L’Égypte au bord du précipice, la police menace, les islamistes s’entêtent

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Rassemblement des partisans de Morsi le 31 juillet 2013 au Caire (Photo: Fayez Nureldine/AFP)
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Rassemblement des partisans de Morsi le 31 juillet 2013 au Caire (Photo:  Fayez Nureldine/AFP)
Rassemblement des partisans de Morsi le 31 juillet 2013 au Caire (Photo: Fayez Nureldine/AFP)

Les manifestants islamistes, qui réclament le retour du président islamiste Mohamed Morsi évincé par l’armée le 3 juillet après des manifestations massives exigeant son départ, ont refusé jeudi de se disperser, la police se préparant à intervenir comme elle en a reçu l’ordre, malgré les appels à la retenue de la communauté internationale qui craint un bain de sang.

La situation semblait dans l’impasse après les tentatives de médiation plusieurs dirigeants européens ces derniers jours entre le gouvernement intérimaire installé par l’armée égyptienne et les Frères Musulmans, la confrérie dont est issu M. Morsi, mais la situation semble sans issue.

Depuis la destitution de Mohamed Morsi, premier chef d’État égyptien élu démocratiquement, mais contesté et incapable de maintenir l’ordre, plus de 250 personnes, essentiellement des manifestants pro-Morsi, ont été tuées dans des affrontements avec les forces de l’ordre et des opposants au président déchu.

Le chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle a parlé d’une situation «très explosive» et le secrétaire d’État américain John Kerry s’est dit pour sa part «très, très inquiet» de ces morts, tout en estimant toutefois que l’intervention de l’armée le 3 juillet avait permis de «rétablir la démocratie».

«Des millions et des millions de gens ont demandé à l’armée d’intervenir. Tous avaient peur d’une descente dans le chaos et la violence», a-t-il déclaré depuis le Pakistan où il est en visite.

Feu vert à la police

Le portrait de Morsi brandi par ses partisans le 30 juillet 2013 devant le siège du gouvernement au Caire (Photo: Fayez Nureldine/AFP)

Le gouvernement de transition du président intérimaire Adly Mansour a fait savoir mercredi qu’il entendait agir contre une «menace pour la sécurité nationale» et fait valoir que des foules de manifestants étaient descendues le 26 juillet dans les rues à l’appel de l’homme fort du pays, le commandant en chef de l’armée et ministre de la Défense Abdel Fattah al-Sissi, pour lui donner le «mandat» de mettre fin au «terrorisme».

Le ministère de l’Intérieur a lancé pour sa part jeudi un ultimatum aux manifestants pro-Morsi, les appelant à lever rapidement les sit-in qu’ils maintiennent depuis un mois sur deux places du Caire, Rabaa al-Adawiya et al-Nahda, leur garantissant une «sortie en toute sécurité», faute de quoi ils seraient dispersés par la force.

La veille, le gouvernement avait donné le feu vert à la police pour mettre fin aux manifestations.

Les islamistes ont toutefois rejeté sans équivoque cet appels, allant même jusqu’à appeler à une nouvelle mobilisation massive vendredi contre ce qu’ils qualifient de coup d’État militaire.

En fin de journée, les hélicoptères militaires ont survolé le quartier de Rabaa al-Adawiya, rapportait l’agence de presse officielle Mena.

Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mounir Fakhry Abdelnour, a accusé les pro-Morsi d’être armés et dit espérer que l’intervention de la police se ferait «avec le moins de pertes humaines possibles», alors que 82 personnes ont péri le 27 juillet près d’un rassemblement pro-Morsi.

Ballet diplomatique

Catherine Ashton avec le vice-président chargé des relations extérieures, Mohamed ElBaradei, au Caire le 17 juillet (Photo: Archives/Présidence égyptienne)

Arrivé en même temps que l’émissaire de l’Union européenne Bernardino Leon, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a rencontré les dirigeants des nouvelles autorités, notamment le président par intérim Adly Mansour et le général Sissi, ainsi que des représentants des Frères musulmans.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, était auparavant venue plaider sans succès pour la relance d’un processus démocratique, dans un climat marqué par les tensions et les incessantes manifestations au Caire.

Elle avait aussi pu finalement rencontrer Mohamed Morsi, détenu au secret depuis sa destitution et elle l’avait trouvé «en bonne santé».

Mais les dirigeants des Frères musulmans, dont est issu le président destitué, lui avait signifié leur refus de participer à une transition qu’ils jugent illégitime.

Aujourd’hui, un dirigeant du Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), vitrine politique de la puissante confrérie, a dit que «tous les représentants européens avaient le même message» et cherchaient à «faire pression sur les manifestants anti-coup d’État pour qu’ils se dispersent».

Malgré les efforts de la communauté internationale, le règlement de la crise semble hors de portée, les nouvelles autorités excluant que M. Morsi puisse retrouver un rôle politique et les Frères musulmans exigeant rien de moins que son rétablissement dans ses fonctions.

De nombreux dirigeants des Frères musulmans sont en outre poursuivis en justice pour incitation au meurtre de manifestants, à commencer par le Guide suprême de la Confrérie, Mohamed Badie, actuellement en fuite.

Le président islamiste déchu, Mohamed Morsi est accusé de collusion avec le Hamas palestinien dans son évasion de prison en 2011 à la faveur de la révolte qui avait renversé le président Hosni Moubarak.

Par ailleurs, à l’étranger, des voix se sont élevées pour défendre le droit au rassemblement des pro-Morsi. «Une manifestation pacifique n’est pas une menace pour la sécurité nationale», a estimé Human Rights Watch, alors que les États-Unis appelaient à «respecter le droit aux rassemblements pacifiques» et Londres demandait «une fin immédiate de l’effusion de sang».


Égypte : la police chargée de mettre fin au sit-in (Vidéo: Zoominfr)

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