Ukraine: ça se gâte en Crimée, siège de la Flotte russe de la mer Noire

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La Flotte russe de la mer Noire à Sébastopol, à Sébastopol, en Ukraine (Wiki Commons)
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La Flotte russe de la mer Noire à Sébastopol, à Sébastopol, en Ukraine (Wiki Commons)
La Flotte russe de la mer Noire à Sébastopol, à Sébastopol, en Ukraine (Wiki Commons)

Des heurts ont brièvement opposé mercredi des militants pro et anti-russes en Crimée, qui jouit en Ukraine du statut de république autonome et où le port de Sébastopol héberge la Flotte russe de la mer Noire, alors que Vladimir Poutine ordonnait une inspection surprise des troupes près de la frontière et, qu’à Kiev, le pro-européen Arseni Iatseniouk était désigné mercredi soir à la tête du gouvernement ukrainien

Ce n’est peut-être encore qu’une amorce, mais, si les choses se gâtent, c’est ici que cela commencera.

Plus de 5.000 personnes se sont réunies devant le parlement à Simféropol, la capitale de la République autonome de Crimée d’un côté, les manifestants pro-russes réclamant la tenue d’un référendum sur le statut de la Crimée alors qu’à l’opposé des Tatars, une communauté musulmane déportée par Staline, se portait au contraire à la défense de l’unité de l’Ukraine.

La Crimée, peuplée majoritairement de russophones, est la région d’Ukraine la plus susceptible de s’opposer aux nouvelles autorités en place à Kiev après le renversement du président Ianoukovitch, actuellement en fuite et contre qui, d’ailleurs, Kiev a lancé un mandat d’arrêt international.

Après avoir appartenu au sein de l’URSS à la Russie, la Crimée n’a été rattachée à l’Ukraine qu’en 1954 et, à Sébastopol, des véhicules blindés était visibles sur le territoire de l’État-major de la Flotte russe de la mer Noire et dans la cour de la Maison de Moscou qui abrite une représentation commerciale au centre-ville,

Déjà, hier, quelque 500 manifestants pro-russes avaient manifesté devant le Parlement local pour réclamer plus d’autonomie.

«Nous allons nous battre pour notre autonomie […] Les néo-nazis ne passeront pas en Crimée», avait alors déclaré le président du Parlement local, Volodymyr Konstantinov.

Les autorités locales de Crimée avaient même suggéré début février d’amender la Constitution locale pour faire de la Russie la garante de cette autonomie par rapport au reste de l’Ukraine.

Après avoir appartenu au sein de l’URSS à la Russie, la Crimée n’a été rattachée à l’Ukraine qu’en 1954 et, à Sébastopol, port d’attache de la puissante la Flotte russe de la Mer Noire, des véhicules blindés était visibles hier sur le territoire de l’état-major de la Flotte russe de la mer Noire et dans la cour de la Maison de Moscou qui abrite une représentation commerciale au centre-ville,

Le président russe Vladimir Poutine a quant à lui ordonné mercredi une inspection surprise des troupes des districts militaires de l’Ouest et du Centre, non loin de l’Ukraine, pour vérifier leur aptitude au combat, a déclaré le ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

«Le commandant en chef a été chargé de vérifier l’aptitude des troupes à agir pour faire face à des situations de crise menaçant la sécurité militaire du pays», a déclaré M. Choïgou, rapporte l’agence russe Interfax.

Trois anciens présidents ukrainiens ont accusé dans un communiqué commun la Russie d’«intervenir directement dans la vie politique de la Crimée». Moscou doit «faire preuve de respect pour les choix du peuple et du gouvernement ukrainien», écrivent Viktor Iouchtchenko, Leonid Koutchma et Leonid Kravtchouk affirment les trois ex présidents dans ce communiqué.

Le secrétaire d’État américain John Kerry s’était d’ailleurs entretenu dimanche avec son homologue russe Sergueï Lavrov, lui rappelant la nécessité «par tous les États de respecter la souveraineté de l’Ukraine, son intégrité territoriale et sa liberté de choix» et la Conseillère à la sécurité nationale, Susan Rice avait déclaré qu’une intervention de la Russie serait une grave erreur.

Mais, le leader du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR, nationaliste) Vladimir Jirinovski a déclaré cette semaine «Conformément au droit international, Moscou pourrait dépêcher des troupes en Ukraine sur demande du président ukrainien pour protéger la Flotte russe de la mer Noire».

«Si nous envoyons nos troupes à la demande de [Viktor] Ianoukovitch, cela sera tout à fait conforme au droit international. Nous sommes en droit d’y envoyer des troupes pour protéger notre Flotte de la mer Noire. Ianoukovitch est un président légitime […], et il est en droit de solliciter une aide. Il pourrait notamment signer avec la Russie un accord de soutien», a déclaré le leader nationaliste russe lors d’une conférence de presse à la Douma (chambre basse du parlement russe).

L’ours n’attaquera peut-être pas, mais ses grognements de sont pas de bon augure.

Pendant ce temps à Kiev

Pendant ce temps à Kiev, le pro-européen Arseni Iatseniouk a été désigné mercredi soir à la tête du gouvernement ukrainien.

Solennellement dévoilé mercredi soir par le conseil du Maïdan –qui regroupe les leaders politiques de la contestation ukrainienne, de la société civile et des groupes radicaux– devant une place de l’Indépendance noire de monde, le nouveau gouvernement rassemble plusieurs personnalités issues du mouvement de contestation.

Ces nominations doivent encore être confirmées au parlement jeudi.

Par ailleurs, le Premier ministre Stephen Harper a annoncé aujourd’hui que le Canada enverra une délégation en Ukraine dans deux jours, le 28 février 2014.

La délégation canadienne, qui sera formée de parlementaires, de leaders communautaires et de représentants du gouvernement – et qui sera dirigée par John Baird, ministre des Affaires étrangères – rencontrera des membres du gouvernement de transition ukrainien et des membres de la société civile.

«Le Canada offre son plein appui à la population ukrainienne, qui se prépare à des élections en vue de mettre en place un gouvernement pacifique, qui respectera ses droits démocratiques», a déclaré le Premier ministre canadien.

Mais l’appui du Canada ne signifie pas, tout au contraire, qu’il ne reconnait pas la précarité de la situation.

En raison de la volatilité de la situation en Crimée en particulier et en Ukraine en général, le ministère canadien des Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada (MAECD) recommande aujourd’hui 26 février d’éviter tout voyage en raison de la situation sécuritaire précaire qui y prévaut.

Pour des raisons de sécurité, le MAECD a aussi autorisé le départ de son personnel non essentiel ainsi que des personnes à charges de Kiev le 20 février.

«La situation en Crimée demeure tendue et des manifestations et des affrontements pourraient se produire à court préavis et donner lieu à des actes de violence», conclut aujourd’hui le Canada dans son avertissement à ses ressortissants.

Le Département d’État américain avait lui mis aussi en garde ses ressortissants, leur recommandant de reporter tout voyage non-essentiel de l’Ukraine au cours de la période de transition, soulignant que la situation en Ukraine est imprévisible et peut encore changer rapidement.

Du côté russe, les Jeux Olympiques de Sotchi maintenant terminés, c’est peut-être sur un autre terrain qu’ils n’hésiteront pas à affronter l’Occident.