Syrie: la France veut rééquilibrer le conflit avec les armes

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Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, recevait le vice-président de la coalition syrienne, Riad Seif, le 28 janvier dernier (Photo: Archives/Ministère des Affaires étrangères/Frédéric de La Mure)
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Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, recevait le vice-président de la coalition syrienne, Riad Seif, le 28 janvier dernier (Photo: Archives/Ministère des Affaires étrangères/Frédéric de La Mure)
Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, recevait le vice-président de la coalition syrienne, Riad Seif, le 28 janvier dernier (Photo: Archives/Ministère des Affaires étrangères/Frédéric de La Mure)

Face à la tragédie syrienne, la communauté internationale reste divisée dans la manière de mettre fin aux combats aussi incessants que violents. Pour ce faire, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a réitéré, ce jeudi, son intention de lever l’embargo des armes à destination des rebelles syriens. Une manière de trouver, selon lui, un équilibre des forces au cœur du conflit.

«Le bilan est absolument épouvantable […] et on ne peut pas accepter qu’il y ait ce déséquilibre actuel avec l’Iran et la Russie qui livrent des armes à Bachar [al-Assad, ndlr] et de l’autre, des résistants qui ne peuvent pas se défendre», a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, sur les antennes de France Info.

À la veille d’«un anniversaire de sang et de larmes», le chef de la diplomatie française semble avoir fait de la levée d’embargo sur les armes sa priorité pour trouver une solution politique à la crise frappant la Syrie depuis près de deux ans.

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Car armer les rebelles ne serait en aucun cas, selon lui, une manière de renoncer à un règlement politique sur lequel la France travaille «avec les Américains, les Russes, les Britanniques et la coalition», comme il l’a rappelé, ce jeudi.

«Bachar ne veut pas du tout bouger parce qu’il pense avoir la supériorité permanente par les armes. Lever l’embargo est l’un des seuls moyens qui restent pour faire bouger politiquement la situation», a-t-il ajouté.

Vers une levée d’embargo franco-britannique

Avançant main dans la main avec la Grande-Bretagne, la France souhaite ainsi présenter le plus rapidement possible son projet aux membres de l’Union européenne. Quitte à demander d’avancer la réunion sur le sujet initialement prévu «dans plusieurs semaines».

De son côté, Michael Mann, le porte-parole de Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, a assuré, ce jeudi à l’AFP, qu’il était possible de discuter sans délai de cette levée d’embargo éventuelle. Si celle-ci divise les dirigeants européens, certains craignant une militarisation accrue du conflit, M. Mann a tenu à rappeler que les 27 avaient «récemment pris la décision de proroger les sanctions pour trois mois tout en levant les restrictions sur l’équipement non-létal et l’assistance technique pour aider l’opposition et protéger les civils».

«Il faut aller très vite», a néanmoins martelé M. Fabius. À tel point qu’une levée d’embargo franco-britannique, sans accord des autres dirigeants européens, n’est pas à exclure. «La France est une nation souveraine», a notamment ajouté le chef de la diplomatie française.

Des intentions qui laissent espérer l’opposition syrienne. Son porte-parole, Walid Bounni, a ainsi assuré, ce jeudi, à l’AFP, qu’il s’agissait d’un pas dans la bonne direction. Précisant que les soutiens iranien et russe alimentent l’assurance de Bachar al-Assad quant à une victoire finale, M. Bounni a également ajouté qu’il apparait désormais nécessaire que les Américains et les Européens arment la rébellion pour infléchir la position du président syrien.

«Une violation flagrante du droit international» selon Damas

À l’image de son allié russe, Damas ne voit évidemment pas cela d’un très bon œil. Pour l’agence officielle Sana, «fournir des armes aux groupes terroristes» serait ainsi une «violation flagrante du droit international». Des déclarations qui interviennent au lendemain de l’intervention du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

À l’issue d’une entrevue avec son homologue britannique, William Hague, et les ministres de la Défense des deux pays, M. Lavrov a assuré, ce mercredi, que «la loi internationale n’autorise pas, ne permet pas de fournir des armes à des acteurs non-gouvernementaux et, selon nous, il s’agit d’une violation de la loi internationale».

Quand la diplomatie politique se joint à la stratégie militaire, les enjeux internationaux interfèrent sans cesse dans l’avancée des négociations. Si M. Fabius entend rétablir un équilibre des forces pour contraindre Bachar al-Assad à cesser la répression sanglante, Damas et Moscou s’appuient sur la pseudo-légitimité du pouvoir en place pour empêcher la livraison d’armes aux insurgés syriens. Une manière de repousser un peu plus l’intervention internationale dans un conflit qui fêtera tristement son deuxième anniversaire, ce vendredi.

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