Inconduite sexuelle, la série noire se poursuit avec le lieutenant-général Whelan, commandant du Commandement du personnel militaire

0
1486
Le lieutenant-général Steven Whelan, qui avait succédé au vice-amiral Haydn Edmundson au commandement du personnel militaire en mars en raison d’une enquête policière sur des allégations d’agression sexuelle, est à son tour l’objet d’une enquête. (Photo/The Royal Canadian Regiment)
Temps de lecture estimé : 6 minutes

La police militaire dit enquêter sur des allégations «historiques» d’inconduite sexuelle impliquant un autre commandant supérieur, le lieutenant-général Steven Whelan, commandant du Commandement du personnel militaire, le grand responsable des ressources humaines des Forces armées canadiennes, celui-là même dont les services doivent évaluer l’incidence des accusations d’inconduite sur la carrière des militaires, rapporte maintenant La Presse Canadienne.

Le Service national des enquêtes des Forces canadiennes (SNEFC) a révélé l’enquête impliquant le lieutenant-général Whelan vendredi soir, cinq mois après qu’il a été nommé à la tête du commandement du personnel militaire, qui est responsable de tout ce qui a trait au personnel, du recrutement aux promotions en passant par les soins de santé.

Ironie du sort, l’une des tâche du Commandement du personnel militaire est d’éliminer les comportements sexuels dommageables et inappropriés au sein des Forces armées canadiennes. Si les allégations s’avéraient fondées, ce serait le loup dans la bergerie.

Et double ironie, le lieutenant-général Whelan avait succédé au vice-amiral Haydn Edmundson, qui a quitté ses fonctions de chef du commandement du personnel militaire en mars en raison d’une enquête policière à la suite d’un reportage de la CBC sur des allégations d’agression sexuelle, allégations que l’intéressé a nié, mais qui lui ont coûté son poste.

Les Forces armées canadiennes ont déclaré dans un communiqué que le chef d’état-major par intérim, le général Wayne Eyre et le ministre de la Défense Harjit Sajjan avaient été informés des allégations visant le nouveau commandant du Commandement du personnel militaire au début du mois de juin alors que celui-ci «ne devait pas être mis au courant en raison d’impacts possibles sur l’enquête».

Le communiqué indique que la vice-chef d’état-major de la Défense a évalué « l’impact sur la victime, la poursuite de l’emploi (de Steven Whelan) et l’impact sur le lieu de travail» et, «Compte tenu des récents développements, après avoir discuté avec le vice-chef d’état-major de la Défense, le LGén Whelan convient qu’il doit se retirer en tant que commandant du personnel militaire, à compter de maintenant.»

«Les FAC sont une institution fondée sur la primauté du droit et les attentes les plus élevées des Canadiens et, à ce titre, les FAC doivent veiller à ce que toutes les parties — plaignants et intimés — bénéficient de leurs droits fondamentaux à une procédure régulière, à l’équité procédurale, à la sécurité, et la vie privée», poursuit le communiqué.

On apprenait ausi cette semaine que le lieutenant-général Trevor Cadieu, qui devait prendre le commandement de l’armée de terre en septembre, fait l’objet d’une enquête de la police militaire pour des allégations d’inconduite sexuelle. Le lieutenant-général Cadieu clame son innocence, mais il dit, lui, comprendre la décision de l’état-major de retarder son installation jusqu’à ce que l’enquête soit terminée.

Le lieutenant-général Whelan n’est que le dernier d’une série noire qui secoue le haut de la pyramide militaire canadienne depuis quelque 10 mois.

Des allégations de comportement inapproprié visant l’ex-chef d’état-major de la Défense, le général à la retraite Jonathan Vance, ont été révélées en février, deux semaines après qu’il a cédé le commandement à l’amiral Art McDonald, qui dû se retirer parce qu’il faisait l’objet d’une enquête de la police militaire pour, lui aussi, une allégation d’inconduite sexuelle.

Puis ce fut, comme nous le disions plus-haut, le chef du Commandement du personnel militaire, le vice-amiral Hayden Edmundson qui, faisant à son tour l’objet d’une enquête après qu’une allégation d’agression sexuelle vieille de trois décennies a refait surface, qui a dû se retirer et qui a finalement été définitivement remplacé.

Et la série noire s’est continué. L’ancien commandant des opérations militaires du pays, le lieutenant-général. Christopher Coates a pris sa retraite après qu’un rapport publié de l chaîne de journaux Postmedia a révélé qu’il avait eu une liaison avec un civil du département de la Défense américain alors qu’il était commandant adjoint du NORAD.

En mai, le major-général Dany Fortin, grand responsable de la distribution du vaccins contre la Covid 19 partout au Canada, devait quitter son poste avec l’Agence de la santé publique du Canada en attendant les résultats d’une enquête militaire, déclarait dans un très bref communiqué le ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes.

Ensuite, en mai, le major-général Peter Dawe, l’ancien commandant des forces spéciales, a été mis en congé payé après qu’on a appris qu’il avait écrit une lettre de soutien à un soldat reconnu coupable d’agression sexuelle.

