Ukraine: Kiev veut en finir avec Ianoukovitch, l’Est pro-russe tente d’éviter le pire

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Le palais présidentiel déserté à Kiev le 22 février 2014 (Sergei Supinsky/AFP)
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Le palais présidentiel déserté à Kiev le 22 février 2014 (Sergei Supinsky/AFP)
Le palais présidentiel déserté à Kiev le 22 février 2014 (Sergei Supinsky/AFP)

À Kiev, l’opposition a commencé samedi à s’emparer des leviers du pouvoir en Ukraine, appelant le Parlement à voter la destitution du président Viktor Ianoukovitch, qui a quitté Kiev et dont la chute semble de plus en plus inéluctable, alors que l’Est ukrainien tente de composer avec la crise.
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Mise à jour au 22/02/2014 à 15h00

L’opposante ukrainienne Ioulia Timochenko, tout juste libérée de prison, a reçu un accueil triomphal des plus de 50.000 personnes rassemblées sur le Maïdan.

«Vous êtes des héros, vous êtes les meilleurs d’Ukraine!», a lancé Ioulia Timochenko, en larmes et assise sur un fauteuil roulant. «Je suis certaine que l’Ukraine va devenir un membre de l’Union européenne dans un avenir proche et cela va tout changer», a-t-elle aussi déclaré.

à 12h00 Ianoukovitch a essayé de prendre un avion pour la Russie et en a été empêché par des gardes-frontières, a déclaré le président du Parlement Olexandre Tourtchinov.

«Il se cache actuellement quelque part dans la région de Donetsk», région pro-russe dans l’est de l’Ukraine dont il est originaire, a dit le président du Parlement.

à 11h09 Estimant que le chef de l’État, qui a quitté Kiev, est dans l’incapacité constitutionnelle d’exercer ses fonctions, les députés ukrainiens ont voté une résolution pour la destitution du président Viktor Ianoukovitch, fixant au 25 mai la tenue de la prochaine présidentielle

Ianoukovitch, qui avait déclaré à la télévision un peu plus tôt qu’il n’avait «pas l’intention» de démissionner, ni de quitter le pays, crie au coup d’État et déclare qu’il va demeurer pour le moment dans le sud-est du pays, majoritairement russophone.

Par ailleurs, Ioulia Timochenko, libéree, doit se rendre sur le Maïdan, la Place de l’Indépendance, à Kiev
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Outre l’accord signé par le président et l’opposition vendredi sous la pression européenne et qui prévoit une élection présidentielle anticipée, la formation d’un gouvernement de coalition et une réforme constitutionnelle, les députés ont voté la libération de l’ancien premier ministre emprisonnée Ioulia Timochenko, condamnée en 2011 à sept ans de prison.

De plus, deux proches de l’opposante pro-occidentale ont été désignés à la tête du Parlement et du ministère de l’Intérieur.

À Kiev, alors que le régime Ianoukovitch vacille, beaucoup quittent le navire.

Les défections s’enchaînaient samedi dans le camp du chef de l’État et, dans un communiqué sur le site du ministère de l’Intérieur, la police, qui depuis des mois avait réprimé violemment les opposants au régime, affirme maintenant être «aux côtés du peuple» et partager ses aspirations «aux changements rapides».

Pendant ce temps, à Kharkiv, dans l’est de l’Ukraine, s’est ouvert samedi un congrès des régions ukrainiennes pro-russes, en présence de députés et gouverneurs russes.

Près de 4.000 délégués participent à ce congrès dont le but est d’«éviter un bain de sang dans les régions», a indiqué le gouverneur de la région de Kharkiv Mikhaïlo Dobkine à l’ouverture de la réunion.

Environ 10.000 partisans du président Ianoukovitch se sont d’ailleurs rassemblés devant le congrès, brandissant des affiches sur lesquelles on pouvait lire «Les mineurs du Donbass contre l’extrémisme» ou «nous sommes contre le fascisme».

Viktor Ianoukovitch se trouve actuellement à Kharkiv, mais ne devrait pas participer au congrès, selon une de ses conseillères, Ganna German. Toutefois, «Le président va s’exprimer aujourd’hui à la télévision», a-t-elle indiqué.

Au même moment, à Kiev, aucun policier ni soldat n’était en vue quand des manifestants ont pénétré sans résistance dans l’enceinte de la présidence, dans le centre de la capitale et, au Parlement, un vote sur la destitution du président pourrait avoir lieu dans l’après-midi.

«Nous exigeons une présidentielle anticipée d’ici au 25 mai», a lancé Vitali Klitschko «Nous devons fixer [la date] ici» au Parlement, a-t-il dit, lançant «Le Parlement doit adopter une résolution exigeant que Ianoukovitch donne sa démission».

Moscou dénonce

Le président de la commission parlementaire aux Affaires étrangères à la Douma (chambre basse du Parlement russe) Alexeï Pouchkov a quant à lui déploré la triste fin du président ukrainien.

«On laisse entrer n’importe qui dans la résidence de Ianoukovitch, Mejiguiria, en banlieue de Kiev: il a fui, sa garde a fui, le personnel de sa résidence s’est enfui […] triste fin pour un président», a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a dénoncé pour sa part ce samedi l’attitude de l’opposition ukrainienne après l’accord conclu la veille avec le président Viktor Ianoukovitch et mis en garde contre une menace sur la souveraineté de l’Ukraine.

«L’opposition n’a non seulement pas rempli une seule de ses obligations, mais avance de nouvelles exigences, se soumettant aux extrémistes armés et aux pillards dont les actes constituent une menace directe sur la souveraineté et l’ordre constitutionnel de l’Ukraine», a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.