Kaboul: les talibans interrompent de force une manifestation de femmes couverte uniquement par la presse étrangère

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Six jeunes Afghanes ont brièvement tenté jeudi matin à Kaboul de manifester pour revendiquer leur droit à l’éducation, avant d’en être violemment empêchées par des talibans qui ont tiré en l’air et tenté d’intimider la presse étrangère qui était la seule à couvrir l’événement, aucun médias locaux n’étant présent, rapporte ce matin l’Agence France-Presse.

Mise à jour 01/10/2021, 8h54

Il aura fallu attendre presque deux jours après que la presse étrangère a publié plusieurs reportages sur la manif, photos à l’appui, pour que la chaîne afghane d’information Tolo News fasse état de la manifestation, précisant le but de celle-ci, mais sans donner le moindre détail sur son déroulement, sauf pour dire qu’elle avait été stoppée, passant sous silence la force employée par les talibans et leurs tentatives d’intimider les médias étrangers et illustrant l’article qu’elle y consacre sur son site d’une photo d’écolières afghanes, et non pas de photos de la manifestation.

«Un groupe de femmes lors d’un rassemblement à Kaboul a protesté contre la fermeture des écoles et des universités pour les étudiantes, affirmant qu’il s’agit d’une violation de leurs droits fondamentaux dans la société afghane.», écrit Tolo, apparemment le seul média local à parler de la manifestation, se contentant ensuite de rappeler que le vice-ministre de l’Information et de la Culture, Zebiullah Moujahid, avait déclaré que les manifestants devraient obtenir l’autorisation du ministère de la Justice.

Aujourd’hui, toutefois, la première chaîne afghane d’information a rapporté en bonne place sur son site la déclaration du ministre des Affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammad bin Abdulrahman Al-Thani, qui a déclaré depuis Doha que la décision de l’Émirat islamique d’interdire l’éducation aux femmes et aux filles est un pas en arrière.

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Au moment d’écrire ses lignes, alors qu’il est déjà plus de 17h jeudi à Kaboul et que la manifestation a eu lieu vers 8 h locales, 45eNord.ca n’a pu trouver la moindre trace de l’événement dans les médias locaux afghans. N’eut été de la presse étrangère, le monde n’aurait donc jamais rien su de cette manifestation.

Trois jeunes femmes voilées et portant des masques médicaux ont déplié devant le lycée pour filles Rabia Balkhi, dans l’Est de la capitale afghane, une banderole qui proclamait, en anglais et en dari: «Ne politisez pas l’éducation !», rapporte la presse étrangère, dont l’AFP.

«Ne brisez pas nos stylos, ne brûlez pas nos livres, ne fermez pas nos écoles», ajoutait la banderole, illustrée d’une photo de jeunes filles voilées dans une salle de classe.

À peine avaient-elles été rejointes par trois autres manifestantes, dont l’une portant une pancarte sur laquelle elle avait écrit «L’éducation est l’identité humaine», qu’une dizaine de talibans en armes sont intervenus, ont observé sur place des journalistes de l’agence de presse.

Ils ont violemment repoussé les jeunes filles vers le portail d’entrée, fermé, du lycée. L’un d’eux s’est emparé de leur banderole qu’il a repliée en boule, alors que les autres s’en prenaient aux journalistes étrangers et tentaient de les empêcher de filmer. Un taliban a alors tiré en l’air une brève rafale avec son pistolet-mitrailleur.

Les manifestantes se sont réfugiées à l’intérieur de l’établissement et les talibans ont fait la chasse aux cameramen et photographes, tentant de s’emparer de leurs caméras. L’un d’eux a donné un coup de crosse à un cameraman étranger.  

Ils étaient commandés par un jeune homme sans armes, équipé d’un walkie-talkie, qui s’est présenté comme Mawlawi Nasratullah, chef des Forces spéciales talibanes pour Kaboul et sa région.  

Il a demandé à ses hommes de rassembler la dizaine de journalistes, tous de la presse internationale, et s’est adressé à eux. «Je respecte les journalistes, mais cette manifestation n’avait pas été autorisée», a-t-il dit. «Les autorités de l’Émirat (islamique) d’Afghanistan n’avaient pas été informées. C’est pour cela qu’aucun journaliste afghan n’est présent».

«Si elles avaient demandé l’autorisation de manifester, elles l’auraient eue», a-t-il assuré.

«Je respecte les droits des femmes, sans cela vous ne seriez pas ici», a-t-il ajouté, entouré d’une garde armée aux regards farouches. «Vous avez tenté de couvrir une manifestation illégale. Je vous rappelle que dans des pays modernes, la France ou les États-Unis, la police frappe les manifestants».

L’appel à la manifestation avait été lancé sur l’internet par un groupe intitulé «Mouvement spontané des femmes activistes d’Afghanistan».

Début septembre, des talibans armés avaient dispersé des manifestations dans plusieurs villes, dont Kaboul, Faizabad et Hérat, où deux personnes avaient été tuées. Toutes les manifestations ont été interdites par le nouveau pouvoir dans le pays depuis le 8 septembre, et les contrevenants menacés de «sévères actions légales».

*Avec AFP