Repousser la date du retrait d’Afghanistan, rien de moins clair: oui, mais non ou peut-être semble dire Biden

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Un membre féminin de la 24e unité expéditionnaire de marines accompgne des enfants lors de l’évacuation à l'aéroport international Hamid Karzai, à Kaboul, Afghanistan, le mardi 24 août 2021. (Samuel Ruiz/U.S. Marine Corps)
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Le président Biden a déclaré mardi aux dirigeants mondiaux réunis virtuellement pour une réunion du Groupe des 7 regroupant l’Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni, Canada, Japon et États-Unis qu’il visait toujours – pour l’instant – à faire sortir les troupes américaines d’Afghanistan d’ici la date limite du 31 août, mais a déclaré qu’il existait toujours une possibilité de prolonger la mission.

Mise à jour 25/08/2021, 16h02

Environ 1 500 citoyens américains restent en Afghanistan, dont environ un tiers espèrent partir dans les prochains jours, a déclaré le secrétaire d’État Antony Blinken. Ce nombre n’inclut pas les résidents permanents légaux des États-Unis ou les détenteurs de cartes vertes (Green Cards), a-t-il déclaré (la mise à jour du Secrétaire Blinken commence à 45min 26 sec).

Mise à jour25/08/2021, 10h37

Malgré une situation particulièrement chaotique, 88 000 personnes ont été évacuées sur des vols américains ou occidentaux, depuis la mise en place du pont aérien le 14 août, à la veille de l’entrée des talibans dans Kaboul et de leur prise du pouvoir, a indiqué ce mercredi le major-général William «Hank» Taylor lors d’un point de presse ce matin à 10h30.

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Il a averti que si les évacuations étaient toujours en cours ou si les talibans ne coopéraient pas, la date limite pourrait être repoussée, comme les élus américains des deux côtés, démocrates et républicains, et les pays alliés l’ont exhorté à le faire.

Pendant ce temps, les États-Unis accélèrent les évacuations.

Le général de l’armée Stephen Lyons, chef du US Transportation Command, qui gère les avions militaires, a déclaré cette semaine lors d’une conférence de presse au Pentagone que plus de 200 avions sont impliqués, y compris des avions de ravitaillement en vol, et que les avions à l’arrivée passent moins de une heure sur le tarmac de l’aéroport de Kaboul avant le chargement et le décollage.

Le secrétaire américain à la Défense Lloyd J. Austin III a ordonné dimanche à six compagnies aériennes commerciales de fournir des avions pour évacuer les ressortissants étrangers et les Afghans qui fuient les talibans. Dix-huit avions civils (quatre de United Airlines, trois d’American Airlines, d’Atlas Air, de Delta Air Lines et d’Omni Air, et deux de Hawaiian Airlines) s’ajoutent donc aux avions cargos militaires impliqués dans les évacuations.

En date de lundi, les Américains avaient évacué 48 000 personnes depuis la mise en place du pont aérien le 14 août, à la veille de l’entrée des talibans dans Kaboul et de leur prise du pouvoir, selon la Maison-Blanche. Plusieurs milliers d’autres personnes ont été évacuées par les alliés des États-Unis.

Et mardi, l’armée américaine a eu sa meilleure journée de vols d’évacuation d’Afghanistan depuis le début de l’opération. Environ 21 600 personnes ont été évacuées en toute sécurité de l’Afghanistan tenu par les talibans au cours de la période de 24 heures qui s’est terminée mardi matin, a indiqué la Maison Blanche.

Au total, depuis le début du pont aérien le 14 août, 70 700 personnes ont été évacuées par les États-Unis ou les pays alliés, dont environ 4000 Américains, des ressortissants des pays de l’OTAN et des milliers d’Afghans craignant pour leur vie sous un nouveau régime des talibans.

Mais la violence meurtrière qui a empêché de nombreux évacués désespérés d’accéder l’aéroport de Kaboul persiste alors que le temps presse. La situation reste toujours dangereuse et chaotique aux abords de l’aéroport, où un garde afghan a été tué et trois autres blessés lors d’échanges de tirs lundi matin avec des assaillants non identifiés. Plusieurs autres personnes avaient déjà été tuées dans des circonstances souvent troubles.

Le Canada prêt à rester

Ici, au Canada, le premier ministre Justin Trudeau a confirmé mardi que le Canada est  prêt à rester en Afghanistan après la date limite du retrait des États-Unis, fixée au 31 août prochain.

«J’ai insisté sur le fait que le Canada était prêt à rester même après le 31 août si c’est possible, pour continuer de sauver le plus de gens possible», a confirmé Justin Trudeau à sa sortie de la réunion virtuelle avec les dirigeants du G7.

