Évacuation d’Afghanistan: la base américaine au Qatar saturée, des vols dirigés vers l’Allemagne

0
449
Un marine donne de l'eau fraîche à un enfant à l'aéroport international Hamid Karzai, à Kaboul, Afghanistan, le 20 août 2021. (Marine Corps Sgt. Samuel Ruiz ).
Temps de lecture estimé : 6 minutes

Les évacuations de civils ont repris vendredi à l’aéroport de Kaboul après plusieurs heures d’une suspension due à la saturation de la base américaine au Qatar, vers où les évacués étaient dirigés dans un premier temps, a annoncé le Pentagone.

Mise à jour 22/08/2021, 9h00

Le Pentagone va maintenant recourir aux grandes compagnies aériennes américaines pour aider à déplacer des dizaines de milliers de réfugiés des bases américaines au Moyen-Orient qui sont les premières escales des évacués après l’Afghanistan. Le Pentagone a jusqu’à maintenant environ 17 000 personnes hors de Kaboul depuis le 14 août, et ces bases se remplissent rapidement.

Le Pentagone a activé le programme de la flotte aérienne de réserve civile (Civil Reserve Air Fleet), créé en 1952 suite au pont aérien de Berlin, pour fournir plusieurs avions de ligne commerciaux pour aider à soutenir l’évacuation. Le secrétaire à la Défense Lloyd J. Austin III a ordonné à six compagnies aériennes commerciales de fournir des avions pour évacuer les ressortissants étrangers et les Afghans qui fuient les talibans. Dix-huit avions (quatre de United Airlines, trois d’American Airlines, d’Atlas Air, de Delta Air Lines et d’Omni Air, et deux de Hawaiian Airlines) vont s’ajouter aux plus de 150 avions cargos militaires actuellement impliqués dans les évacuations.

Les avions civils n’atterriront pas à Kaboul, où la situation sécuritaire qui se détériore rapidement a entravé les vols d’évacuation, mais aideront à transporter des milliers d’Afghans qui arrivent des bases américaines de Bahreïn, du Qatar et des Émirats arabes unis, allégeant ainsi le fardeau de ces bases en amenant les milliers d’Afghans qui fuient les talibans en Allemagne, en Italie, en Espagne et d’autres escales en Europe, puis finalement en Amérique.

Mise à jour 22/08/2021, 8h15

Après que la saturation de la base au Qatar ait contraint les vols en provenance de l’aéroport international de Kaboul à s’arrêter, 12 pays ont accepté ont accepté de servir de points de transit pour les évacués, a déclaré le secrétaire d’État américain Antony Blinken.

Entre vendredi soir et dimanche matin 20 avions avec des évacués ont atterri à Ramstein, point de transit pour les personnes ont indiqué des responsables de la base. Jusqu’à présent, la plupart des vols étaient partis du Qatar, où les évacués séjournaient après avoir quitté Kaboul à la suite de la prise de contrôle rapide de l’Afghanistan par les talibans, mais, après que la saturation de la base au Qatar ait contraint les vols en provenance de l’aéroport international de Kaboul à s’arrêter, le Bahreïn a annoncé samedi qu’elle autorisait les vols à utiliser ses installations comme lieu de transit pour l’évacuation. Les Émirats arabes unis, quant à eux, ont déclaré qu’ils accueilleraient jusqu’à 5 000 Afghans «avant leur départ vers d’autres pays».

La base de Ramstein avait commencé à se préparer plus tôt dans la semaine pour recevoir les évacués et renforcer ses capacités pour soutenir au moins 5 000 personnes, ont déclaré des responsables, ajoutant qu’elle est prête à étendre ses capacités au-delà si nécessaire.

Mise à jour 21/08/2021, 10h21

De nouveau bloqué. Toutes les portes de l’aéroport international Hamid Karzai ont été fermées samedi en raison d’un manque de capacités à la base aérienne d’Al Udeid au Qatar, selon un responsable du ministère de la Défense qui n’était pas autorisé à s’exprimer publiquement. La plupart des avions d’évacuation militaires américains volent de Kaboul au Qatar et l’incapacité de gérer plus d’évacués là-bas provoque un effet d’étranglement qui bloque l’opération.

Par ailleurs, l’ambassade des États-Unis à Kaboul a averti samedi les Américains de ne pas se rendre à l’aéroport sans «instructions individuelles d’un représentant du gouvernement américain» en raison des menaces potentielles pour la sécurité à l’extérieur des portes de l’aéroport.

Et, il y a 11 minutes, l’ambassade annonçait que l’ambassadeur John Bass était retourné à Kaboul pour aider à la réinstallation des citoyens américains, ressortissants afghans et ses anciens collègues, dans ce qui pourra aussi être perçu par certains comme une façon de calmer les critiques qui fusent de toutes parts sur les ratés de l’opération d’évacuation.

