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RDC: l’armée congolaise refuse de s’arrêter avant d’avoir anéanti le M23

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Des soldats des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) au cours d'une opération militaire visant le groupe rebelle M23, le 20 mai dernier. (Photo: UN)
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Des rebelles du M23 dans l'est de la RDC le 30 novembre 2012 (Photo: Archives/Phil Moore/AFP)
Des rebelles du M23 dans l’est de la RDC le 30 novembre 2012 (Archives/Phil Moore/AFP)

L’armée congolaise, entrée ce mercredi 30 octobre dans Bunagana, la dernière ville majeure que tenaient les rebelles du M23 dans l’est de la RDC, croit pouvoir anéantir la rébellion qui s’est repliée dans les collines d’où elle sera beaucoup plus difficile à déloger.
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Mise à jour au 31/10/13 à 18h56

L’armée congolaise semblait déterminée à en finir avec les rebelles du M23 et a attaqué sans relâche jeudi leurs dernières positions sur les hauteurs du Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Les irréductibles du M23, soit quelques centaines de combattants, étaient retranchés à près de 2000 mètres d’altitude sur les collines agricoles de Chanzu, Runyonyi et Mbuzi, proches de Bunagana et Jomba, deux localités situées à environ 80 km au nord de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu.

Le président congolais, Joseph Kabila, avait appelé mercredi soir une nouvelle fois les rebelles à «se démobiliser volontairement» sous peine d’être désarmés «par la force», mais avait laissé ouvert le processus de Kampala, où Kinshasa et le M23 discutent depuis décembre sans résultat pour l’instant.
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Le porte-parole du M23, Jean-Paul Epenge, dans une entrevue à Jeune Afrique, confirmait bien que, alors que le M23 s’était replié dans les montagnes à la frontière avec l’Ouganda, ses cadres avaient quitté Bunagana, le fief de la rébellion, pour Kampala.

La ville de Bunagana, à la frontière avec l’Ouganda, avait été prise l’an dernier par les hommes du M23. Elle est tombée sans combats, les insurgés s’en étant retirés avant l’arrivée des troupes régulières de la République démocratique du Congo.

«Aujourd’hui [30 octobre] à 11 heures [locales], les troupes du M23 ont quitté Bunagana, avec armes et munitions. Nous nous sommes repliés, mais nous restons sur le territoire congolais. Notre stratégie consiste à ne pas se battre contre les éléments de la brigade d’intervention des Nations unies», a déclaré le porte-parole du groupe rebelle.

«Les soldats gouvernementaux ont pris la ville de Bunagana où des célébrations sont en cours», rapportait de son côté l’agence Reuters, citant un employé de la Croix-Rouge ougandaise joint par téléphone.

Parti en avril 2012 d’une mutinerie d’anciens rebelles intégrés dans l’armée congolaise, le M23 demandait la pleine application de l’accord ayant régi leur incorporation en 2009, et défendait plus généralement les droits des populations congolaises rwandophones, essentiellement tutsi.

C’est en mai 2012 que le M23 avait commencé son aventure qui allait le mener six mois plus tard à son apogée et à occuper brièvement Goma avant de s’en retirer sous la pression de la communauté internationale.

Mais, revirement inattendu, depuis l’échec des pourparlers de paix de Kampala et la reprise des combats, les rebelles du M23, qui contrôlaient une zone de quelque 700 kilomètres carrés adossée aux frontières du Rwanda et de l’Ouganda, dans l’Est de la République démocratique du Congo, ont été mis en déroute par les Forces congolaises, aidés des Casques bleus de la Mission des Nations unies au Congo, la MONUSCO, les combattants du M23 se sont regroupés mardi dans leur réduit montagneux près de la frontière ougandaise.

D’après la Monusco, plusieurs dizaines de combattants rebelles se sont rendus.


L’armée congolaise est entrée dans Bunagana, la dernière ville majeure que tenait le M23 (Vidéo: Al-Jazzera)

L’armée congolaise n’a que faire d’une solution politique

Par contre, l’arrestation annoncée par des médias locaux du chef du M23, Bertrand Bisimwa, a été démentie par un porte-parole de l’armée ougandaise qui affirme que Bisimwa est en route pour Kampala, la capitale ougandaise, pour s’y entretenir avec des médiateurs.

Ce qu’a confirmé Jean-Paul Epenge le porte-parole du M23 dans son entrevue à Jeune Afrique «Oui, les cadres du mouvement ont quitté Bunagana pour se rendre à Kampala. Des contacts entre les délégués de Kinshasa et ceux du M23 demeurent et les pourparlers continuent. Présentement, le chef de notre délégation, René Abandi, discute avec la médiation pour voir comment finaliser le projet d’accord.»

Lundi dernier, l’ambassadeur de France aux Nations unies, Gérard Araud, déclarait que la rébellion était «militairement finie».

Toutefois, la délégation du Conseil de sécurité qui s’était rendue début octobre dans la région des Grands Lacs après la suspension des pourparlers de Kampala avait affirmé la semaine dernière que le retour à une paix durable dans l’est de la RDC ne serait possible qu’avec la fin des soutiens extérieurs aux milices et groupes armés et l’’envoyé spécial américain pour la région, Russell Feingold, avait prévenu qu’«Il y a d’énormes risques à continuer comme ça, en pensant que la solution militaire est l’unique réponse. […] Cela risque d’attirer d’autres forces et pourrait conduire à une guerre croisée».

Mais, loin de vouloir capitaliser sur ses victoires pour avancer vers une solution politique, le gouvernement congolais, qui a répété à plusieurs reprises sa volonté d’anéantir la rébellion, ne semble pas vouloir s’arrêter en si bon chemin, son ministre de la Défense, Alexandre Luba Ntambo, a déclarant: «Je ne vois pas quelqu’un qui puisse se lever et nous dire où s’arrêter».

«Nous progressons, nous ne nous arrêterons pas, nous allons en finir une fois pour toutes avec le M23», déclarait mercredi un officier de l’armée congolaise avant la prise de Bunagana.

Mais, le porte-parole du M-23 affirme quant à lui «Nos neuf brigades sont intactes sur des collines. Nous appelons donc la médiation à convoquer les belligérants, sinon nous prendrons nos responsabilités. Il ne sera pas question pour nous d’aller vivre dans les camps des réfugiés», ajoutant «La solution passe par les négociations. Car même si le M23 disparaît, les problèmes du Congo demeurent. À l’Est, il y a une trentaine de groupes armés qui demeurent actifs.»

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