Djihadistes en Syrie: l’Allemagne annonce le rapatriement de huit femmes et 23 enfants

0
533
Le Camp Roj dans le nord-est de la Syrie. (Giorgos Moutafis/Bild)
Temps de lecture estimé : 4 minutes

L’Allemagne a annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi (heure d’Allemagne) avoir rapatrié du nord de la Syrie huit femmes, qui avaient rallié l’organisation djihadiste État islamique (EI), et 23 enfants dans la troisième et plus importante opération de ce type menée par Berlin depuis 2019.

Une équipe du ministère fédéral des Affaires étrangères et de l’Office fédéral de la police criminelle, avec le soutien de l’US Air Force, a emmené les qui huit femmes allemandes de l’État islamique et leurs enfants qui étaient dans un camp kurde du nord de la Syrie et sont entrés en Allemagne jeudi soir, a déclaré le ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas (SPD) à Berlin peu avant minuit mercredi soir. 

Au cours de la même opération, toujours menée avec le soutien logistique de l’armée américaine, le Danemark a fait sortir de Syrie trois femmes et 14 enfants, selon un communiqué de la diplomatie allemande qui parle de «tour de force».

«Les enfants ne sont pas responsables de leur situation. […] Les mères devront répondre de leurs actes devant la justice pénale. Un grand nombre d’entre elles ont été placées en détention après leur arrivée en Allemagne», a indiqué le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas dans ce communiqué.

«Je suis heureux que nous ayons pu ramener en Allemagne, ce soir, 23 autres enfants allemands et huit mères», ajoute le ministre qui précise qu’il s’agit de personnes, et notamment d’enfants, identifiés «comme ayant particulièrement besoin de protection».  

«Il s’agit essentiellement d’enfants malades ou ayant un tuteur en Allemagne, ainsi que de leurs frères et sœurs et de leurs mères», selon le ministère.

Ils étaient détenus dans le camp de Roj (nord-est de la Syrie), sous contrôle kurde.

«La situation dans la région est très difficile, des millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire. La situation s’est aggravée en raison de la pandémie de corona et de l’effondrement économique. Les personnes en Syrie – y compris nos personnes de contact – sont confrontées chaque jour à des défis extrêmes. Nos contacts locaux, en particulier le gouvernement autonome kurde dans le nord-est de la Syrie, méritent un grand merci pour nous avoir soutenus dans la préparation intensive au cours des derniers mois.», a également déclaré le chef de la diplomatie allemande.

Des représentants du ministère allemand des Affaires étrangères et de la police criminelle ont atterri mercredi matin dans le nord de la Syrie à bord d’un avion de l’armée américaine, rapporte le quotidien allemand Bild. L’avion est ensuite reparti avec les femmes et les enfants pour le Koweït où le groupe a pris un vol vers Francfort, arrivé dans la soirée.

Le rapatriement des familles de djihadistes: un casse-tête pour l’Europe

Depuis la chute en mars 2019 de l’organisation État islamique (EI), la communauté internationale est confrontée au casse-tête du rapatriement des familles des djihadistes capturés ou tués en Syrie et en Irak. La plupart des pays de l’UE effectuent des rapatriements au cas par cas.

Dans sa dernière opération de rapatriement, menée en décembre 2020 conjointement avec la Finlande, l’Allemagne avait ramené de Syrie cinq femmes et dix-huit enfants.

Certaines de ces femmes ont déménagé en Syrie depuis l’Allemagne seule et se sont mariées là-bas avec des combattants de l’EI. D’autres se sont rendues dans la zone de guerre avec leurs partenaires et, après leur mort, ont épousé d’autres combattants de la milice de l’EI.

Après la chute de l’EI, les femmes ont été capturées par des combattants kurdes et emmenées au camp d’al-Hol.

Pendant des années, l’Allemagne s’est occupée de celles qu’on appelle les« femmes de l’EI » pour des raisons humanitaires et a déjà récupéré à plusieurs reprises des groupes plus restreints de femmes et d’enfants en Syrie au cours des dernières années.

Mais ce qu’il faut surtout retenir est que l’accent est mis sur les enfants, dont certains sont nés en Syrie

Les Allemandes rapatriées aujourd’hui sont âgées de 30 à 38 ans et originaires de plusieurs régions du pays, rapporte le magazine Der Spiegel qui ajoute que six font l’objet d’un mandat d’arrêt.

Ces femmes viennent à l’origine de Berlin, Brême, Bavière, Hambourg, Hesse, Basse-Saxe et Rhénanie du Nord-Westphalie.

Dans les trois cas les plus lourds, le mandat d’arrêt a été émis par le parquet fédéral de Karlsruhe, qui a compétence en matière de terrorisme.

Der Spiegel décrit ainsi l’une des femmes, Verena M., originaire de Rhénanie du Nord-Westphalie (ouest), comme partie pour la Syrie en 2015, formée au maniement des armes par l’EI et probablement active plus tard au sein de la police des mœurs de l’organisation.  En 2016, son fils, maintenant âgé de douze ans, mais qui n’avait alors que sept ans, avait dû poser pour des photos avec une arme et jurer allégeance à l’EI.

Le procureur fédéral a également obtenu un mandat d’arrêt contre Solale M., 37 ans, originaire de Hambourg, rapporte le magazine allemand. La jeune femme a déménagé en Syrie avec deux enfants à l’été 2014 et a suivi son partenaire de l’époque, qui avait également rejoint l’EI. Ils font maintenant face à des poursuites pour appartenance à un groupe terroriste, mise en danger de la protection de l’enfance et enlèvement d’enfants.

Le troisième mandat d’arrêt visait Romina Sch., 33 ans, qui s’est rendue en Syrie en 2014 et a emmené sa fille avec elle. Romina Sch. est soupçonnée d’avoir fait la promotion de l’organisation terroriste sur des forums en ligne, convainquant au moins un Allemand de 16 ans de se rendre en Syrie.

Certaines de ces femmes, par exemple Joséphine B., 30 ans, de Berlin, écrit le magazine Der Spiegel, ont intenté une action en justice pour leur droit au retour. La jeune femme, encore aujourd’hui considérée comme radicale et a été transférée directement de l’aéroport vers un centre de rétention.

Selon Bild, il reste encore environ 70 adultes ayant la nationalité allemande dans des camps sous contrôle kurde dans le nord de la Syrie, ainsi qu’autour de 150 enfants de nationaux allemands.

Sous Donald Trump, les États-Unis avaient appelé à plusieurs reprises les États occidentaux, particulièrement les pays européens, à rapatrier leurs ressortissants qui étaient partis combattre avec l’EI, mais les États-Unis, tout en exhortant les autres pays à assumer leurs responsabilités, avaient toujours trouvé une raison pour ne pas le faire eux-mêmes.

*Avec AFP