Afghanistan: l’heure est à la formation d’un nouveau gouvernement et à la reconstruction du pays

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Les talibans sont sur le point d’annoncer la formation de leur nouveau gouvernement. (Twitter)
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Les talibans sont sur le point d’annoncer la formation de leur nouveau gouvernement à la tête duquel on retrouvera le mollah Hibatullah Akhundzada, chef des talibans, et sous l’autorité duquel il y aura probablement un premier ministre ou un président, un régime qui n’est pas sans rappelé celui de la théocratie iranienne, rapporte la grande chaîne privée d’information afghane Tolo News.

Mise à jour 03/09/2021, 15h56

Pendant que le chef religieux suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, se concentrera sur les questions religieuses et la gouvernance dans le cadre de l’islam, le cofondateur des talibans, le mollah Baradar, dirigera le nouveau gouvernement afghan qui devrait être annoncé sous peu, ont annoncé vendredi des sources du groupe islamiste selon ce que rapporte la chaîne afghane d’information indépendante Tolo News.

«Tous les hauts dirigeants sont arrivés à Kaboul, où les préparatifs sont en phase finale pour annoncer le nouveau gouvernement», a déclaré un responsable taliban, sous couvert d’anonymat.

À Baradar, qui dirige le bureau politique des talibans, se joindront pour gouverner le pays le mollah Mohammad Yaqoob, le fils du défunt co-fondateur des talibans, le mollah Omar, et Sher Mohammad Abbas Stanekzai, qui occuperont tous deux des postes de direction importants au sein du gouvernement, ont indiqué trois sources s’exprimant sous couvert d’anonymat.

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Mise à jour 03/09/2021, 6h53

Les Afghans et la communauté internationale devront patienter encore un peu: le nouveau gouvernement, sur lequel les talibans sont attendus au tournant après leur promesse d’ouverture, ne devrait finalement pas être dévoilé avant samedi, au plus tôt. Aucune annonce ou cérémonie liée à la présentation de ce nouvel exécutif n’est prévue ce vendredi, a indiqué un porte-parole du mouvement islamiste, précisant qu’il ne fallait s’attendre à aucun développement à ce sujet avant samedi au plus tôt.

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Le chef des talibans, le mollah Hibatullah Akhundzada, devrait donc exercer l’autorité suprême au titre de guide religieux du pays, mais la responsabilité de mener le gouvernement sera confiée à quelqu’un d’autre. Le co-fondateur du mouvement, Abdul Ghani Baradar, devrait pour sa part occuper un poste important au sein de l’exécutif.

«Les consultations sont presque finalisées sur le nouveau gouvernement, et les discussions nécessaires ont également eu lieu sur le cabinet. Le gouvernement islamique que nous annoncerons sera un… modèle pour le peuple. Il n’y a aucun doute sur la présence du Commandeur des fidèles (Akhunzada) dans le gouvernement. Il sera le chef du gouvernement et cela ne devrait faire aucun doute», a déclaré mercredi Anamullah Samangani, membre de la commission culturelle des talibans.

«Le nom du nouveau système ne devrait être ni république ni émirat. Ce devrait être quelque chose comme un gouvernement islamique. Hibatullah devrait être au sommet du gouvernement, et il ne sera pas le président. Il sera le chef de l’Afghanistan. Au-dessous de lui, il y aura un Premier ministre ou un président qui travaillera sous sa supervision», a pour sa part expliqué l’analyste politique Mohammad Hasan Haqyar, cité par Tolo News.

Ces dernières semaines, les talibans ont également noué des contacts notamment avec des personnalités afghanes qui leur sont opposées, comme l’ex-président Hamid Karzaï, ou l’ancien vice-président Abdullah Abdullah. Mais rien n’a transpercé sur leurs intentions réelles à leur égard.

Les nouveaux maîtres du pays pourraient annoncer la composition de leur gouvernement juste après la prière ce vendredi, quelques jours seulement après le départ lundi des dernières troupes américaines et la fin d’une guerre de 20 ans, rapporte de son côté l’Agence France-Presse.

Mais ce nouveau gouvernement ne devrait toutefois pas inclure de femmes. Le chef adjoint du bureau politique des talibans au Qatar, Sher Mohammad Abbas Stanekzai, tout en renouvelant renouvelé la promesse d’un gouvernement inclusif mercredi dans une interview à la BBC, a laissé entendre qu’il «pourrait ne pas y avoir» de femmes nommées ministres ou à des postes à responsabilité, mais uniquement à des échelons inférieurs.

Une perspective contre laquelle des dizaines d’Afghanes ont protesté aujourd’hui, illustrant les défis auxquels le pouvoir va être confronté.

Une cinquantaine de femmes sont descendues jeudi dans les rues d’Hérat, capitale cosmopolite de l’Ouest afghan, pour revendiquer leur droit à travailler et réclamer la participation de femmes au nouvel exécutif.

«C’est notre droit d’avoir une éducation, du travail et la sécurité», ont chanté à l’unisson les manifestantes. «Nous n’avons pas peur, nous sommes unies.»

Ce genre d’expression publique de mécontentement est une nouveauté pour les talibans, qui réprimaient impitoyablement toute contestation lors de leur régime précédent et qui devront vraisemblablement devoir s’adapter à une société afghane devenue plus libérale et plus ouverte sur le monde extérieur ces 20 dernières années.

Parias lors de leur premier passage au pouvoir entre 1996 et 2001, les talibans sont attendus au tournant par la communauté internationale qui garde en mémoire la brutalité de leur régime à l’époque. Leur application stricte de la charia, la loi islamique, s’était notamment traduite par la disparition progressive des femmes de l’espace public et la persécution des opposants.

