Ukraine: le drapeau russe flotte sur le Parlement de Crimée

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Des policiers devant le Parlement de Crimée, le 27 février 2014 à Simféropol, où flotte le drapeau russe depuis ce matin (Oleksandr Polehenko/AFP)
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Des policiers devant le Parlement de Crimée, le 27 février 2014 à Simféropol, où flotte le drapeau russe depuis ce matin (Oleksandr Polehenko/AFP)
Des policiers devant le Parlement de Crimée, le 27 février 2014 à Simféropol, où flotte le drapeau russe depuis ce matin (Oleksandr Polehenko/AFP)

Tôt dans la matinée de ce jeudi 27 février, plusieurs dizaines d’hommes armés se emparés à Simféropol du siège du parlement et du gouvernement de Crimée, péninsule russophone du sud de l’Ukraine, où ils ont hissé le drapeau russe alors que réaparaît en outre le président «déchu» Iaounoukovitch, maintenant sous protection russe.
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Mise à jour au 27/02/2014 à 14h43

Viktor Ianoukovitch donnera une conférence de presse vendredi 28 février à 17h00 heure de Moscou dans la ville russe de Rostov-sur-le-Don, a annoncé jeudi une source dans son entourage, rapporte l’agence russe Ria-Novosti.

—-à 13h43 À Simféropol, capitale de la Crimée, le Parlement local, contrôlé par un commando pro-russe depuis le début de la journée, a voté jeudi la tenue le 25 mai d’un référendum pour plus d’autonomie. Il a également limogé le gouvernement local à l’issue d’un vote à huis clos, dont la presse a été tenue à l’écart et a nommé Sergueï Aksenov, chef du parti «Unité russe» à la tête du gouvernement

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Alors qu’hier, les États-Unis ont mis en garde mercredi la Russie contre toute intervention militaire en Ukraine, la tension grimpe encore aujourd’hui entre le nouveau pouvoir pro-occidental en place à Kiev et les éléments pro-russes en Ukraine.

Parlant des hommes qui se sont emparés du parlement local et du siège du gouvernement à Simféropol, «Ils sont «bien entraînés, armés de fusils de précision» et ont pour un mois de munitions», a dit le député Serguiï Kounitsyne, ancien premier ministre de Crimée et membre du parti du boxeur Vitali Klitschko, qui a déclaré au Parlement avoir passé la nuit au téléphone avec ses proches en Crimée.

Et, pour compliquer davantage les choses, s’ajoute aux tensions de plus en plus vives en Crimée, où est stationnée la Flotte russe de la mer Noire, voilà que réapparaît le président déchu Viktor Ianoukovitch, désormais sous la protection de la Russie.

L’ex-président, qui n’avait pas donné signe de vie depuis sa destitution au Parlement samedi et contre qui Kiev a lancé un mandat d’arrêt pour «meurtres de masse», a refait surface jeudi en Russie, dont il a réclamé et obtenu la protection face à ce qu.il a appelé les «extrémistes».

«Je me considère toujours comme le chef légitime de l’État ukrainien», dit Ianoukovitch dans une déclaration «au peuple ukrainien» transmise aux agences de presse russes.

«Malheureusement, tout ce qui se passe actuellement au Parlement d’Ukraine est illégitime», dit-il.

«Je me vois contraint de demander aux autorités de la Fédération de Russie d’assurer ma protection personnelle face aux actions menées par des extrémistes», poursuit le président destitué par les nouvelles autorités pro-occidentales de Kiev, ajoutant, «On assiste dans les rues de nombreuses villes de notre pays à un déchaînement d’extrémisme. Des menaces physiques me sont adressées personnellement ainsi qu’à mes partisans».

«Il devient évident que le peuple dans le sud-est et en Crimée n’accepte pas le vide du pouvoir et l’arbitraire qui règne dans le pays, quand les ministres sont désignés par la foule sur la place publique», conclut Viktor Ianoukovitch.

Pendant ce temps, l’ours fait une démonstration de force

Pendant ce temps, les exercices militaires russes près de la frontière avec l’Ukraine, mobilisent 150.000 hommes.