———————————————————-

«Les vols ont repris et les vols militaires américains à destination du Qatar et d’autres lieux décollent, et d’autres vols décollent à destination de Kaboul à l’heure où je vous parle», a déclaré à la presse le général Hank Taylor, de l’état-major américain.  

La suspension des vols s’est produite «tôt ce matin et ç’a duré six à sept heures», a-t-il ajouté.

«Les lieux d’accueil au Qatar étaient tout simplement arrivés au maximum de leur capacité», a précisé le porte-parole du ministère de la Défense John Kirby. «Il n’y avait plus de place pour y diriger davantage de gens».

Un haut responsable du commandement militaire chargé du transport aérien (Air Mobility Command) avait un peu plus tôt indiqué qu’il n’y avait eu aucun départ de Kaboul pendant «une période considérable» en raison de l’engorgement des bases dans la région.

Le général Dan DeVoe avait confirmé que le problème était de «gérer les capacités» sur ces bases militaires peu équipées pour accueillir des milliers de réfugiés.

Les États-Unis, qui recherchent d’autres destinations initiales pour ces vols, ont obtenu le feu vert de Berlin pour que certains évacués soient dirigés vers l’Allemagne,  où les États-Unis disposent de nombreuses bases militaires, notamment la grande de Ramstein et son important hôpital militaire.

«Nous remercions nos alliés qui coopèrent avec nous dans cet effort mondial, y compris l’Allemagne où des vols vont atterrir aujourd’hui», a précisé le général Taylor.

Des centaines d’évacués d’Afghanistan, dont de nombreuses familles avec enfants, sont effectivement arrivés vendredi à la base aérienne de Ramstein en provenance du Qatar après un voyage éprouvant.

Le premier des trois avions transportant les évacués – deux C-17 de l’US Air Force et un avion commercial britannique – a survolé Kaiserslautern vers 19 heures en approche de l’aérodrome de Ramstein.

Ramstein a la capacité de prendre en charge jusqu’à 5 000 personnes évacuées, et d’autres sont attendus dans les prochains jours, ont déclaré des responsables de la base.

Le département d’État déterminera où les évacués iront ensuite, mais la plupart devraient se rendre aux États-Unis dans les prochains jours une fois qu’ils auront été contrôlés et médicalement autorisés, ont déclaré des responsables.

Les évacués semblent être en «bon état», a déclaré le brigadier-général Josh Olson, commandant de la 86e Escadre de transport aérien. «Ils ont l’air épuisés. Ils ont l’air très fatigués» et voyagent avec «très peu», a-t-il ajouté «Mais voir les enfants et les familles sortir avec de grands sourires, ça fait chaud au cœur.»

Le département d’État critiqué pour sa gestion bureaucratique

Le département d’État a été critiqué pour sa gestion bureaucratique de la crise, qui voit des milliers de personnes âgées et d’enfants attendre pendant plusieurs jours dans des conditions précaires les documents qui leur permettront de quitter ces bases intermédiaires pour atteindre les États-Unis.  

Des témoignages d’Afghans évacués vers le Qatar font état de centaines de personnes dormant à même le sol dans des hangars à avions pendant plus de trois nuits d’affilée, dans une chaleur suffocante et avec un accès très limité à des toilettes ou des douches.

Par ailleurs, M. Kirby a indiqué que des soldats américains postés dans l’aéroport de Kaboul avaient quitté son enceinte pour «récupérer» des personnes qui se trouvaient «très près».

«En peu de temps et en parcourant une courte distance, certains soldats ont été en mesure de sortir et de les récupérer et de les ramener» dans l’aéroport, a expliqué le porte-parole.  

Joe Biden avait évoqué plus tôt «169 Américains entrés dans l’aéroport avec l’aide de militaires», mais M. Kirby n’a pas confirmé qu’il s’agissait d’Américains.

Les alentours immédiats de l’aéroport de la capitale afghane sont plongés dans le chaos, des milliers de personnes cherchant depuis lundi à fuir le pays nouvellement sous le contrôle des talibans, accusés de barrer l’accès à l’aéroport.

Le porte-parole du Pentagone a assuré que les soldats américains sortis du périmètre n’avaient pas dû traverser de points de contrôle des talibans. Il a refusé de commenter les informations faisant état d’évacuations effectuées depuis le centre de Kaboul vers l’aéroport à bord d’hélicoptères américains.

Les États-Unis, qui prévoient d’évacuer plus de 30 000 Américains et civils afghans via leurs bases au Koweït et au Qatar, ont déjà évacué plus de 13 000 personnes depuis le début des opérations le 14 août, a indiqué vendredi Joe Biden.

*Avec AFP

Voir aussi:

Impossible d’envoyer des troupes à Kaboul ou ailleurs en Afghanistan pour amener à l’aéroport ceux qui veulent partir >>

Biden défend sa décision de retirer ses troupes d’Afghanistan >>

Malgré leurs promesses, les talibans accusés de s’attaquer aux Afghans ayant aidé les forces étrangères >>

Biden fait le point sur la situation en Afghanistan >>