Les talibans refusent de coopérer avec les Américains dans la lutte contre l’EI

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Le ministre des Affaires étrangères de l’Émirat islamique d’Afghanistan, Amir Khan Muttaqi, qui dirige la délégation américaine à Doha qui rencontre samedi 9 octobre à Doha une délégation des États-Unis pour la première fois depuis le retrait américai9n d’Afghanistan (Twitter)
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Les talibans ont exclu samedi toute possibilité de coopération avec les États-Unis pour contenir le groupe armé État islamique en Afghanistan, adoptant une position sans compromis sur une question clé avant les premiers pourparlers directs entre les anciens ennemis depuis que les Américains se sont retirés du pays en août, rapporte l’agence américaine Associated Press.

De hauts responsables talibans et des représentants américains doivent se rencontrer samedi et dimanche à Doha, la capitale du Qatar. Des responsables des deux côtés ont déclaré que les enjeux comprenaient la façon de contenir les groupes extrémistes et l’évacuation des citoyens étrangers et des Afghans du pays. Les talibans ont fait preuve de flexibilité sur les évacuations.

Les réunions du week-end à Doha sont les premières depuis le retrait des forces américaines d’Afghanistan fin août, mettant fin à une présence militaire de 20 ans, et les talibans ont pris le pouvoir dans le pays. Les États-Unis ont clairement indiqué que les pourparlers ne sont pas un préambule à une reconnaissance des talibans.

Le porte-parole politique des talibans, Suhail Shaheen, a déclaré pour sa part qu’il n’y aurait aucune coopération avec Washington pour s’attaquer au groupe armé État islamique, de plus en plus actif en Afghanistan. Le groupe terroriste a assumé la responsabilité d’un certain nombre d’attentats, dont un attentat-suicide qui a tué des dizaines et blessé des plus d’une centaine de musulmans chiites minoritaires alors qu’ils priaient dans une mosquée, vendredi.

Au dernier bilan, selon le réputé journaliste afghan Bilal Sarwary, qui vit maintenant à Toronto, mais a gardé ses sources en Afghanistan, au moins 150 personnes ont été tuées dans l’attentat suicide d’hier contre la mosquée chiite dans la ville de Kundoz revendiquée par l’EI-K et moins 200 personnes ont été blessées.

«Nous sommes capables de nous attaquer à Daech de manière indépendante», a déclaré Suhail Shaheen, lorsqu’on lui a demandé si les talibans travailleraient avec les États-Unis pour contenir le groupe armé État islamique.

L’EI a mené des assauts incessants contre les musulmans chiites du pays depuis son émergence dans l’est de l’Afghanistan en 2014. Le groupe est également considéré comme la plus grande menace pour les États-Unis.

Des religieux chiites afghans s’en sont pris aux dirigeants talibans après l’attaque de vendredi, exigeant une plus grande protection de leurs lieux de culte. Le groupe armé État islamique a revendiqué la responsabilité et identifié le kamikaze comme étant un musulman ouïghour. La revendication indiquait que l’attaque visait à la fois les chiites et les talibans pour leur prétendue volonté d’expulser les Ouïghours pour répondre aux demandes de la Chine. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière depuis que les troupes étrangères ont quitté l’Afghanistan fin août.

Au cours des pourparlers de Doha, les responsables américains chercheront également à obliger les dirigeants talibans à s’engager à autoriser les Américains et d’autres ressortissants étrangers à quitter l’Afghanistan, ainsi que les Afghans qui ont déjà travaillé pour l’armée ou le gouvernement américain et d’autres alliés afghans, a déclaré un responsable américain qui s’exprimait sous couvert d’anonymat, n’étant pas autorisé à parler officiellement de ces réunions.

Pour les talibans, qui contrôlent l’ensemble de l’Afghanistan depuis la mi-août, la principale menace vient désormais de l’EI-K (État islamique au Khorasan), qui disposerait de 500 à quelques milliers de combattants sur le territoire afghan, selon l’ONU.

Cette organisation sunnite rivale des talibans est résolue à reprendre le monopole de la force et du « djihad » aux nouveaux maîtres du pays, qu’elle considère comme des « apostats ».

L’Afghanistan reste économiquement paralysé depuis l’arrivée des talibans au pouvoir et le gel immédiat de tous les avoirs du pays et des aides internationales qui maintiennent le pays sous perfusion.

Au bord d’une grave crise humanitaire, un tiers de la population afghane est menacée de famine, selon les Nations unies.

*Avec AFP