Blinken au Qatar la semaine prochaine n’exclut pas de dialoguer avec les talibans

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Des évacués d'Afghanistan débarquent d'un C-17 Globemaster III américain le 23 août 2021 à la base aérienne d'Al Udeid, au Qatar. (Air Force Airman 1re classe Kylie Barrow)
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Le secrétaire d’État Antony Blinken a annoncé vendredi qu’il se rendrait la semaine prochaine au Qatar, pays au cœur de l’effort pour évacuer ceux qui veulent fuir l’Afghanistan, mais aussi du dialogue avec les talibans désormais au pouvoir.

Il y rencontrera Amir Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Mohammed bin Abdulrahman Al Thani, et d’autres hauts responsables pour remercier le Qatar de son soutien pour le transit en toute sécurité des citoyens américains, afghans et autres évacués d’Afghanistan. Le secrétaire y discutera de la coordination des efforts d’évacuation et d’autres priorités régionales qui mettent en évidence «la force du partenariat entre les États-Unis et le Qatar.»

Il doit ensuite aller en Allemagne, pour co-présider avec son homologue allemand Heiko Maas une réunion virtuelle des ministres d’une vingtaine de pays, sorte de «groupe de contact» naissant sur la crise afghane. Mercredi à Ramstein, en Allemagne, où est installé un autre centre de transit sur une base militaire américaine, Blinken abordera l’avenir des évacuations, ainsi que l’aide nécessaire pour l’Afghanistan, de plus en plus menacé par une grave crise humanitaire.

À Doha, où il restera de lundi à mercredi, il n’a pas prévu de rencontrer personnellement des représentants des nouveaux maîtres islamistes de Kaboul, même si un tel dialogue n’est pas totalement exclu à l’avenir. «S’il est nécessaire que le secrétaire d’État parle avec un dirigeant des talibans sur un sujet qui est dans notre intérêt national, il le fera, mais nous n’en sommes pas là à ce stade», a a précisé aux médias à ce sujet un haut responsable américain.

Antony Blinken a néanmoins assuré que les États-Unis, qui ont achevé leur retrait total d’Afghanistan en début de semaine et ont replié leurs diplomates à Doha, maintenaient des «canaux de communication» avec les talibans.

Et il doit s’entretenir avec les dirigeants qataris, qui conservent des liens étroits avec les ex-rebelles afghans au pouvoir depuis la mi-août, et qui, à ce titre, jouent depuis de longs mois les facilitateurs dans les échanges entre les Américains et les talibans.

Antony Blinken abordera aussi l’avenir des évacuations, ainsi que l’aide nécessaire pour un pays menacé par une grave crise humanitaire, lors de son étape suivante, mercredi à Ramstein, en Allemagne, où est installé un autre centre de transit sur une base militaire américaine.

Les États-Unis et leurs alliés entendent rappeler les talibans à leurs engagements en faveur du départ «sûr» de tous ceux qui veulent quitter le pays, mais aussi de la lutte contre le terrorisme et du respect des droits fondamentaux, notamment des femmes.

L’importance du partenariat avec le Qatar

Le riche émirat du Golfe, grâce à sa proximité avec les talibans, joue un rôle-clé dans la priorité actuelle de Washington et de nombreux pays occidentaux, à savoir la sortie d’Afghanistan de leurs ressortissants encore coincés sur place et des nombreux Afghans qui souhaitent fuir.

Avec la Turquie, le Qatar est en première ligne des difficiles discussions pour rouvrir l’aéroport de Kaboul, fermé depuis le départ des Américains.

Antony Blinken a indiqué aujourd’hui en conférence de presse à Washington qu’il exprimerait sa «profonde gratitude» au Qatar pour son rôle dans l’évacuation d’étrangers d’Afghanistan ainsi que d’Afghans susceptibles de subir des représailles des talibans.

L’armée américaine a mis en place mi-août à Kaboul un gigantesque pont aérien qui a permis d’évacuer jusqu’à son retrait quelque 123 000 personnes – dont 75 % à 80 % étaient des «Afghans à risque», selon le secrétaire d’État. En tout, plus de 55 000 de ces évacués ont transité par Doha, principale base arrière de l’opération.

Signe de l’importance du Qatar comme partenaire pour les Américains, le secrétaire américain de la Défense Lloyd Austin sera aussi à Doha en début de semaine, dans le cadre d’une tournée dans le Golfe qui le mènera aussi à Bahreïn, au Koweït et en Arabie saoudite, a annoncé vendredi le Pentagone.

«Tout au long de son voyage, Lloyd Austin rencontrera des partenaires régionaux et les remerciera de leur coopération avec les États-Unis alors que nous évacuions des Américains, des Afghans et des citoyens d’autres pays d’Afghanistan», a ajouté le porte-parole, annonçant par la même occasion de le secrétaire à la Défense réaffirmera «nos solides relations de défense dans la région et rencontrera également les militaires américains et le personnel du gouvernement américain pour les remercier de la compétence et du professionnalisme avec lesquels ils ont mené l’évacuation».

L’importance du Qatar est d’autant plus grande que, même une fois les évacuations terminées, les États-Unis s’étant promis d’empêcher les groupes terroristes d’utiliser l’Afghanistan comme base d’opérations extérieures, la question de l’utilisation par les Américains d’une base aérienne au Qatar pour la reconnaissance en Afghanistan se pose inévitablement, bien que les responsables du Département d' »tat n’aient pas confirmé aujourd’hui qu’elle serait à l’ordre du jour.

Les talibans jugés sur leurs actions

Les États-Unis et leurs alliés entendent aussi rappeler les talibans à leurs engagements en faveur du départ «sûr» de tous ceux qui veulent quitter le pays, mais aussi de la lutte contre le terrorisme et du respect des droits fondamentaux, notamment des femmes.

«Nous espérons que tout gouvernement mis en place sera réellement inclusif, qu’il y aura dedans des non talibans, qui soient représentatifs des différentes communautés et des différents intérêts en Afghanistan», a dit le secrétaire d’État, alors que cet exécutif pourrait être annoncé très prochainement.

Mais il a ajouté que les «actes» et les «politiques» de ce futur gouvernement seraient «aussi importants» que sa composition.

À la question de la reconnaissance du régime des talibans, le secrétaire-adjoint à la Défense pour l’Asie centrale et du Sud-Est, Dean Thomson, a expliqué pour sa part lors d’un briefing cet après-midi sur le voyage du secrétaire d’État que «Tous les rapports que nous recevons sur les violations des droits humains fondamentaux et en particulier les rapports sur les restrictions imposées aux femmes, aux filles, tout ce qui est de cette nature est très préoccupant et nous continuerons certainement à soulever.».

Mais dans le même temps, il a noté la coopération des talibans lors de l’opération d’évacuations de ces dernières semaines, ajoutant «que les talibans ont fait de bonnes déclarations – ou des déclarations positives est une meilleure façon de le dire» – mais a réitéré que les talibans seraient jugés sur leurs action, particulièrement sur «leur capacité collective à garantir qu’à travers le pays, ils respectent les engagements qu’ils ont pris.»

*Avec AFP

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