limitées ». En plus des citoyens américains, les États-Unis aident également à évacuer les citoyens d’autres pays qui ont travaillé avec les Américains pendant la guerre de 20 ans et certains Afghans et leurs familles qui ont soutenu l’effort de guerre.

Mise à jour 16/08/2021, 20h03

L’aéroport de Kaboul a rouvert mardi matin, heure afghane, après avoir été fermé pendant des heures par les forces américaines. L’aéroport a rouvert lundi à 19h35 GMT, a déclaré le général de division Hank Taylor, spécialiste de la logistique au sein du bureau des chefs d’état-major interarmées du Pentagone. Taylor a déclaré que les États-Unis étaient «en charge du contrôle du trafic aérien» pour les vols militaires et commerciaux. Il a ajouté qu’il y avait actuellement environ 2 500 soldats américains à Kaboul pour aider à organiser l’évacuation des Américains et des Afghans qui travaillaient pour eux en tant que traducteurs et dans d’autres emplois. Le nombre de soldats américains à l’aéroport devrait passer à plus de 3 000 mardi et passer à 6 000 dans quelques jours. «Notre objectif en ce moment est de maintenir la sécurité à HKIA (Hamid Karzai International Airport), de continuer à accélérer les opérations aériennes tout en protégeant les Américains et les civils afghans », a déclaré Taylor.

Mise à jour 16/08/2021, 11h26

L’aéroport a été fermé lundi après que des foules de civils ont envahi les pistes, a annoncé le Pentagone. Sept personnes sont mortes dans la ruée désespérée vers des vols hors du pays. Deux ont été tués lorsqu’ils sont tombés d’un avion militaire américain auquel ils avaient tenté de s’accrocher alors qu’il décollait de Kaboul. Les autres semblent être morts piétinés par la foule sur le tarmac. En raison du chaos, les forces américaines ont temporairement suspendu les opérations d’évacuation à l’aéroport de Kaboul tandis que les troupes américaines tentaient de reprendre le contrôle de la situation après que les Afghans qui tentent de fuir ont envahi l’aérodrome dans une tentative désespérée d’échapper aux talibans, se sont mis à grimper et à s’accrocher aux alors qu’ils décollent, a déclaré aux médias un responsable américain de la défense.

Mise à jour 16/08/2021, 10h26

Un responsable américain de la défense a déclaré que le chef du commandement central américain (CENTCOM) avait rencontré de hauts dirigeants talibans pour les inviter à exhorter leurs combattants à ne pas interférer avec les opérations d’évacuation de l’armée américaine à l’aéroport de Kaboul, rapporte l’agence américaine Associated Press.

Le responsable a déclaré que lors de cette rencontre dimanche à Doha, au Qatar, le général Frank McKenzie a obtenu l’accord des talibans pour établir un «mécanisme de déconfliction»– un arrangement par lequel les opérations d’évacuation à l’aéroport peuvent se poursuivre sans ingérence des nouveaux dirigeants du pays.

Le responsable, parlant sous couvert d’anonymat parce que non autorisé à discuter de cette question publiquement, a déclaré que le général McKenzie avait exhorté les talibans à ne pas interférer avec l’évacuation et que l’armée américaine réagirait avec force pour défendre l’aéroport si nécessaire.

Mise à jour 16/08/2021, 8h25

Une vidéo de l’agence de presse afghane Pajhwok montrait des foules courant à côté d’un C-17 qui roule sur la piste roulage et s’accrochant on fuselage de l’avion.

Plusieurs Afghans qui s’étaient faufilés dans la roue d’un avion-cargo militaire américain qui s’envolait sont morts à l’aéroport de Kaboul lundi matin, rapportait également ce matin le Stars and Stripes, journal officielle des forces américaines.

La marée humaine qui se précipite vers ce qui est la seule porte de sortie du pays pour tenter de fuir le régime du mouvement islamiste radical de retour au pouvoir continuait ce matin de déferler sur l’aéroport de Kaboul.

Par ailleurs, un témoin a déclaré à la BBC qu’au moins deux civils avaient été tués au milieu de la foule de l’aéroport. Le Wall Street Journal a évalué le nombre de morts à trois, tandis que Reuters a fait état de cinq décès, chacun citant des témoins. Il n’est pas clair pour l’instant si les décès étaient dus à des coups de feu ou à une bousculade dans la foule.

