Ukraine: l’«offensive pacifique» de l’opposition dérape, le régime lance un ultimatum

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Un jeune manifestant face au Parlement à Kiev le 18 février 2014 (Sergei Supinsky/AFP)
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Un jeune manifestant face au Parlement à Kiev le 18 février 2014 (Sergei Supinsky/AFP)
Un jeune manifestant face au Parlement à Kiev le 18 février 2014 (Sergei Supinsky/AFP)

Après plusieurs semaines d’accalmie, de nouvelles  violences ont amené les autorités ukrainiennes à lancer mardi 18 février un ultimatum pour mettre fin aux affrontements entre opposants au Président Iakounovitch et policiers qui ont fait à Kiev plusieurs morts et blessés dans les deux camps et, dans la nuit de mardi à mercredi, Place de l’Indépendance, les forces de l’ordre sont passés à l’assaut équipés de blindés, faisant encore plus de morts et de blessés.

Mise à jour au 19/02/2014 à 15h00, heure de Montréal

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a annoncé mercredi la «trêve» et la reprise des pourparlers avec l’opposition. À l’issue d’une rencontre avec les trois leaders de l’opposition, «les parties ont déclaré la trêve et la reprise des pourparlers pour arrêter le bain de sang et stabiliser la situation», a indiqué la présidence.

à 9h00, heure de Montréal

Un calme tendu régnait mercredi. Des centaines d’habitants affluaient sur le Maïdan, la place de l’Indépendance, dernier refuge des manifestants, les bras chargés de provisions, de vêtements et de médicaments.

à 8h00, heure de Montréal,

Le ministère de la Santé ukrainien annonce un nouveau bilan des affrontements à Kiev et de l’assaut Place de l’Indépendance des forces spéciales: 26 morts et de 241 blessés hospitalisés dont 79 policiers et cinq journalistes. Un journaliste ukrainien a aussi été abattu, a indiqué son journal.

En outre, les Européens ont nettement haussé le ton mercredi et brandi la menace de sanctions contre les responsables de la répression en Ukraine

Mise à jour au 18/02/2014 à 19h00, heure de Montréal,

Le QG des manifestants en feu dans le centre de Kiev.

à 18h00, heure de Montréal,

Le vice-président américain Joe Biden appelle Ianoukovitch à retirer les forces de l’ordre à Kiev

à 17h32, heure de Montréal,

Le Canada ferme son ambassade à Kiev en raison des troubles dans la capitale.

à 17h00, heure de Montréal,

Le bilan provisoire est désormais de 18 morts, dont 11 policiers et 7 manifestants.

À l’expiration à 18h00 de l’ultimatum , les principaux responsables de l’opposition ont pris la parole à tour de rôle devant la foule rassemblée sur le Maïdan, la place de l’Indépendance, haut lieu de la contestation depuis près de trois mois.

«Ne tirez pas sur les Ukrainiens», a lancé un des orateurs. tandis qu’un des dirigeants de l’opposition, l’ancien champion de boxe Vitali Klitschko, a appelé les femmes et les enfants à évacuer la place.

L’ancien champion de boxe Vitali Klitschko, l’un des leaders de l’opposition ukrainienne, a demandé aux femmes et aux enfants de quitter le Maïdan, disant ne pas pouvoir exclure un assaut des forces de l’ordre.

«Nous mettons en garde les têtes chaudes au sein de l’opposition: le pouvoir a les moyens de rétablir l’ordre […]. Nous serons obligés d’avoir recours à des mesures de la plus grande fermeté si les troubles ne cessent pas d’ici à 18h00 (heure de Kiev)», avait indiqué le ministère de l’Intérieur et les services spéciaux (SBU) dans une déclaration conjointe.

Carte de Kiev localisant les principales zones d’affrontements mardi (P.Dere J.Jacobsen/AFP)

Les autorités ont alors fermé le métro, tandis que les redoutables unités anti-émeute Berkout s’approchaient du Maïdan, la place de l’Indépendance, occupée par des milliers de manifestants depuis près de trois mois et protégée par des barricades.

Dérapage et répression

En début de journée, près de 20.000 manifestants s’étaient dirigés vers le parlement pour appuyer une réforme constitutionnelle. Les policiers les ont bloqué et  les affrontements ont dégénéré.

Des manifestants encagoulés avaient  incendié plusieurs camions postés aux environs du parlement avec des cocktails molotov.

Entre 200 et 300 manifestants avaient aussi brièvement pris le contrôle du siège du Parti des régions du président Viktor Ianoukovitch non loin du parlement. Les locaux étaient envahis par de la fumée provenant de plusieurs foyers d’incendie. Mais ils avaient dû battre en retraite à l’approche des policiers anti-émeute.

Puis, aux abords de la place de l’Indépendance, alors qu’expirait à 18h00 l’ultimatum des autorités ukrainiennes et que la tension atteignait son point culminant, les policiers ont tiré au canon à eau pour disperser des manifestants rassemblés aux abords de la place qui  ont riposté en jetant des bombes incendiaires et des pierres.

