Centrafrique: le risque de génocide n’est pas encore écarté, dit l’ONU

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Le Directeur des opérations de l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), John Ging (ONU)
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Le Directeur des opérations de l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), John Ging (ONU)
Le Directeur des opérations de l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), John Ging (ONU)

Après une mission de cinq jours en République centrafricaine, un haut responsable humanitaire de l’ONU a appelé jeudi la communauté internationale à faire une priorité de ce pays encore secouée par les tueries et où tous les éléments sont réunis pour un génocide.

«La République centrafricaine doit être placée en haut de la liste des priorités. Cela fait trop longtemps que ce pays languit au bas de cette liste pour nos bailleurs de fonds», a déclaré le Directeur des opérations du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), John Ging, lors d’une conférence de presse à Genève, rapporte le service d’information de l’ONU.

Ging a précisé que la crise en République centrafricaine est qualifiée de niveau 3 par la communauté humanitaire, le niveau le plus élevé. Seuls deux autres pays sont à ce niveau actuellement: la Syrie et les Philippines.

«Nous sommes très dépendants de la capacité des bailleurs de fonds à nous donner les ressources dont nous avons besoin pour une opération à grande échelle », a dit M. Ging. Les agences de l’ONU et leurs partenaires ont lancé un appel de 247 millions de dollars pour l’assistance humanitaire en République centrafricaine cette année mais seulement 6% de cette somme a été reçue pour l’instant.

Plus de 2,6 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire dans le pays, où plus de 880.000 personnes sont déplacées, dont plus de 510.000 dans la capitale Bangui.

«D’un point de vue humanitaire, c’est une énorme tragédie», a estimé John Ging. Il s’est dit « très préoccupé » par la possibilité que ce conflit se transforme en conflit inter-ethnique, inter-religieux. « Les communautés résistent mais elles ont peur », a-t-il déclaré.

«La crise a tous les éléments que nous avons vus ailleurs dans des endroits comme le Rwanda et la Bosnie. Les éléments sont là pour un génocide. Il n’y a pas de doute», a encore ajouté le Directeur de l’OCHA. «Nous ne pouvons pas permettre que cela arrive dans ce cas-là. Cela confirme la nécessité d’une implication internationale à grande échelle au-delà de l’humanitaire.»

Lundi 20 janvier, la Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires, Valerie Amos et la Commissaire européenne Kristalina Georgieva doivent co-présider une réunion de haut-niveau à Bruxelles sur la situation humanitaire et les besoins en matière de financements.

Pendant ce temps sur le terrain

Pendant ce temps, sur le terrain, «Des atrocités sont commises de façon continue», a dit John Ging, soulignant que «les communautés ont peur. Les gens ont peur des autres communautés».

Au moins sept personnes ont été tuées dans la nuit au cours de plusieurs incidents violents dans un quartier nord de Bangui, selon des sources militaires et humanitaires.

Trois cadavres, dont un jeune d’une quinzaine d’années tué par balle, étaient entreposés à la mosquée du quartier Bégoua 3, à la sortie nord de Bangui, ont constaté des journalistes de l’AFP. La Croix-Rouge centrafricaine a également ramassé les cadavres de quatre hommes chrétiens, tués à l’arme blanche.

Dans la matinée de jeudi, un nouveau convoi de civils musulmans, protégé par des soldats tchadiens, quittait la ville et ses violences.

»Ce n’est pas un conflit inter-religieux pour l’instant mais cela pourrait le devenir», a juge le Directeur de l’OCHA, constatant l’«effondrement» complet du pays.

Et pendant que malgré une fragile accalmie le feu couve toujours à Bangui, quadrillée par les forces internationales, le reste du pays est essentiellement livré à lui-même.

Sur le front politique

Le nouveau président de transition, dont la mission sera d’éviter l’éclatement du pays, doit être élu lundi par le parlement provisoire, a annoncé le Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire).

Le CNT, validera ou rejettera lui-même les candidatures, a retenu 17 critères d’éligibilité et fixé le dépôt des candidatures de vendredi 9h00 à samedi 10h00 heure locale.

Plusieurs candidatures sont écartées d’emblée.

La liste interdit d’être candidat notamment aux chefs des partis politiques, aux militaires d’active, à tous ceux ayant exercé des responsabilités au sein des institutions de transition sous la présidence de Michel Djotodia et à tous ceux ayant été «membre d’une milice ou d’une rébellion armée durant les 20 dernières années».

On retrouve aussi des critères sujets à interprétation comme «être crédible» qui pourrait donner ouverture à controverse.

Les partenaires occidentaux et africains, qui interviennent militairement dans le pays et financent un État centrafricain quasiment failli, semblent plutôt souhaiter quant à eux «un président technique», donc apolitique, ce qui éviterait de retomber dans le cycle infernal.