La victoire des talibans, le coup de pouce le plus important pour al-Qaïda depuis le 11 septembre selon le Site Intelligence Group

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Les talibans au palais présidentiel à Kaboul le 15 août, dans le bureau d’où le président afghan Ashraf Ghani lançait quelques jours auparavant un appel à la mobilisation. (Twitter)
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Alors que les talibans cherchent à se faire rassurants et que les États-Unis semblent dire qu’ils reconnaîtraient un gouvernement mené par les talibans en Afghanistan si ces derniers respectent les droits des femmes et rejettent les terroristes, la victoire des talibans et leur prise de contrôle de l’Afghanistan est le coup de pouce le plus important pour al-Qaïda depuis le 11 septembre, estime la directrice du Site Intelligence Group.

Pour Joe Biden, aujourd’hui, la menace terroriste a métastasé bien au-delà de l’Afghanistan: al Shabaab en Somalie, al-Qaïda dans la péninsule arabique, al-Nosra en Syrie, l’État islamique qui, après avoir tenté de créer un califat en Syrie et en Irak, a essaimé dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie. «Ces menaces méritent notre attention et nos ressources», a déclaré hier le président américain en tentant de justifier sa décision de se retirer ses troupes d’Afghanistan.

«Nous menons des missions antiterroristes efficaces contre des groupes terroristes dans plusieurs pays où nous n’avons pas de présence militaire permanente.», d’expliquer le président américain, semblant ignorer complétement le désastreux effet psychologique de ce retrait sur les alliés de l’Amérique et le renforcement du prestige et de l’aura des groupes djihadistes qu’apporte la victoire des talibans.

Alors que Biden, davantage préoccupé par les défis posés par la Chine et la Russie, semble minimiser l’importance de la victoire des talibans, Rita Katz, la directrice du Site Intelligence Group, qui monitore les groupes terroristes, écrit cette semaine à propos de la victoire des talibans que leur prise de contrôle de l’Afghanistan est le coup de pouce le plus important pour al-Qaïda depuis le 11 septembre et un triomphe pour le mouvement djihadiste mondial. Les réponses exubérantes des djihadistes dont fait état Rita Katz en sont, selon elle, des signaux critiques pour ce qui va arriver dans la lutte contre le terrorisme.

Les réactions des djihadistes soulignent un point critique: ce qui se passe en Afghanistan est loin d’être un problème local, analyse la directrice du Site Intelligence Group. Des célébrations dans les mosquées d’Idlib aux partisans d’al-Qaïda distribuant des bonbons à Gaza, la victoire des talibans et sa célébration renforcent le pouvoir d’attraction et de recrutement des groupes djihadistes.

Et ces célébrations qui se présentent sous de nombreuses formes, souligne Rita Katz. À Gaza, une vidéo circule sur les combattants de Jaysh al-Umma liés à al-Qaïda célébrant et distribuant des bonbons aux habitants. Au Yémen, on a lancé des feux d’artifice.

Cette ‘énergie exaltée’ est le fait non seulement des groupes djihadistes dont la lutte est axée sur e monde, mais aussi des groupes islamistes régionaux, écrit Rita Katz. Dans des déclarations publiées plus tôt dans la journée d’hier, le Hamas et le Djihad islamique ont tous deux félicité les talibans pour leur «leadership audacieux» et les Afghans pour leur «libération».

Les victoires des talibans renforcent le récit d’endurance et de constance du mouvement djihadiste, estime la directrice du Site Intelligence Group. «Comme l’a dit un commentateur de guerre américain associé à des djihadistes et d’autres militants en Syrie: ‘Cette victoire montre ce qu’il peut y avoir lorsque vous avez foi en Allah’».

Et, s’il fallait être encore plus clair, de nombreux partisans d’al-Qaïda, note Rita Katz, ont diffusé un message djihadiste qualifiant la victoire des talibans de moment décisif semblable au 11 septembre, un moment qui justifie l’idée que «ce qui a été pris par la force ne peut être récupéré que par la force.

Mais pour le président Biden, d’autres menaces sont plus importantes aujourd’hui: «Nos vrais concurrents stratégiques – la Chine et la Russie – n’aimeraient rien de plus que de voir les États-Unis continuer à canaliser des milliards de dollars de ressources et d’attention pour stabiliser l’Afghanistan indéfiniment».

Et de fait, les Américains partis, ce sera à la Russie et la Chine de tout faire pour préserver la stabilité de l’Afghanistan et de la région. Quant aux talibans, ils se veulent rassurants. Le porte-parole des talibans, Zabihullah Moujahid, comme on pouvait s’y attendre, à sa première conférence de presse aujourd’hui depuis le retour au pouvoir des talibans, a encore assuré à la communauté internationale que l’Afghanistan ne serait pas utilisé pour mener des attaques contre des pays étrangers.

Mais les paris sont ouverts: la décision de l’Amérique de relever d’autres défis se révélera-t-elle la bonne ou la décision de laisser les talibans reprendre le pouvoir à Kaboul au risque que le pays redevienne un havre pour les terroristes reviendra-t-elle un jour nous hanter ? À suivre…

Surtout connu du grand public pour monitorer et analyser les messages vidéos d’organisations terroristes islamistes, le SITE Intelligence Group est une ONG américaine créée en 2008, issue du Search for International Terrorist Entities Institute (créé en 2002).

Rita Katz, née à Bassora en Irak en 1963 et co-fondatrice de l’organisation, est une analyste respectée du terrorisme souvent citée par les médias.