Les manifestants ont aussi incendié des piles de pneus et de bois pour empêcher les forces de l’ordre de pénétrer sur la place, occupée depuis des semaines par les opposants au président Viktor Ianoukovitch.

Un mur de feu séparait les manifestants des policiers antiémeute, avec des échanges intermittents de projectiles de part et d’autres, tandis que des enfants et des personnes âgées descellaient les pavés de la place.

Finalement, dans la nuit de mardi à mercredi, un assaut des forces antiémeute équipées de blindés lancé dans la nuit, dans la fumée des incendies et des pneus brûlés, a fait encore d’autres morts et blessés.

Tout ça alors que l’opposition avait promis une «offensive pacifique» pour mettre la pression sur les députés, rassemblant plus de 20.000 personnes pour un défilé qui, finalement, a tant dégénéré que l’Ukraine est maintenant aux portes de la guerre civile.

Il s’agit des premiers affrontements à Kiev depuis ceux de la fin janvier qui avaient fait quatre morts, dont deux tués par balles réelles et plus de 500 blessés.

Outre les morts, des centaines de manifestants ont donc été  dont des dizaines grièvement – l’un ayant eu la main arrachée en ramassant une grenade assourdissante, selon Oleg Moussiï, chef du service médical de l’opposition, et quarante-sept policiers ont été blessés selon une source officielle.

De plus, à  Lviv, un fief de la contestation dans l’ouest de l’Ukraine, à 540 km de Kiev,  quelque 5000 manifestants ont pris d’assaut les sièges de l’administration régionale et de la police, ainsi que de bâtiments militaires, s’emparant de dépôts d’armes.

Les services spéciaux ukrainiens (SBU) ont en outre annoncé mercredi une vaste opération antiterroriste, dans toute l’Ukraine, arguant que «les groupes extrémistes et radicaux menacent par leurs actions la vie de millions d’Ukrainiens».

Ianoukovitch  «a du sang sur le mains».

L’opposition réclame la possibilité de former un gouvernement indépendant pour mettre fin aux troubles et sauver l’économie de l’effondrement. La crise a été déclenchée il y a près de trois mois avec le refus du président Ianoukovitch de signer un accord de partenariat avec l’Union européenne au profit d’un rapprochement avec la Russie.

L’opposition s’impatiente, alors que les négociations avec le pouvoir sont au point mort, en dépit de la démission du gouvernement fin janvier, et l’un des leaders de l’opposition, Vitali Klitschko, a renouvelé sa demande d’une présidentielle anticipée au vue des nouvelles violences.

Vitali Klitschko, a estimé mercredi que seule la démission du président pouvait apaiser les tensions.

«Le sang a coulé dans les rues de Kiev […]. Viktor Ianoukovitch est responsable du meurtre de citoyens pacifiques», a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée sur le site internet de son parti.

Pour le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt aussi,  Ianoukovitch  «a du sang sur le mains».

Menaces de sanctions

Et. pendant que l’Ukraine s’enflamme les puissances étrangères appellent à la retenue  et menacent de sanctions tandis que Moscou accuse l’Occident.

Paris et Berlin ont condamné mercredi des «actes inqualifiables, inadmissibles intolérables» , assurant que leurs auteurs seraient «sanctionnés» et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso,  a dit espérer que les États membres se mettent d’accord «dans l’urgence sur des mesures ciblées contre les responsables de la violence».

Place de l’Indépendance, Kiev, en direct, avec Espreso TV Live, la télévision internet privée ukrainienne à laquelle appartenait le journaliste Dmytro Dvoychenkov enlevé et torturé en janvier.

(En direct, Espreso TV, Kiev)

L’ambassade canadienne est fermée

Quant à l’ambassade du Canada à Kiev, elle est maintenant fermée.

Des manifestants ont fait irruption dans l’ambassade canadienne à Kiev, en Ukraine, mais personne n’a été blessé, a révélé le premier ministre canadien Stephen Harper depuis le Mexique où il est en visite.

«Les gens sont en sécurité. Les manifestants étaient pacifiques», a dit M. Harper, convaincu que tout le personnel de l’ambassade pourra partir en sécurité, sans crainte d’être harcelé.

Le premier ministre canadien s’est toutefois dit «perturbé» par les nouvelles d’Ukraine, qui, il faut bien le dire, flirte maintenant dangereusement avec la guerre civile, et dit «suivre la situation de près».

 

Même si aucun avertissement n’est (encore) en vigueur pour l’ensemble de l’Ukraine, en raison des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, le Canada demande à ses ressortissants qui seraient dans la capitale ukrainienne «d’adopter un profil bas et de demeurer à l’intérieur».

L’ambassade continue toutefois d’offrir des services consulaires d’urgence. «Pour obtenir une aide d’urgence, téléphonez à l’ambassade du Canada à Kiev (380 (44) 590-3100) et suivez les instructions qui vous seront données. Vous pouvez aussi appeler le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence à Ottawa, à frais virés, au 00-1-613-996-8885», dit le ministère des Affaires étrangères canadien.