Lancés le 26 février à 14h00 par le président russe Vladimir Poutine, les exercices impliqueront plus de 150.000 hommes et presque 1.200 matériels dont environ 90 avions, plus de 120 hélicoptères, environ 870 blindés et 80 navires dans les régions militaires russes de l’Ouest et du Centre, rapportait Ria-Novosti.

Ils se tiennent en deux étapes, la première les 26 et 27 février et la seconde du 28 février au 3 mars.

Selon le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou , les blindés engagés aux exercices utiliseront des projectiles réels et les avions effectueront des sorties de combat.

Le programme des manœuvres prévoit également une opération importante de débarquement de troupes héliportées.

Environ 80 officiers de l’appareil central du ministère de la Défense sont partis dans les deux régions militaires pour exécuter les ordres du chef suprême des armées, précise l’agence russe.

En outre, la Russie a commencé à déployer environ 80 navires et sous-marins dans les mers de Barents et de la Baltique dans le cadre de cet exercice militaire surprise de grande envergure lancé mercredi par le président Vladimir Poutine, a annoncé jeudi le ministère russe de la Défense, cité par les agences russes.

«Environ 80 bâtiments de guerre, sous-marins et navires de soutien ont quitté leurs bases pour être déployés dans plusieurs secteurs des mers de Barents et de la Baltique», a indiqué le ministère dans un communiqué.

L’ours fait plus que grogner, il montre sa force.

Vives réactions de Kiev et de l’Occident

Kiev pour sa part a tout de suite réagi aux événements en Crimée, le ministre ukrainien de l’Intérieur par intérim, Arsen Avakov, annonçant la mise en alerte de l’ensemble de la police et des forces spéciales afin d’éviter «un bain de sang parmi la population civile» et «l’évolution de la situation en affrontements armés»

Une enquête pour «terrorisme» a également été ouverte.

Au Parlement, le président par intérim Olexandre Tourtchinov a quant à lui mis en garde Moscou contre la tentation de faire intervenir sa flotte, basée dans la ville voisine de Sébastopol.

«Je m’adresse aux dirigeant militaires de la flotte de la mer Noire: tous les militaires doivent rester sur le territoire prévu par les accords. Tout mouvement de troupe armé sera considéré comme une agression militaire», a-t-il déclaré lors d’une séance qui devait initialement être consacrée à la confirmation d’un nouveau gouvernement.

Pour sa part, Donald Tusk, le Premier ministre de Pologne, le voisin immédiat de l’Ukraine, a appelé à «une pression très solidaire de toute la communauté internationale pour défendre l’intégrité territoriale ukrainienne». «L’attitude de la Russie face à cette question clef de l’intégrité ukrainienne sera un test de ses véritables intentions».

À Londres, le ministère britannique des Affaires étrangères s’est dit également «très préoccupé» par la situation en Crimée, jugeant que les mouvements militaires russes «n’aident pas» à «un moment où toutes les parties […] devraient travailler à désamorcer les tensions».

Enfin, de son côté, le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, a s’est déclaré «inquiet des évolutions en Crimée». »J’exhorte la Russie à ne rien entreprendre qui puisse provoquer une escalade de la tension ou causer des malentendus», a déclaré M. Rasmussen.

L’Otan a signé en 1997 un partenariat avec l’Ukraine, qui participe notamment à la mission ISAF de l’alliance en Afghanistan.

La Crimée, peuplée majoritairement de russophones, est la région d’Ukraine la plus susceptible de s’opposer aux nouvelles autorités en place à Kiev après le renversement de Viktor Ianoukovitch. Elle a d’abord appartenu, au sein de l’URSS, à la Russie, avant d’être rattachée à l’Ukraine en 1954.

Très difficile pour un militaire russe d’imaginer cette partie du territoire dans une Ukraine européenne et dans le giron de l’OTAN!

*Avec AFP


Une scène absolument irréel, la police ukrainienne de la route qui veut arrêter les blindés russes. Lada contre BTR-89 (Vidéo: Eromaïdan PR)