En se disant «très inquiet par la position des talibans actuellement», le premier ministre canadien a déclaré avec fermeté que les talibans «devront laisser les gens se rendre à l’aéroport» dans les jours à venir, mais aussi «laisser les gens quitter l’Afghanistan dans les semaines à venir». «Les Canadiens sont déjà heureux de pouvoir accueillir les familles afghanes dans leurs communautés. Les gens ici sont prêts à en faire beaucoup plus pour sauver les familles dans cette situation difficile», a-t-il ajouté

Jusqu’ici, le Canada est parvenu à évacuer «plus de 2000 réfugiés afghans» pour les réinstaller au Canada, mais les autorités «travaillent chaque jour pour en sortir davantage», a indiqué le premier ministre Trudeau, promettant qu’«on va continuer de le faire jusqu’à la dernière minute possible».

Aujourd’hui, le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a indiqué qu’un avion canadien a quitté Kaboul lundi avec plus de 500 évacués, en soutenant que «les vols canadiens se poursuivront aussi longtemps que les conditions le permettront».

Les talibans intraitable sur l’échéance

Les talibans pour leur part ont fermement rappelé aujourd’hui qu’il ne permettraient pas l’extension des évacuations aériennes en cours à Kaboul au delà du 31 août, en demandant aux Occidentaux, qui trouvent ce délai trop court, de ne plus emmener que des étrangers, et pas les Afghans les plus qualifiés.

Lors d’une conférence de presse, les talibans ont sermonné les Occidentaux, accusé de vider le pays de ses forces vives en évacuant les Afghans qui ont travaillé avec eux, souvent les plus qualifiés.

Les Occidentaux devraient évacuer leurs ressortissants, les étrangers, mais pas des «experts afghans», tels que des ingénieurs, a déclaré un de leurs porte-parole Zabihullah Mujahid, en rappelant son opposition «ferme» à la poursuite des évacuations après le 31 août.

«Ils ne devraient pas encourager les Afghans à fuir l’Afghanistan», a-t-il ajouté. «Nous leur demandons d’arrêter cela […] Ce pays a besoin de son expertise», et ces gens qualifiés «ne devraient pas être emmenés vers d’autres pays».

Les responsables militaires commenceront à retirer les 6 000 soldats de Kaboul dès cette semaine ou ce week-end, selon un responsable militaire américain, qui a déclaré que les forces américaines continueraient à effectuer des missions d’évacuation jusqu’aux derniers jours du retrait. Ensuite, ils devront donner la priorité aux troupes et équipements restants, et à tout citoyen américain souhaitant partir.

Les responsables ont déclaré que les forces américaines restantes devaient commencer leur retrait dans les prochains jours si elles veulent respecter la date limite du 31 août, compte tenu de la logistique du déplacement des troupes et de l’équipement. Mais les responsables militaires ont déclaré pourraient ralentir le départ si Biden décidait finalement de prolonger le délai.

Le risque d’attaque terroriste présent

Biden aurait déclaré à ses homologues étrangers selon les médias américains que chaque jour où les troupes américaines restent en Afghanistan, maintenant contrôlé par les talibans, le risque d’attaque terroriste s’intensifie. Non seulement les talibans ont prévenu lundi qu’il y aurait des «conséquences » si Biden choisissait de laisser des forces dans leur pays au-delà la date limite du 31 août, mais les responsables de l’armée et du renseignement américains ont mis en garde contre un danger accru d’attaques de l’État islamique en Afghanistan, et d’autres réseaux terroristes.

Le président a donc réitéré son désir de terminer la mission dans les délais, mais il a déclaré que le retrait dépendra de la réalisation de l’objectif de transporter tous les Américains et alliés afghans hors du pays en lieu sûr.

Pour l’instant, a déclaré le président aux dirigeants du G-7, la mission est en passe d’être achevée d’ici le dernier jour du mois. Mais il a averti que si les talibans ne coopéraient pas cela pourrait changer.

Les dirigeants du G7 pour leur part ont ont déclaré qu’ils exhorté les États-Unis à retarder leur sortie définitive d’Afghanistan afin de garantir que tous les citoyens d’autres pays puissent eux aussi être évacués en toute sécurité.

Biden se retrouve donc devant des choix extrêmement difficiles. S’il ordonne une prolongation de la mission, il risque de mettre davantage en danger les troupes et les diplomates, mais s’ils laisse des Américains bloqués en Afghanistan, ou même des alliés afghans, à la merci des talibans, le prix politique à payer pourrait être terrible.

Cela a suscité lundi une vive réaction lundi de Jennifer Psaki, l’attachée de presse de la Maison Blanche.

«Je pense qu’il est irresponsable de dire que les Américains sont bloqués »a déclaré Jen Psaki en réponse à une question du journaliste Peter Doocy de la chaîne conservatrice Fox News. «Ils ne sont pas. Nous nous engageons à ramener chez eux les Américains qui veulent rentrer chez eux. Nous sommes en contact avec eux par téléphone, par SMS, par e-mail, par tout moyen qui nous permet de joindre les Américains pour les ramener chez eux s’ils veulent rentrer chez eux.»

Voir aussi:

Statement by Press Secretary Jen Psaki on President Biden’s Meeting with G7 Leaders >>

Le patron de la CIA William Burns a rencontré le cofondateur des talibans Abdul Ghani Baradar >>