Global News, la chaîne qui avait révélé en février les allégations visant le général (ret) Vance, a rapporté que le commandant de l’école du renseignement militaire, le lieutenant-colonel. Raphaël Guay, avait été temporairement expulsé en raison d’une enquête.

Et cette semaine, Cadieu, Whelan, la liste s’alonge encore. Le bilan jusqu’ici n’est pas brillant: des carrières brisées, le moral des troupes affecté et la confiance du public envers l’institution minée.

En avril, le ministère de la Défense annonçait qu’après Marie Deschamps en 2015, qui avait dénoncé la culture de la sexualisation au sein des Forces canadiennes, une autre ancienne juge de la Cour suprême, la juriste de réputation internationale Louise Arbour, allait réaliser à son tour un examen indépendant sur l’inconduite sexuelle au sein des Forces armées canadiennes (FAC).

Mais avant même que Louise Arbour puisse réaliser son examen, un rapport en juin de l’ancien juge de la Cour suprême Morris Fish, constatait que l’inconduite sexuelle restait aussi «rampante» et «destructrice» en 2021 qu’elle l’était en 2015.

Pendant ce temps, on se querelle au sommet de la pyramide

Et pendant ce temps, on se querelle au sommet de la pyramide.

C’est l’échauffourée verbale au sommet du monde de la Défense alors que le ministre, Harjit Sajjan, et le chef par intérim de l’état-major, le général Wayne Eyre, ont fustigé cette semaine la décision de l’amiral Art McDonald d’écrire une lettre aux officiers supérieurs des Forces canadiennes pour faire valoir les raisons pour lesquelles il devrait être réintégré dans ses fonctions de chef d’état-major de la Défense et grand patron de des Forces armées canadiennes.

L’amiral Art McDonald, qui a dû quitter son poste de chef d’état-major en février dernier quelques semaines seulement après avoir pris ses fonctions en raison d’une enquête de la police militaire sur une allégation d’inconduite sexuelle.

En août, au terme d’une enquête ayant duré six mois, il a été décidé qu’aucune accusation ne serait portée contre celui qui était encore en principe le chef d’état-major de la Défense et, procédé inhabituel, cette semaine dans une lettre l’amiral a dénoncé maintenant le refus du gouvernement libéral de le réintégrer depuis que l’enquête n’a donné lieu à aucune accusation. «Je suis assez déçu que mon exonération n’ait pas mené à mon retour au travail», s’attirant les foudres du ministre et du chef d’état-major par intérim.

La réponse du général Eyre a été cinglante: dans une lettre aux officiers supérieurs de l’état-major, le général Eyre qualifie la missive de l’amiral McDonald de «choquante». Il rappelle à ses collègues de l’état-major que dans une démocratie, l’armée doit répondre au gouvernement. Le général Eyre affirme son intention de continuer à servir en tant que plus haut commandant militaire du Canada jusqu’à ce que le gouvernement dise le contraire.

Le ministre Sajjan a à son tour critiqué la lettre de d’Art McDonald comme étant déconnectée à la fois de la façon dont l’armée est gouvernée et des besoins des survivants et des victimes d’inconduite sexuelle. «Le message électronique envoyé par Art McDonald aux officiers et généraux est inapproprié et inacceptable», a déclaré Harjit Sajjan par voie de communiqué. «Au Canada, les civils assurent la surveillance nécessaire des militaires et décident qui est le mieux placé pour diriger les forces armées. Le courriel de M. McDonald ne reflète pas cela, ni la nécessité de donner la priorité aux survivants et aux victimes d’inconduite sexuelle.»

Des voix s’élèvent pour que soit nommée une femme à la tête de la Défense nationale

Tant et si bien que des voix s’élèvent maintenant pour que le ministre Sajjan soit remplacée que soit nommée une femme au sommet à la tête du ministère de la Défense.

En septembre, plusieurs experts ont incité le premier ministre Justin Trudeau est incité par à nommer un nouveau ministre de la Défense quand il formera son prochain conseil des ministres.

De plus en plus de personnes croient qu’en autant qu’on puisse trouver une femme compétente qui aura l’appui nécessaire pour réussir dans cette fonction, il est temps de confier les rênes de ce ministère à une personne de sexe féminin qui serait mieux à même d’apporter de nouvelles perspectives au ministère et de promouvoir une nouvelle culture au sein de l’armée.

Des 30 pays membres de l’OTAN, sept ont une femme comme ministre de la Défense, dont l’Allemagne et la France. Au Canada, Kim Campbell est la seule femme à avoir été ministre de la Défense nationale. Elle a été titulaire de ce portefeuille dans le gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney pendant six mois en 1993 avant d’être brièvement première ministre.

Une femme, un homme, une personne issue du monde de la Défense ou des Forces armées ou venant d’un autre univers, la seule chose qui est certaine est que la personne choisie n’aura pas la tâche facile et qu’il faudrait peut-être cesser de croire aux solutions miracles alors que le chemin s’annonce encore long, difficile et semé d’embûches.