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Washington et quelque 65 pays alliés ont appelé les insurgés à laisser les Afghans qui souhaitent fuir le pays le faire en toute sécurité et à assumer leur responsabilité en matière de « protection des vies humaines » alors que de nombreux Kaboulis sont en proie à la panique.

«Nous mettons en œuvre en ce moment une série de mesures pour sécuriser l’aéroport international Hamid Karzai pour permettre le départ en toute sécurité du personnel américain et alliés en Afghanistan à bord de vols civils et militaires», ont indiqué le département d’État et le Pentagone dans un communiqué commun.

L’ambassadeur des États-Unis en Afghanistan, Ross Wilson, se trouve lui aussi à l’aéroport, a précisé un porte-parole du département d’État.

«Au cours des prochaines 48 heures, nous aurons étendu notre présence de sécurité à près de 6000 militaires avec une mission centrée uniquement sur la facilitation de ces efforts et qui prendra en charge le contrôle aérien», selon le communiqué.

«Demain (lundi) et au cours des prochains jours, nous allons transférer hors du pays des milliers de citoyens américains qui résidaient en Afghanistan, ainsi que des employés locaux de la mission américaine à Kaboul et leurs familles, ainsi que d’autres Afghans particulièrement vulnérables», selon le texte.

«Presque tout le personnel de l’ambassade a été transféré sur un site de l’aéroport Hamid Karzai. Le drapeau américain a été retiré du complexe de l’ambassade américaine et a été mis en sécurité avec le personnel de l’ambassade», a par ailleurs indiqué le porte-parole du département d’État.

Près de 2 000 Afghans éligibles au programme spécial d’immigration sont déjà arrivés aux États-Unis ces deux dernières semaines.

L’évacuation de milliers d’autres personnes éligibles à ce programme va être «accélérée», précise le département d’État. Les Afghans qui ont passé toutes les étapes des contrôles de sécurité seront envoyés directement aux États-Unis, tandis que la procédure se déroulera dans «des lieux tiers» pour ceux pour qui elle n’est pas terminée.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau réitère sa promesse d’accueillir 20 000 réfugiés afghans et leurs familles

Du côté canadien, le premier ministre Justin Trudeau, réitérant dimanche sa promesse d’accueillir 20 000 réfugiés afghans et leurs familles au Canada dans les prochains mois, a dit travailler très fort avec tous les diplomates, fonctionnaires et ministres canadiens pour «ramener au Canada tous les Canadiens» et «s’assurer qu’on accepte 20 000 Afghans et leurs familles dans les mois à venir, pour leur permettre de commencer une nouvelle vie».

Ottawa dit travailler également avec des alliés comme les États-Unis pour maintenir le programme d’immigration pour les interprètes que le Canada comptait accueillir, bien que Justin Trudeau ait déclaré que cette mission dépendrait des conditions «qui évoluent extrêmement rapidement» sur le terrain. «Nous continuerons à travailler pour faire sortir le plus grand nombre d’interprètes afghans et leurs familles le plus rapidement possible, tant que la situation sécuritaire se maintiendra», a-t-il dit.

Mais il a reconnu que «La situation actuelle pose de sérieux défis à notre capacité d’assurer la sûreté et la sécurité» de la mission, indiquant également que, «depuis ce matin, le personnel diplomatique canadien est en train d’être rapatrié au Canada».

La promesse canadienne pourrait être difficile, très difficile à remplir alors qu’au moment d’écrire ses lignes, à l’exception du personnel diplomatique, même les civils canadiens ont de la difficultés à obtenir l’assistance nécessaire pour quitter le pays.

Le chaos à l’aéroport

Mais, malgré les communiqués rassurants, pour les simples civils américains et ressortissants afghans qui veulent fuir la capitale, la situation sécuritaire à Kaboul restait problématique et dangereuse et l’ambassade américaine leur a de nouveau demandé de ne pas se rendre à l’aéroport avant d’y être appelés.

Lundi matin, heure de Kaboul, c’était la fuite éperdue vers l’aéroport dans le chaos et le désespoir sans que les forces de sécurité dépêchées à l’aéroport puisse contenir la panique, rapportait le correspondant à Kaboul de l’agence Britannique Reuters, Ab Qadir Sediqi.

Une marée humaine s’est précipitée vers ce qui est la seule porte de sortie du pays, pour tenter de fuir le nouveau régime que le mouvement islamiste radical.

Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montraient des scènes de chaos absolu, des milliers de personnes attendant sur le tarmac même, et des grappes de jeunes hommes, surtout, s’agrippant aux passerelles ou aux escaliers pour tenter de monter dans un avion.

Les forces américaines ont même tiré en l’air pour tenter de contrôler cette foule, pas convaincue par les promesses des talibans que personne n’avait rien à craindre d’eux. 

«Nous rappelons à tous les citoyens américains et ressortissants afghans que la situation sécuritaire à Kaboul reste dangereuse. Veuillez ne pas vous rendre à l’aéroport avant d’en avoir été avisés.», prévenait de son côté à 7h40 lundi matin, heure locale, l’ambassade américaine.

La situation sécuritaire à Kaboul évolue rapidement, y compris à l’aéroport, écrivait l’ambassade américaine, ajoutant qu’il y a des rapports d’incendies à l’aéroport.

Et bien sûr, pas question de se rendre ou d’appeler à l’ambassade qui est fermée et dont le personnel a été évacué.

Pour le moment, les vols commerciaux ont été annulés au départ et vers Kaboul. Et des compagnies internationales ont suspendu le survol du pays, à la requête de l’Afghanistan et en raison du trafic militaire américain.

Les citoyens américains qui souhaitent obtenir de l’aide pour quitter le pays doivent s’inscrire en ligne de toute urgence pour être avisés de toute option qui pourrait être identifiée pour retourner aux États-Unis et doivent remplir une demande d’assistance au rapatriement pour chaque voyageur de leur groupe, explique l’ambassade sur son site web.

Les conjoints et les enfants mineurs de citoyens américains en Afghanistan qui attendent un visa d’immigrant doivent également remplir ce formulaire s’ils souhaitent partir. Ils doivent remplir ce formulaire même s’ils ont déjà soumis leurs informations à l’ambassade à Kaboul qui leur rappelle qu’il est inutile d’appeler pour obtenir des détails ou des mises à jour sur le vol, ce formulaire étant le seul moyen de communiquer leur intérêt pour les options de vol.

Appel aux talibans à laisser partir ceux qui le désirent

Dans un deuxième communiqué, les États-Unis et 65 autres pays dont de nombreux États occidentaux ont par ailleurs appelé les talibans à laisser tous ceux qui le souhaitent fuir le pays.

«Étant donnée la situation sécuritaire qui se dégrade, nous plaidons et travaillons à assurer, et appelons toutes les parties à respecter et faciliter le départ sécurisé et ordonné de tous les citoyens étrangers et afghans qui souhaitent quitter le pays», indique le texte.  

« Ceux qui se trouvent en position de pouvoir et d’autorité dans tout l’Afghanistan portent la responsabilité […] de la protection des vies humaines et de la propriété, et pour la restauration immédiate de la sécurité et de l’ordre civil», souligne-t-il.  

«Les routes, aéroports et les postes-frontière doivent rester ouverts et le calme doit être maintenu». «Le peuple afghan mérite de vivre en sécurité et dans la dignité. Nous, la communauté internationale, nous tenons prêts à les y aider», concluent les pays.

Les talibans tentent de se faire rassurants

Beaucoup d’Afghans, principalement dans les villes, craignent que les talibans n’imposent la même version ultra-rigoriste de la loi islamique que lorsqu’ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001.

Ils ont maintes fois promis que s’ils revenaient au pouvoir, ils respecteraient les droits de l’homme, en particulier ceux des femmes, en accord avec les «valeurs islamiques».  

Mais le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit « particulièrement préoccupé par l’avenir des femmes et des filles, dont les droits durement acquis doivent être protégés ».

Les talibans pour leur part ont indiqué que des milliers de combattants convergeaient vers la capitale pour venir en assurer la sécurité.

Le désormais ex-président Ghani a reconnu dimanche soir que les talibans avaient « gagné », après avoir fui le pays.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le mollah Abdul Ghani Baradar, co-fondateur des talibans, a appelé ses troupes à la discipline.

«À présent, c’est le moment d’évaluer et de prouver, à présent nous devons montrer que nous pouvons servir notre nation et assurer la sécurité et le confort dans la vie», a-t-il affirmé.

Et la Chine a été le premier pays à dire lundi vouloir entretenir des «relations amicales» avec les talibans.

La Russie, elle, a indiqué que sa décision de reconnaître le nouveau pouvoir dépendrait de «ses agissements».

*Avec AFP