Après sa victoire totale sur le M23, la RDC veut en finir avec toutes les rébellions

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Des soldats des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) au cours d'une opération militaire visant le groupe rebelle M23, le 20 mai dernier. (Photo: UN)
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Des soldats des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) au cours d'une opération militaire visant le groupe rebelle M23, le 20 mai dernier. (Photo: UN)
Des soldats des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) au cours d’une opération militaire visant le groupe rebelle M23, le 20 mai dernier. (Archives/UN)

L’armée congolaise a vaincu mardi la rébellion du M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo, obtenant une victoire militaire historique pour la première fois en cinquante ans, et se dit prête maintenant à en finir avec les autres rébellions, à commencer par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)

Les derniers combattants du M23 ont été chassés pendant la nuit des deux dernières positions qu’ils occupaient dans les montagnes du Nord-Kivu, frontalières du Rwanda et de l’Ouganda.

Défait sur le terrain, le M23 a annoncé mardi matin à 9h23, heure de Paris, 3h23, heure de Montréal, qu’il mettait fin à sa rébellion.

Dans sa déclaration de «fin de rébellion», après sa défaite, le M23 a déclaré qu’il «compte poursuivre, par des moyens purement politiques, le recherche des solutions aux causes profondes qui ont présidé à sa création».

Le gouvernement congolais a proclamé de son côté une victoire totale contre un dernier groupe de 200 à 300 rebelles retranchés sur les collines de Mbuzi, Chanzu et Runyonyi, à environ 80 km au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu que les rebelles avaient brièvement occupé à l’apogée de leur mouvement, en novembre 2012.

Revirement de situation en 10 jours

Infographie sur la localisation du Nord Kivu, où le gouvernement de RDC annonce une «victoire totale» sur la rébellion du M23 (AFP)

En une dizaine de jours, au terme d’une offensive sur deux axes et soutenue par les casques bleus de la Monusco, les forces armées de la RDC (FARDC) sont donc parvenus à reprendre l’intégralité du territoire qu’occupait le M23 depuis dix-huit mois.

Les derniers rebelles ont «fui pour la plupart vers le Rwanda», a affirmé le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, rapporte l’Agence France-Presse.

«Ils ont brûlé 42 véhicules et leurs dépôts de munitions; ils se sont dispersés dans tous les sens. Chacun pour soi et Dieu pour tous», s’est réjoui un officier des FARDC, rapporte encore l’agence française.

Le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, a affirmé que le chef militaire du M23 Sultani Makenga avait fui vers le Rwanda, où de nombreux rebelles ont également pu trouver refuge, ainsi qu’en Ouganda.

Soutenue logistiquement par la MONUSCO, les FARDC ont reçu un appui offensif des Casques bleus après la mort de six civils tués par des obus de mortiers à Bunagana, localité à la frontière ougandaise.

En outre, deux hélicoptères sud-africains sont alors intervenus pour «tirer sur le centre de commandement identifié du M23, cela les a désorganisés […] et ils ont compris que, militairement, avec ou sans nous, ils avaient perdu», selon une source au sein de la MONUSCO, rapporte aussi l’AFP.

L’origine de la rébellion du M23

Le Nord-Kivu, province de l’Est de la RDC riche en ressources naturelles, est un foyer historique de multiples rébellions qui ont destabilisé la RDC depuis une vingtaine d’années.

C’est de là qu’était parti en 1996 l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila (père de l’actuel président Joseph Kabila) qui, avec l’aide du Rwanda voisin, allait renverser l’année suivante la dictature de Mobutu Sese Seko et prendre le pouvoir à Kinshasa.

Le Nord-Kivu a ensuite été l’épicentre de la grande guerre africaine de 1998 à 2003, impliquant une une dizaines de pays sur tout le territoire congolais.

Depuis lors, plusieurs groupes rebelles n’ont cessé d’agiter l’Est de la RDC et de menacer la stabilité régionale. Ces mouvements, essentiellement composés de Tutsis congolais, se sont toujours constitués en rempart contre les ex-génocidaires hutus rwandais des FDLR présents dans la région depuis 1994.

La rébellion des M23, quant à elle, était menée par les combattants d’un groupe rebelle essentiellement tutsi, aujourd’hui disparu, qui avait accepté de déposer les armes le 23 Mars 2009, en échange de l’autorisation de rejoindre les rangs de l’armée congolaise. M23 tire son nom de la date de cet accord. La rébellion a commencé en avril 2012 quand des centaines de ces soldats ont déserté l’armée, disant que les conditions de l’accord n’avaient pas été respectées.

En fait, la plupart des observateurs estiment que l’origine de la rébellion est un combat pour les richesses minérales du Congo dont bonne partie se trouve justement dans la province du Nord-Kivu, dont Goma est la capitale.

La rébellion, aux dires de l’ONU et de la RDC, était commanditée par le Rwanda et l’Ouganda voisins que la pression de la communauté internationale, particulièrement des États-Unis, a, semble-t-il, amené à laisser tomber les rebelles du M23.

Et maintenant

La communauté internationale avait encouragé lundi 4 novembre, les deux parties à parvenir à un «accord final», et les voisins de la RDC, réunis a Pretoria, ont demandé au gouvernement de Kinshasa d’accepter «publiquement» l’annonce du démantèlement de la rébellion pour permettre la signature d’un accord formel «cinq jours après».

Cet accord se ferait sur la base des discussions que le deux parties entretiennent laborieusement sous l’égide de l’Ouganda à Kampala depuis décembre et qui achoppent depuis plusieurs semaines sur plusieurs points, notamment l’amnistie dont pourraient bénéficier les rebelles.

Mais, mis en «appétit» par sa victoire sur le M23, la RDC veut maintenant s’attaquer aux autres rébellions et en finir une fois pour toutes avec tous les groupes armées.

Pour l’instant, fortes de leur victoire sur le M23, les FARDC comptent surtout lancer une offensive contre les rebelles hutus rwandais du FDLR, une déclaration de Laurent Mende, ministre des Communications et porte-parole du gouvernement congolais sur la page Facebook des FARDC affirmant ce mardi matin «qu’après la victoire sur les rebelles du M23, l’armée allait lancer incessamment une offensive contre les rebelles hutus rwandais FDLR présents dans l’Est de la République démocratique du Congo.»

»Il n’y a plus de place dans notre pays pour quelque groupe irrégulier que ce soit», ajoute le ministre congolais «Le M23 était en tête de liste, ils ont été remplacés par les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda). On va s’occuper de les désarmer».

La victoire obtenue mardi contre les rebelles du M23 «n’a pas pour conséquence de mettre un terme aux efforts de normalisation de notre pays», déclare Laurent mende, et «cela se conrétisera par l’offensive que va lancer incessamment «l’armée contre les différentes milices qui «pullulent» dans la moitié est du pays.

*Avec AFP


Défait sur le terrain, le M23 a annoncé mardi matin à 9h23, heure de Paris, 3h23, heure de Montréal, qu’il mettait fin à sa rébellion(Images d’Euronews)

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