Mais les talibans se sont efforcés depuis plusieurs semaines de présenter un visage plus modéré et plus ouvert, assurant que le droit des femmes serait respecté. Ils ont notamment annoncé qu’elles pourraient étudier à l’université, mais dans des classes non mixtes, et appelé récemment les travailleuses du secteur de la santé à reprendre le travail. Mais pour l’heure ces déclarations peinent à convaincre.

Pendant que se déroulent les discussions sur la formation d’un nouveau gouvernement national, les talibans ont déjà nommé des gouverneurs, des chefs de police et des commandants de police pour les provinces et les districts, rapporte Tolo.

«L’Émirat islamique est actif dans chaque province. Il y a un gouverneur dans chaque province qui a commencé à travailler. Il y a un gouverneur de district pour chaque district et un chef de police dans chaque province qui travaillent pour la population », a déclaré Abdul Hanan Haqqani, un membre influent des talibans.

Un pays à rebâtir

Ce gouvernement aura devant lui un lourd défi: celui de rebâtir une économie détruite par deux décennies de guerre et largement dépendante de l’aide internationale, qui a été en grande partie gelée depuis la prise du pouvoir par les talibans le 15 août.

Dans les rues de Kaboul, la première préoccupation est celle-là. « Avec l’arrivée des talibans, il est juste de dire qu’il y a la sécurité, mais les affaires sont en dessous de zéro », a expliqué Karim Jan, un commerçant en électronique, cité par l’Agence France-Presse.

Les talibans vont devoir trouver d’urgence les fonds pour verser les salaires des fonctionnaires et maintenir en état de marche les infrastructures vitales (eau, électricité, communications).

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a quant à lui mis en garde mardi contre «une catastrophe humanitaire» en Afghanistan et «la menace d’un effondrement total des services de base».

Les talibans doivent aussi prouver qu’ils ont l’expertise pour diriger le pays, alors que des dizaines de milliers d’Afghans, souvent parmi les plus éduqués et qualifiés, ont fui l’Afghanistan depuis leur arrivée au pouvoir.

L’une de leurs priorités sera de remettre en état l’aéroport de Kaboul, d’une importance cruciale pour faire transiter le soutien médical et humanitaire dont le pays a besoin.

Un avion qatari transportant une équipe technique s’est posé mercredi sur le tarmac de cet aéroport. Une source proche du dossier a indiqué que le Qatar avait envoyé cette équipe pour discuter de « la reprise des opérations de l’aéroport », les talibans ayant fait une requête d’«assistance technique».

Aux États-Unis, où le président Joe Biden est critiqué pour sa gestion de la crise afghane, les plus hauts responsables du Pentagone se sont engagés mercredi à «tirer les leçons» de la guerre, reconnaissant ressentir «douleur et colère» après avoir remis le pays aux mains des talibans, leurs ennemis de 20 ans.

Pendant ce temps, nouvel assaut taliban dans le Panjshir

Pendant ce temps, les talibans ont à nouveau mené un assaut contre la vallée du Panjshir (est), l’une des dernières poches de résistance au nouveau régime afghan, a affirmé la résistance jeudi, au lendemain de ces affrontements qui ont fait au moins quatre morts selon une ONG, rapporte l’Agence France-Presse.

Mercredi, les combattants talibans ont lancé une attaque sur le sud du Panjshir depuis la province de Kapisa, anciennement sous contrôle de l’armée française avant qu’elle ne se retire d’Afghanistan en 2013. Ils ont aussi mené une offensive dans l’est de la vallée, selon plusieurs résistants.

« Il y a quelques heures, ils ont attaqué, et nous les avons défaits lourdement », a déclaré un combattant du Front national de résistance (FNR), qui comprend des milices anti-talibans et d’anciens membres des forces afghanes.

«Nous attendons de nouvelles attaques des talibans», a-t-il poursuivi. «Nous sommes prêts à les battre, s’ils se risquent à nous envahir.»

L’ONG italienne Emergency a indiqué sur Twitter avoir reçu dans son hôpital de Kaboul «quatre patients blessés et quatre morts […] du fait des combats à Gulbahar», aux portes de la vallée du Panjshir.  

De nombreux talibans ont péri dans l’attaque, affirme de son côté Fahim Dashti, un responsable du FNR, pour qui les nouveaux maîtres du pays «n’ont même pas avancé d’un kilomètre».

Le FNR, qui disait espérer dialoguer avec les talibans, a promis de défendre la vallée qu’entourent des centaines de combattants du mouvement islamiste. Mais ces pourparlers ont échoué, d’après les talibans, qui ont appelé mercredi les résistants à se rendre sans combattre.

Les islamistes ne communiquent pour l’instant pas sur les pertes infligées ou subies lors de ces assauts au Panjshir.

«Nous avons essayé de nous diriger vers la paix, mais (les talibans) utilisent la force, qui ne marche pas», a souligné un autre combattant du FNR, faisant état de «beaucoup de victimes ennemies» dans les derniers combats.  

Bastion antitaliban de longue date, le Panchir est une vallée enclavée et difficile d’accès, située au cœur des montagnes de l’Hindou Kouch, dont l’extrémité sud se trouve à environ 80 kilomètres au nord de la capitale Kaboul.

La résistance sur place y est organisée autour du FNR, emmené par Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmed Shah Massoud, figure de la résistance aux Soviétiques et aux talibans assassinée le 9 septembre 2001 par Al-Qaïda. Amrullah Saleh, vice-président du gouvernement déchu, s’y est également réfugié.

*Avec AFP