La poursuite des combats dans le Panjshir retardent l’annonce du gouvernement taliban

0
391
Afghanistan: la résistance antitalibane fait état de « lourds » combats dans le Panchir. (Pressa_TJ)
Temps de lecture estimé : 4 minutes

Les talibans ont à nouveau différé samedi l’annonce de leur gouvernement, dont la composition pourrait donner le ton des années à venir en Afghanistan, où le nouveau régime reste confronté à une poche de résistance armée dans la vallée du Panjshir, rapporte ce matin l’Agence France-Presse.

Des sources talibanes ont prévenu les médias qu’il n’y aurait aucune annonce faite samedi sur le futur gouvernement. La situation dans le Panjshir, l’un des derniers foyers d’opposition armée au nouveau régime, pourrait expliquer le retard pris pour présenter le nouvel exécutif, initialement pressenti pour être dévoilé vendredi.

Bastion antitaliban de longue date, cette vallée, enclavée et difficile d’accès située à environ 80 kilomètres au nord de la capitale, est le théâtre depuis lundi et le départ des dernières troupes américaines du pays de combats entre les forces talibanes et le Front national de résistance (FNR).  

Les affrontements entre les forces talibanes et le front de résistance se poursuivent, les deux camps affirmant avoir causé de lourdes pertes au camp adverse.

Le front de résistance affirme que les lourdes attaques des talibans contre le Panjshir ont été repoussées et que les forces talibanes ont subi de lourdes pertes pendant les combats.

Fahim Fetrat, membre du front de résistance, cité par la chaîne afghane indépendante d’information Tolo, a déclaré que les forces talibanes avaient attaqué le Panjshir depuis quatre directions mais n’avaient pas pu pénétrer dans la vallée. «Des centaines de forces ennemies ont été tuées, blessées et arrêtées par les forces du front national de résistance. Des dizaines de leurs véhicules blindés ont été incendiés et ils restent dans la zone. Ils ont perdu plusieurs zones à Gulbahar et Jabal Saraj», a déclaré Fetrat.

Les talibans, quant à eux, ont nié que leurs forces aient subi des pertes et ont déclaré qu’elles avaient avancé dans le Panjshir depuis plusieurs directions. «Les moudjahidin ont fait des avancées dans le district de Paryan au Panjshir depuis Warsaj (district) à Takhar et Kiran Wa Manjan (district) à Badakhshan et ils se sont rencontrés là-bas. Les moudjahidines ont également avancé dans le Panjshir depuis la direction de Kapisa. Les zones centrales du district de Shotul au Panjshir sont toujours sous le contrôle des forces de l’Émirat islamique», a déclaré Anaamullah Samangani, membre de la commission culturelle des talibans.

Réfugié dans la vallée du Panchir, l’ancien vice-président Amrullah Saleh a évoqué pour sa part une «situation très difficile» dans un message vidéo diffusé vendredi soir, tout en assurant que la «résistance continu[ait] et continue[rait]».  

Selon Ahmad Massoud, qui mène la résistance dans la vallée, les talibans auraient proposé d’attribuer deux sièges au FNR dans le gouvernement qu’ils veulent créer. Et ce «alors que nous demandions un meilleur avenir pour l’Afghanistan. Nous n’avons même pas considéré » leur offre, a ajouté mercredi le fils du commandant Ahmed Shah Massoud assassiné en 2001 par Al-Qaïda, estimant que les talibans avaient «choisi le chemin de la guerre».  

Pendant ce temps, l’ancien président afghan Hamid Karzaï, dans une déclaration vendredi, a exhorté les deux parties à cesser les combats et à résoudre leurs problèmes par le dialogue. «J’exhorte les deux parties à résoudre le problème par des négociations afin que notre nation souffrante puisse jouir d’une paix et d’une prospérité à part entière».

«J’espère que les deux parties résoudront le problème actuel par le dialogue afin que notre peuple affligé puisse jouir d’une paix et d’un bonheur complets. Malheureusement, malgré les efforts des derniers jours, des opérations militaires et des combats ont commencé au Panjshir, ce qui est un sujet de profonde préoccupation et je ne considère pas que les conséquences soient dans l’intérêt du pays et du peuple. C’est pourquoi j’appelle les deux parties à ce que la guerre ne soit pas une solution pour un Afghanistan blessé et souffrant.», a twitté celui qui fut président de son pays du 22 décembre 2001 au 29 septembre 2014 et qui semble jouir encore du respect de l’ensemble de la population, talibans compris, alors qu’il mène des négociations dans le cadre du retour des talibans au pouvoir.

Karzai, dont l’aéroport de Kaboul porte toujours le nom, avait quitte la présidence après son second quinquennat durant lequel il s’était s’éloigné des États-Unis dont il était un allié lors de son premier mandat.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré pour sa part que tout le monde souhaitait que les talibans et d’autres groupes ethniques et politiques parviennent à un accord et forment un gouvernement inclusif, tout en indiquant que la Russie n’avait pas pour autant l’intention d’agir comme médiatrice.

«Nous exhortons depuis longtemps les talibans et d’autres groupes ethniques et politiques en Afghanistan à parvenir à un accord sur la création d’un gouvernement intérimaire inclusif. Nous n’avons pas l’intention d’agir en tant que médiateurs dans ces pourparlers», a indiqué le chef de la diplomatie russe lors d’un point de presse le 2 septembre.

«Tout le monde souhaite que les talibans et les autres dirigeants ethniques et politiques en Afghanistan parviennent à un accord. Ces signaux sont envoyés par les pays occidentaux, la Chine et les États d’Asie centrale.», a-t-il ajouté, déclarant «nos alliés du Tadjikistan ont un rôle particulier à jouer étant donné que les Tadjiks afghans [l’ethnie tadjike est majoritaire au Panjshir, NDLR] négocient avec les autorités centrales talibanes dans la vallée du Panjshir. J’espère que ces pourparlers conduiront à une solution, plutôt que d’échouer, et qu’alors la menace d’une reprise des hostilités ne se concrétisera peut-être pas.»

*Avec AFP

Voir aussi:

Afghanistan: l’heure est à la formation d’un nouveau gouvernement et à la reconstruction du pays >>

Afghanistan/Panjshir: les négociations achoppent, c’est la guerre entre la résistance et les talibans >>

Blinken au Qatar la semaine prochaine n’exclut pas de dialoguer avec les talibans >>