Quatre anciens militaires français jugés à Paris pour le meurtre d’un Ivoirien en 2005

0
214
Firmin Mahé a été tué le 13 mai 2005, étouffé dans un blindé français (Photo: archives)
Temps de lecture estimé : 2 minutes
Firmin Mahé a été tué le 13 mai 2005, étouffé dans un blindé français (Photo: archives)

En France, un procès délicat vient de s’ouvrir devant la cour d’assises de Paris. Quatre militaires comparaissent devant la justice pour le meurtre d’un civil ivoirien.

Le colonel Eric Burgaud, ancien chef de corps du 13e bataillon de chasseurs alpins, est accusé de «complicité par instigation du meurtre» ; l’adjudant-chef Guy Raugel, du 4e régiment de chasseurs (RCH), d’«homicide volontaire», tandis que le brigadier-chef Johannes Schnier et le brigadier Lianrifou Ben Youssouf, eux-aussi du 4RCH, répondront respectivement de «complicité de meurtre par aide ou assistance» et du délit d’«omission d’empêcher un crime». Ils ont tous les quatre quitté les rangs de l’armée. Plusieurs généraux sont cités comme témoins au procès, ainsi que l’ancienne ministre de la défense française, Michèle Alliot-Marie.

Pour les militaires, Firmin Mahé était un bandit de grand chemin, un «coupeur de routes». Pour les proches de Firmin Mahé, ce n’était pas un bandit, il y a eu erreur sur la personne. Une dizaine de membres de sa famille comptent venir de Côte d’Ivoire pour assister au procès, qui doit durer jusqu’au 7 décembre. Ils espèrent «sa réhabilitation», a dit leur avocat, Fabien Ndoumou.

Le 13 mai 2005, il a été étouffé, la tête dans un sac-poubelle, alors qu’il se trouvait dans le blindé qui le transportait du camp de Bangolo vers celui de Man, à 600 km d’Abidjan, au nord-ouest du pays.

À cette époque, la force Licorne, commandée par le général Henri Poncet, était déployée en Côte d’Ivoire et comptait alors 850 hommes, à Abidjan, Man et Bangolo.

Le rôle de cette force d’intervention était de préserver la «zone de confiance» établie entre le nord rebelle et le sud fidèle au président Laurent Gbagbo. Cette zone démilitarisée, coupant littéralement le pays en deux, avait été créée par les accords de Marcoussis de 2003. L’usage d’armes à feu était permis seulement en cas de légitime défense.

La mission était cependant délicate puisque le président Gbagbo se plaignait de la passivité de la force internationale, tandis que les miliciens des deux camps et les coupeurs de route entretenaient un climat de terreur, multipliant les exactions.

C’est donc dans ce contexte que le 13 mai 2005, Firmin Mahé, un chef de bande local traqué depuis plusieurs semaines, est appréhendé par les militaires français.

Blessé par balle le matin, il prend la fuite avant d’être rattrapé en fin de journée. Il est achevé par l’adjudant-chef Raugel, sur ordre du colonel Burgaud.

Ce dernier reconnaît avoir transmis à ses hommes l’ordre implicite que Mahé n’arrive pas vivant à destination. Mais il assure avoir tenu cet ordre du général Poncet, qui lui aurait dit: «Roulez lentement, vous me comprenez…». Le général a démenti avoir donné un tel ordre et a bénéficié d’un non-lieu.

La hiérarchie n’a dénoncé les faits à la justice qu’en octobre 2005. L’adjoint du général Poncet, le général Renaud Alziari de Malaussène, a reconnu à ce moment avoir «provoqué la mort de cet individu hors d’une situation de légitime défense.» Le ministère de la défense infligera un blâme aux deux hauts gradés.