Ukraine: Washington avertit Moscou contre toute intervention militaire

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Le Secrétaire d'État américain John Kerry et le ministre russe des Affaires Étrangères Sergueï Lavrov à la Conférence sur la sécurité de Munich le 31 janvier (Département d'État)
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Le Secrétaire d'État américain John Kerry et le ministre russe des Affaires Étrangères Sergueï Lavrov à la Conférence sur la sécurité de Munich le 31 janvier (Département d'État)
Le Secrétaire d’État américain John Kerry et le ministre russe des Affaires Étrangères Sergueï Lavrov à la Conférence sur la sécurité de Munich le 31 janvier (Archives/Département d’État)

Les États-Unis ont mis en garde mercredi la Russie contre toute intervention militaire en Ukraine et ont offert à ce pays en crise leur garantie financière à hauteur d’un milliard de dollars pour un éventuel prêt international.
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Mise à jour au 27/02/2014 à 8h13

Les événements se sont de nouveau accélérés jeudi en Ukraine avec la réapparition du président déchu Viktor Ianoukovitch, désormais sous la protection de la Russie, et des tensions de plus en plus vives en Crimée, où est stationnée la flotte russe.

Tôt dans la matinée de jeudi, plusieurs dizaines d’hommes armés s’étaient emparés du siège du parlement et du gouvernement de Crimée, péninsule russophone du sud de l’Ukraine, à Simféropol, sur lesquels ils ont hissé le drapeau russe, et empêchaient l’accès des employés aux bâtiments.

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Après avoir adopté ces derniers jours un ton apaisant à l’égard de Moscou dans le dossier ukrainien, le secrétaire d’État John Kerry a haussé le ton mercredi.

«Je crois qu’il ne devrait pas y avoir le moindre doute de quelque nature que ce soit sur le fait que toute intervention militaire qui violerait la souveraineté, l’intégrité territoriale de l’Ukraine serait une grave erreur», a-t-il mis en garde.

Avant lui, la Maison Blanche avait appelé les «acteurs extérieurs» à s’abstenir de toute «provocation» dans la crise ukrainienne, allusion claire à la Russie qui avait annoncé avoir pris des mesures militaires dans la région.

Visant encore Moscou, John Kerry a prévenu: «Pour un pays qui s’est exprimé si fréquemment et si fortement contre toute intervention étrangère en Libye, en Syrie et ailleurs, il serait important qu’il tienne compte de ces avertissements au moment où il sous-pèse ses alternatives dans une Ukraine souveraine».

Plus tôt, le président russe Vladimir Poutine avait ordonné une inspection surprise des troupes des districts militaires de l’Ouest, non loin de l’Ukraine, et du Centre, pour vérifier leur aptitude au combat, tandis que la protection de la flotte russe de la mer Noire, basée dans le port de Sébastopol en Crimée, a été renforcée.

La Crimée, peuplée majoritairement de russophones, a en outre été le théâtre mercredi de heurts entre militants pro et anti-russes, quelques jours après la destitution par le Parlement ukrainien du président pro-russe Viktor Ianoukovitch.

À Kiev, le pro-européen Arseni Iatseniouk a été désigné à la tête du gouvernement ukrainien. Il aura à faire face à une tâche herculéenne pour empêcher son pays de sombrer dans la banqueroute et pour contrer des tendances séparatistes de plus en plus vives dans le sud du pays, en particulier en Crimée.

Pour épauler les nouvelles autorités ukrainiennes, les États-Unis offrent leur garantie à hauteur d’un milliard de dollars dans le cadre d’un possible prêt des institutions financières internationales pour ce pays qui dit avoir besoin de 35 milliards de dollars.

«Nous sommes en train de formuler une garantie sur un prêt d’un milliard de dollars», a dit M. Kerry, ajoutant que «les Européens réfléchissaient à 1,5 milliard de dollars» de garantie. «Nous réfléchissons aussi à la possibilité d’une assistance supplémentaire», a dit le secrétaire d’État sans être plus précis.

Trois priorités

Mais les donateurs potentiels, UE et FMI en tête, s’étaient abstenus en début de semaine de se prononcer sur les modalités d’un programme d’aide à l’Ukraine, dans une situation politique encore incertaine.

«La priorité numéro 1 est de former un nouveau gouvernement […] La priorité numéro 2, ce sont les réformes […] et la priorité numéro 3, c’est le FMI», a résumé M. Kerry.

Dans un entretien plus tôt à la télévision américaine MSNBC, le secrétaire d’État avait été plus apaisant à l’égard de la Russie, démentant que Washington se soit immiscé dans les affaires intérieures de l’Ukraine ou qu’il cherche «une confrontation à l’ancienne de type Guerre froide» avec Moscou.

«Ce n’est pas Rocky 4», a-t-il martelé, répétant que la crise ukrainienne ne devait «pas opposer l’Ouest et l’Est, les États-Unis et la Russie».

«La clé dans cette affaire est de donner au peuple ukrainien le plein espace dans lequel les Ukrainiens pourront prendre leurs décisions à propos du chemin qu’ils veulent prendre», a encore argumenté le ministre américain, dont le gouvernement avait soutenu dès décembre les manifestations pro-européennes d’une partie des Ukrainiens.