Guerre totale entre l’EIIL et ses anciens alliés en Syrie

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Des combattants rebelles s'apprêtent à faire irruption au siège de l’État islamique d'Irak et du Levant, à Alep, au nord de la Syrie, le 7 janvier 2014 (Medo Halab/AFP)
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Des combattants rebelles s'apprêtent à faire irruption au siège de l’État islamique d'Irak et du Levant, à Alep, au nord de la Syrie, le 7 janvier 2014 (Medo Halab/AFP)
Des combattants rebelles s’apprêtent à faire irruption au siège de l’État islamique d’Irak et du Levant, à Alep, au nord de la Syrie, le 7 janvier 2014 (Medo Halab/AFP)

Les djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont déclaré une guerre totale au gouvernement contrôlé par les chiites en Irak et à leurs anciens alliés islamistes en Syrie, préférant voir les forces du régime Assad regagner du terrain plutôt que de se réconcilier avec ses anciens frères d’armes.

Par ailleurs, un journaliste et un photographe suédois, disparus en novembre en Syrie, ont été libérés au Liban, rapporte aujourd’hui l’AFP, citant l’ambassadeur de Suède au Liban et en Syrie Niklas Kebbon.

En Irak, où les djihadistes de l’EIIL se sont emparés le 4 janvier du contrôle totale de la ville sunnite de Fallouja, une ville sunnite de le porte-parole du groupe a appelé les sunnites à poursuivre leur lutte, déclarant :«Ne déposez pas les armes, parce que si vous les déposez maintenant, les [chiites] vous réduiront à l’esclavage».

En Syrie, où le chef du Front al-Nosra, un groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, mais surtout constitué de Syriens, a appelé à un cessez-le feu dans les combats qui opposent en Syrie les rebelles aux djihadistes, l’EIIL a rejeté toute possibilité de réconciliation.

Le porte-parole de l’EIIL, cheikh Abou Mohammed al-Adnani, a plutôt répliqué en menaçant les rebelles syriens «d’anéantissement»

S’adressant aux combattants de l’EIIL, il leur enjoint de continuer le combat: «Anéantissez-les [les rebelle]) et […] soyez certains de la victoire de Dieu».

S’adressant aux rebelles, leurs anciens frères d’armes dans la lutte contre le régime syrien, il leur a lancé: «aucun de vous ne survivra, et nous ferons de vous un exemple pour tous ceux qui pensent suivre le même chemin».

Il a aussi menacé de mort les membres de la coalition de l’opposition syrienne et les dirigeants de l’Armée syrienne libre (ASL), estimant qu’ils étaient une «cible légitime».

Les membres de ces entités sont «une cible légitime pour nous», a-t-il dit, promettant «une récompense pour quiconque coupera la tête de l’un d’eux».

En revanche, il s’est montré moins agressif envers le Front al-Nosra, branche officielle d’al-Qaïda en Syrie, demandant plutôt aux brigades «arborant le drapeau islamique: Qui vous a poussés à vous battre contre nous?»

Le Front al-Nosra, qui s’est constitué en janvier 2012, avait a refusé en avril 2013 la proposition de fusionner pour former l’EIIL, faite par Abou Bakr al-Bagdadi, chef de l’État islamique d’Irak,

Dans les combats actuels, le Front combat dans la majorité des cas avec les rebelles ou s’abstient de participer aux affrontements, à l’exception de Raqa, où ses membres combattent l’EIIL.

Abou Mohammad al-Jolani, le chef d’al-Nosra, accuse maintenant l’EIIL «d’avoir mené sur le terrain une politique qui a été un facteur important dans le déclenchement du conflit«, et regrette qu’il «n’ait pas été possible de trouver une solution fondée sur la loi islamique entre les principales brigades pour résoudre le conflit».

«Ceci a a conduit à un très violent combat qui risque de nous coûter cher sur le terrain si ça continue, notamment les fronts d’Alep, pour les assiégés à Homs, les habitants de Damas et de la Ghouta», dit-il.

«Si le conflit n’est pas réglé, le djihad formé par les mouhajirine (combattants étrangers) et les Ansar (combattants locaux) risque de perdre beaucoup du terrain, le régime va pouvoir trouver un nouveau souffle alors qu’il était proche de l’effondrement et l’Occident et la rafidaine (chiites et alaouites) vont trouver un grand espace», met-il en garde.

Pour l’expert du salafisme Romain Caillet, cité pat l’Agence France-Presse, «l’EIIL ne peut pas l’emporter seul contre une coalition de toutes les forces de l’opposition armée. Son but est de forcer certaines brigades islamistes à des négociations séparées afin de fissurer l’union sacrée contre lui».

«Pour cela», ajoute le chercheur, «il dispose d’un moyen de pression, le retrait de 750 de ses combattants des lignes de front face au régime syrien dans la région d’Alep. Une guerre intestine avec l’EIIL ajoutée à une offensive des forces loyalistes au régime Assad sur Alep serait une catastrophe pour les rebelles, le temps joue donc clairement en faveur de l’EIIL».

Pendant ce temps, sur le terrain en Syrie, les jihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant ont été délogés d’Alep et perdaient du terrain à Raqa.

Les rebelles de différentes brigades islamistes qui se sont révoltés contre l’EIIL, se sont emparés dans le centre d’Alep de l’ex-hôpital pour enfants, «qui était devenu le quartier général de l’EIIL dans la ville», rapporte l’OSDH.

Toujours selon la même source, «selon les premières informations, des dizaines de détenus qui se trouvaient à l’intérieur de l’hôpital, transformé en une des plus importantes prisons de l’EIIL, avaient été libérés».

À Salhine, un quartier du sud de la ville, 100 membres de l’EIIL se sont livrés au Front al-Nosra.

Les membres de groupes djihadistes ont par ailleurs quitté Deir Ezzor (nord-est) pour prêter main forte à leurs camarades à Raqa, seule capitale provinciale échappant au régime, où de violents combats ont lieu, selon l’OSDH.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), un organisme indépendant qui s’appuie sur un vaste réseau de travailleurs humanitaires et de militants sur le terrain, ces combats entre l’EIIL et ses anciens alliés, qui ont éclaté vendredi dernier, ont fait au moins 274 morts: 129 rebelles et membres d’Al-Nosra, 99 jihadistes de l’EIIL, un groupe originaire d’Irak, et 46 civils.

*Avec AFP