Le lieutenant-général Cadieu, qui devait prendre la tête de l’Armée, fait l’objet d’une enquête pour inconduite sexuelle

0
1026
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Le Service national des enquêtes des Forces canadiennes a révélé mercredi que le lieutenant-général Trevor Cadieu, qui devait prendre ses nouvelles fonctions il y a plus d’un mois, le 7 septembre, à la tête de l’Armée canadienne, faisait l’objet d’une enquête de la police militaire pour des allégations d’inconduite sexuelle.

Le ministère de la Défense et les Forces armées canadiennes ont donc indiqué mercredi que le chef d’état-major par intérim, le général Wayne Eyre, a décidé de reporter la cérémonie de passation de commandement, après avoir été informé de l’enquête en cours. «Le report de la cérémonie n’est pas une mise en accusation du lieutenant-général Cadieu», indique le communiqué. «Cependant, à la lumière de l’enquête en cours, une décision a été prise pour permettre au système judiciaire de poursuivre l’affaire conformément à l’état de droit».

Todd Lane, le porte-parole du ministre de la Défense Harjit Sajjan, a indiqué de son côté que le ministre avait pris connaissance de l’enquête le même jour que le général Eyre.

Dans une déclaration séparée, le lieutenant-général Cadieu nie tout acte répréhensible, mais dit comprendre la décision de l’état-major de retarder son installation jusqu’à ce que l’enquête soit terminée. «Les allégations sont fausses, mais elles doivent faire l’objet d’une enquête approfondie pour révéler la vérité», a-t-il souligné, ajoutant qu’il avait volontairement fourni des informations et de la correspondance aux enquêteurs et «pris d’autres mesures pour prouver ma véracité et mon innocence».

Il admet que les «’fausses affirmations’ créeront évidemment des doutes» sur sa capacité à diriger et déclare qu’il a demandé au général Eyre d’envisager de choisir quelqu’un d’autre pour commander l’armée de terre.

«Bien que j’aie consacré chaque jour de ma carrière à faire en sorte que mes collègues se sentent respectés et inclus, les soldats de l’armée canadienne méritent un chef qui ne soit pas encombré par des allégations et qui puisse diriger en ce moment important où le changement de culture, la lutte contre l’inconduite systémique et la préparation des équipes tactiques pour les opérations doivent demeurer prioritaires».

Les Forces armées canadiennes ont été ébranlées cette année par une pluie d’allégations d’inconduite sexuelle visant ses hauts dirigeants. a été secouée par des allégations d’inconduite sexuelle de la part de hauts dirigeants.

Des allégations de cette nature ont visé le chef d’état-major à la retraite, le général Jonathan Vance qui, en juillet, a été inculpé d’un chef d’entrave à la justice.

Puis, ce fut au tour de son successeur l’amiral Art McDonald, qui n’aura occupé le poste de chef d’état-major de la Défense que quelques semaines, ayant été écarté temporairement le 25 février après que la police militaire a ouvert une enquête sur des allégations d’inconduite sexuelle.

En août, le major-général. Dany Fortin a été accusé d’agression sexuelle.

La police militaire enquête toujours sur le vice-amiral Haydn Edmundson après qu’un ancien membre de la marine a allégué qu’elle avait été agressée sexuellement.

Le major-général Peter Dawe, lui, a été mis en congé payé début mai après qu’il a été révélé qu’il avait écrit une lettre pour tenter d’influencer la peine d’un officier reconnu coupable d’agression sexuelle.

Ironie du sort, le major-général Peter Dawe travaillait au quartier général de la défense depuis septembre comme responsable … de la réponse de l’armée aux examens externes d’inconduite sexuelle.

Devant le tollé provoqué par cette affectation, début octobre, la lieutenant-général Frances Allen, vice-chef d’état-major de la défense, a déclaré qu’à la suite d’une discussion avec des membres de la communauté des survivants d’acte d’inconduite, le major-général «entreprendra [plutôt] la tâche importante de s’engager avec cette communauté pour mieux comprendre comment il peut contribuer à un changement culturel significatif»…

Quoi qu’il en soit, alors qu’une partie de la population et des membres des FAC semble croire qu’il fallait passer par cette période de remise en cause pour déraciner cette «culture de la sexualisation», dénoncée par l’ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps en 2015 dans rapport sur l’inconduite sexuelle au sein des Forces, toutes ces enquêtes peuvent avoir aussi pour effet de miner le moral des troupes et certains crient déjà à la chasse aux sorcières.

Toujours est-il qu’en avril, le ministère de la Défense annonçait qu’après Marie Deschamps en 2015, une autre ancienne juge de la Cour suprême, la juriste de réputation internationale Louise Arbour, réalisera à son tour un examen indépendant sur l’inconduite sexuelle au sein des Forces armées canadiennes (FAC).

Mais avant même que Louise Arbour puisse réaliser son examen, un rapport en juin de l’ancien juge de la Cour suprême Morris Fish, constatait que l’inconduite sexuelle restait aussi «rampante» et «destructrice» en 2021 qu’elle l’était en 2015. À suivre…