Navalny prédit la fin du régime de Poutine et décrit la «violence psychologique» des camps de prisonniers russes

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Navalny via lien vidéo dans la salle d'audience le 29 avril pour l’appel de sa condamnation à une amende en mars dans une affaire de diffamation visant un vétéran de la Seconde Guerre mondiale. (Service de presse du tribunal de district de Babushkinsky)
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L’opposant russe Alexeï Navalny a décrit ses conditions d’emprisonnement, qualifiées de « violence psychologique » digne d’un « camp de travail chinois », dans un entretien au New York Times paru mercredi, le premier depuis son incarcération en janvier 2021.

«Imaginez quelque chose comme un camp de travail chinois, où tout le monde marche en rang et où il y a des caméras partout. Le contrôle est constant et il y a une culture de la dénonciation », raconte dans un échange manuscrit de 54 pages l’ennemi juré du Kremlin, ancien avocat et militant anti-corruption, qui accuse Poutine d’avoir tenté de le faire empoisonner.

Il y détaille le déroulement de ses journées, principalement consacrées selon lui au visionnage de la télévision d’État russe ou à des films de propagande. «On doit s’asseoir sur une chaise et regarder la télévision […] Lire, écrire ou faire quoi que ce soit d’autre» est interdit.

«Tout est organisé pour que je sois contrôlé au maximum chaque heure de la journée», raconte-t-il, dénonçant une «violence psychologique».

Au cours de ses premières semaines d’emprisonnement, les gardes le réveillaient plusieurs fois par nuit, affirme-t-il.

«Je comprends maintenant pourquoi la privation de sommeil est l’une des méthodes de torture préférées des services secrets […] Ça ne laisse pas de traces et c’est insupportable.», écrit l’opposant russe incarcéré dans le manuscrit de 54 pages envoyé au Times.

Il décrit aussi son incarcération en des termes plus légers, confiant n’avoir pas été attaqué ni menacé par ses codétenus, avec qui il cuisine parfois. «C’est amusant», décrit-il.

Le New York Times le décrit comme restant «optimiste» en dépit des circonstances, notamment vis-à-vis de la situation politique en Russie.

«Poutine est un accident de l’Histoire»

«Le régime de Poutine est un accident de l’Histoire, il n’est pas inévitable», écrit Navalny, estimant que la nomination en 1999 de Vladimir Poutine, alors premier ministre, comme président par intérim par Boris Eltsine, avait été une «erreur» qui serait réparée «tôt ou tard. […] Et la Russie rejoindra une voie de développement démocratique et européen. Tout simplement parce que c’est ce que le peuple veut. »

Extrait d’un manuscrit de 54 pages envoyé par Alexei Navalny

Il a aussi critiqué les sanctions européennes et américaines contre la Russie, qui selon lui nuisent aux Russes ordinaires, rapporte le New York Times.

Alexeï Navalny a été emprisonné en février dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité à Pokrov, à une centaine de kilomètres à l’est de Moscou, où il doit purger une peine de 2 ans et demi.

Il a été condamné dans une affaire de fraude datant de 2014 que lui-même et de nombreuses capitales occidentales et ONG dénoncent comme politique.

*Avec AFP