Les talibans annoncent s’être emparés du Panjshir, Massoud appelle les Afghans à un soulèvement national

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Afghanistan: la résistance antitalibane fait état de « lourds » combats dans le Panchir. (Pressa_TJ)
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Trois semaines après la prise de Kaboul, les talibans ont annoncé ce lundi 6 septembre s’être emparés du Panshir, une région enclavée jusqu’ici tenue par le Front national de résistance d’Ahmad Massoud, fils de feu le commandant Massoud et qui appelle maintenant à un soulèvement national.

«Avec cette victoire, notre pays est désormais complètement sorti du marasme de la guerre», a déclaré dans un communiqué le principal porte-parole taliban, Zabihullah Moujahid.

En conférence de presse, Moujahid a lancé un avertissement à tous ceux qui voudraient continuer à résister. «L’Émirat islamique est très susceptible au sujet des insurrections. Quiconque tente de créer une insurrection sera durement réprimé», a-t-il prévenu.

Le porte-parole a aussi appelé les ex-forces armées gouvernementales, qui ont combattu les talibans pendant 20 ans, à intégrer à leurs côtés les nouveaux services de sécurité.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des talibans dans les bureaux du gouverneur du Panchir et des drapeaux talibans flottant ici et là, sous les clameurs des combattants islamistes.

La résistance anti-talibans dans la vallée du Panchir (Est), unique foyer d’opposition armée au nouveau régime afghan, avait appelé dimanche dans un communiqué à un cessez-le-feu après des informations faisant état de lourdes pertes au cours du week-end. Le Front national de résistance (FNR) dit avoir proposé dans la nuit de dimanche à lundi «aux talibans de cesser leurs opérations militaires dans le Panjshir… et de retirer leurs forces. En retour, nous demanderons à nos troupes de s’abstenir de toute action militaire».

Mais les talibans ont poursuivi leur offensive.

Les talibans ont attaqué le Panjshir, une forteresse montagneuse avec peu d’entrées et des cols étroits, depuis plusieurs directions, et ont d’abord été repoussés par les forces de résistance. Mais les talibans, poursuivant leur assaut, ont réussi à percer les défenses de la résistance au col principal au sud, près de la ville de Gulbahar, et au col de Khawak à l’est. Les talibans ont ensuite rapidement avancé sur la route étroite et ont pris le contrôle de Bazarak, la capitale provinciale.

Après la prise du Panjshir par les talibans Ahmad Massoud, le chef du Front national de résistance a appelé les afghans à un «soulèvement national». «Où que vous soyez, dedans ou en dehors, je vous appelle à lancer un soulèvement national» et, malgré de lourdes pertes, défie encore les talibans.

Mais au Panjshir, la situation semble aujourd’hui désespéré. Le FNR a tweeté dimanche que son porte-parole Fahim Dashty – un célèbre journaliste afghan – et le général Abdul Wudod Zara avaient été tués dans les derniers combats.

Sans sa base au Panjshir, la promesse de Massoud de poursuivre efficacement la lutte contre les talibans sera difficile à tenir, analyse Bill Roggio du FDD’S Long War Journal qui suit le conflit en Afghanistan depuis ses tout débuts. Les forces de Massoud pourront peut-être lancer des attaques de guérilla depuis les montagnes, mais sa capacité à défier le régime taliban sera limitée.

«Le seul avantage du Front de résistance nationale était l’avantage du terrain, mais il n’était pas à la hauteur de la puissance militaire des talibans et de la volonté de prendre la province et de mettre fin au défi final de dominer le pays et d’établir l’émirat islamique d’Afghanistan.», conclut Roggio.

À l’issue d’une offensive éclair, les talibans ont pris le pouvoir le 15 août à Kaboul et d’anciens membres des forces de sécurité afghanes se sont retirés dans la vallée du Panjshir pour rejoindre le Front national de résistance. 

Le Panchir était un bastion anti-taliban de longue date, la zone que le légendaire commandant Ahmed Shah Massoud a contribué à rendre célèbre à la fin des années 1990 avant d’être assassiné par Al-Qaïda en 2001. 

Le Panjshir n’était jusqu’ici tombé ni sous l’occupation soviétique dans les années 1980 ni durant l’ascension des talibans vers le pouvoir pour la première fois une décennie plus tard et plusieurs pariaient sur la résistance emmenée par Ahmad Massoud, le fils du commandant Massoud, et Amrullah Saleh, le vice-président du gouvernement déchu, extrêmement hostile aux talibans et qui s’était réfugié au Panjshir.  

Mais c’était sans compter avec les talibans tous les avantages dont bénéficiaient cette fois les talibans, y compris le nombre, l’équipement, la qualité de leur force de combat et la volonté de ne pas laisser échapper de nouveau le Panjshir à leur contrôle comme cela avait été dans le passé, quelle que soit le prix de la conquête de cette province.

L’armée des talibans a été forgée au cours de 20 ans de guerre contre l’armée américaine, l’OTAN et les forces afghanes, tandis que les forces de Massoud étaient en sécurité dans le Panjshir et que ce qui restait des forces de de Saleh avait été démoralisé lors de l’offensive finale des talibans, souligne également l’éditeur du Long War Journal. Les talibans ont pu mobiliser leurs forces dans tout l’Afghanistan, tandis que les effectifs de la résistance étaient limités, et ils avaient en outre une abondance d’armes, de munitions et d’équipements qu’ils ont saisis de l’armée afghane.

Pour sa part, l’Iran a condamné «fermement» lundi l’assaut contre le Panjchir. La République islamique chiite, qui partage plus de 900 km de frontière avec l’Afghanistan, s’était jusqu’alors abstenue de critiquer les talibans sunnites depuis leur prise de pouvoir à Kaboul.

*Avec AFP

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