L’ex-président afghan Ashraf Ghani aux Émirats après avoir fui les talibans

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Les Émirats arabes unis ont accueilli l’ex-président afghan Ashraf Ghani et sa famille pour des raisons «humanitaires», après sa fuite de Kaboul tombé aux mains des talibans, a annoncé mercredi le ministère des Affaires étrangères de ce pays du Golfe, rapporte l’Agence France-Presse.

Mise à jour 18/08/2021, 12h48

L’ex-président afghan vient à l’instant d’annoncer sur ses comptes Twitter et Facebook que, ce soir à 9h30, heure de Kaboul, il parlera «à la nation des derniers développements dans le pays« », précisant que qu’il s’adressera ainsi aux Afghans dans un message vidéo «Concernant les derniers développements.»

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Ashraf Ghani avait déclaré dimanche avoir fui son pays pour éviter un «bain de sang», reconnaissant la victoire des talibans. De nombreuses rumeurs ont par la suite circulé sur le lieu choisi pour son exil, du Tadjikistan à l’Ouzbekistan en passant par Oman ou le Liban, d’où est originaire sa femme.

«Les Émirats arabes unis ont accueilli le président Ashraf Ghani et sa famille dans le pays pour des considérations humanitaires», a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué contenant cette seule phrase.

Les Émirats, avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, avaient reconnu le gouvernement des talibans lorsqu’ils étaient au pouvoir de 1996 à 2001, date à laquelle le mouvement islamiste radical en a été chassé par l’invasion américaine.

Cette annonce des Émirats intervient alors que les activités reprennent à Kaboul, malgré la peur qui prédomine chez une partie de la population depuis la prise du pouvoir des talibans.  

De nombreux Afghans craignent d’être de nouveau gouvernés par une version ultrarigoriste de la loi islamique. Des foules importantes continuaient de se rassembler mercredi devant les ambassades étrangères, au gré des rumeurs de possibilités de visa et d’asile.

L’ex-président, qui dans sa fuite n’avait précisé aucune destination, s’est justifié en avançant que «d’innombrables patriotes auraient été tués et que Kaboul aurait été détruite» s’il était resté en Afghanistan.  

Élu en 2014 sur la promesse de redresser l’Afghanistan et d’en finir avec la corruption qui gangrénait le pays, Ashraf Ghani n’a finalement tenu aucune de ces deux promesses et a été contraint de quitter le pouvoir alors que les talibans encerclaient la capitale.

Présenté par ses adversaires comme un pantin des États-Unis, les relations de l’ex-président avec Washington se sont envenimées après que les Américains ont décidé d’entamer des négociations bilatérales avec les talibans à Doha, au Qatar.  

Âgé de 72 ans, Ashraf Ghani a grandi en Afghanistan, avant de s’exiler en 1977 aux États-Unis, où il a étudié à l’université Columbia de New York, pour devenir professeur de sciences politiques et d’anthropologie dans les années 1980.  

De retour en Afghanistan juste après la chute des talibans à la fin 2001, il a été conseiller spécial de l’ONU avant de devenir un des architectes du gouvernement d’intérim.

Ce n’est pas la première fois que les Émirats accueillent des dirigeants devenus persona non grata dans leur pays.  

L’année dernière, l’ancien roi d’Espagne Juan Carlos, s’était exilé aux Émirats alors que la justice enquêtait sur des soupçons de corruption.  

En 2017, Dubaï (un des sept émirats qui forment le pays) avait accueilli l’ex-premier ministre de Thaïlande Yingluck Shinawatra, qui avait été condamnée par contumace à cinq ans de prison.  

L’ex-premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto s’était exilée aux Émirats entre 1999 et son retour au pays en octobre 2007.  

*Avec AFP

Voir aussi:

Le président Ashraf Ghani a quitté l’Afghanistan >>

Le président afghan dit avoir fui pour éviter un «bain de sang» >>