Deux ans après la mort de Ben Laden, Al-Qaïda frappe encore

La "une" du magazine Time représentant Oussama Ben Laden, placardée à New York, le 11 septembre 2012. (Photo: Archives/Mario Tama/Getty Images/AFP)
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La "une" du magazine Time représentant Oussama Ben Laden, placardée à New York, le 11 septembre 2012. (Photo: Archives/Mario Tama/Getty Images/AFP)
La « une » du magazine Time représentant Oussama Ben Laden, placardée à New York, le 11 septembre 2012. (Photo: Archives/Mario Tama/Getty Images/AFP)

Dans la nuit du 1er au 2 mai 2011, Oussama Ben Laden trouvait la mort dans un assaut des forces spéciales américaines. Deux ans après sa disparition dans une maison d’Abbottabad, dans le nord du Pakistan, le responsable des attentats du 11 septembre 2001 conserve un certain soutien populaire quand Al-Qaïda poursuit ses opérations dans le monde.

Ils étaient près de 500, ce jeudi, à scander leur amour pour Oussama Ben Laden. Réunis dans le sud-ouest du Pakistan, ces manifestants, emmenés par la faction pro-talibans du parti religieux Jamiat Ulema-e-Islam (JUI), sont venus célébrer l’anniversaire de la mort du martyr Ben Laden. «Longue vie au djihad et longue vie au mollah Omar», ont-ils scandé, en référence à l’ancien chef des talibans.

Dans des propos rapportés par l’AFP, l’un des responsables du JUI, le mollah Abdul Sattar Chisti, a tenu à qualifier Oussama Ben Laden de «héros de l’islam tué par des agents américains et pakistanais». «Son martyre a donné une nouvelle impulsion au jihad contre les forces hostiles à l’islam», a-t-il ajouté.

Depuis la chute de son leader emblématique, il y a deux ans jour pour jour, Al-Qaïda n’a cessé de répandre son influence dans différentes régions de la planète. Si l’organisation islamiste a dû s’adapter aux révoltes populaires du printemps arabe, elle n’en garde pas moins une influence inquiétante aux yeux de la communauté internationale. Revenu sur le devant de la scène médiatique avec sa présence dans la région du Sahel, et plus précisément au Mali avec AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), Al-Qaïda démontre ainsi une certaine adaptation stratégique au fil des mois.

Al-Zawahiri, un successeur de l’ombre

Une adaptation notamment dû au changement contraint de leadership à l’issue de l’assaut américain et de la mort d’Oussama Ben Laden. L’Égyptien Ayman al-Zawahiri a alors pris la tête de l’organisation islamiste en 2011. S’il se cacherait aujourd’hui entre l’Afghanistan et le Pakistan,  ses intérêts seraient plutôt recentrés sur son pays d’origine et sur la région du Maghreb. Bien moins médiatisé que son prédécesseur car n’ayant pas d’aussi puissants réseaux, il tente désormais de mettre l’accent sur les régimes affaiblis à l’issue des révoltes populaires. L’occasion pour Al-Qaïda d’affirmer sa puissance en imposant un État islamique, comme le détaille Mathieu Guidère, professeur français des universités et spécialiste du monde arabe, dans un entretien au journal Le Figaro.

«En 2011, Al-Qaïda se posait en rempart des révolutions arabes, affirmant qu’il empêcherait le retour au pouvoir des anciens régimes. Puis en 2012, al-Zawahiri a exhorté sa mouvance à aller vers les régimes qui n’étaient pas encore tombés et qui n’appliquait pas encore la charia [loi islamique], comme le Mali […]. Cette année, il met la pression sur les gouvernements islamistes modérés [les Frères musulmans en Égypte, Ennahda en Tunisie] qui n’ont pas réussi à faire quoi que ce soit», constate ainsi Mathieu Guidère. Avant d’ajouter que «les gens commencent à douter de leur capacité à faire bouger les choses, ce qui renforce les extrémistes».

Des factions régionales au service de l’organisation centrale

Le soutien affiché, ce jeudi, par les quelques centaines de manifestants au Pakistan démontre que le créateur d’Al-Qaïda conserve encore et toujours un soutien de la part de ses anciens collaborateurs, supporters ou autres alliés. Cette «nouvelle impulsion au djihad» évoquée par le mollah Abdul Sattar Chisti semble se dessiner aujourd’hui au travers de l’instabilité du monde arabe. Al-Qaïda possède de plus en plus d’organisations régionales, lui permettant de cibler ses intentions lors d’un conflit défini. Ainsi, les djihadistes syriens du Front Al-Nosra ont été les derniers à prêter allégeance à al-Zawahiri. Dans une liste dressée à l’issue des attentats du 11 septembre et couramment actualisée, les Nations Unies et Interpol ont recensé l’existence de quelques centaines de personnes ou organisations liées de près ou de loin à Al-Qaïda.

Si ses velléités d’opération en Occident apparaissent désormais réduites face aux mesures prises depuis 2001, son influence en Asie centrale, au Moyen-Orient et dans les régions du Maghreb et du Sahel apparaissent toujours importantes. Preuve en est avec des attaques perpétrées en Irak et en Afghanistan mais aussi en Syrie, au Mali ou au Yémen. S’il y a deux ans l’organisation symbolique du terrorisme islamique perdait son leader historique, elle a su changer de tête. Non pas pour mieux renaître. Mais pour continuer d’exister.


Ben Laden : Réactions de sa mort en Afghanistan – 2 mai 2011 (Vidéo: France24)

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