Attaque de l’Hôtel Serena à Kaboul: le Canada condamne la «perversion» des talibans

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L'Hôtel Serena dans la capitale afghane, réputé très sûr et fréquenté par les diplomates et visiteurs étrangers à Kaboul (Serena Hotel)
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L'Hôtel Serena dans la capitale afghane, réputé très sûr et fréquenté par les diplomates et visiteurs étrangers à Kaboul (Serena Hotel)
L’Hôtel Serena dans la capitale afghane, réputé très sûr et fréquenté par les diplomates et visiteurs étrangers à Kaboul (Serena Hotel)

Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a condamné ce vendredi 21 mars l’attaque honteuse et lâche perpétrée à l’Hôtel Serena, à Kaboul, qui a coûté la vie à de nombreuses personnes, dont deux Canadiennes et fait plusieurs blessés.

Le raid du commando taliban a fait au moins neuf morts, dont au moins quatre étrangers et un journaliste de l’AFP, ont annoncé vendredi des responsables.

Outre les deux Canadiennes, les ressortissants étrangers sont de nationalité paraguayenne et bangladaise (deux), selon les dernières informations du ministère afghan de l’Intérieur, qui avait auparavant indiqué d’autres nationalités par erreur.

Deux Canadiennes périssent dans l’attaque

Le Dr Roshan Thomas, une des deux victimes canadiennes de l’attentat contre l’Hôtle Serena, jeudi 20 mars à Kaboul (Courtoisie)

Les deux Canadiennes tuées lors de l’attaque de jeudi d’un commando taliban contre l’hôtel de luxe à Kaboul, la capitale afghane, travaillaient pour des organismes d’aide humanitaire en Afghanistan.

Les noms des Canadiennes n’ont pas été dévoilés officiellement, mais des amis de l’une des victimes ont révélé son identité. Il s’agit du Dr Roshan Thomas, une optométriste de Vancouver qui avait fondé une école à Kaboul pour les jeunes Afghans.

La sénatrice libérale canadienne de Colombie-Britannique et Présidente du Comité du Sénat sur les droits de l’homme Mobina Jaffer, aussi une amie du Dr Thomas, lui a rendu hommage, écrivant sur son compte ​​Twitter que son amie «a travaillé dur pour le bien» de l’Afghanistan, en particulier ses filles, et était sur ​​le point de devenir grand-mère pour la première fois.

 

L’autre Canadienne était une femme de Calgary, selon la Fondation Aga Khan, une organisation humanitaire qui travaille dans les communautés pauvres et marginalisées en Asie et en Afrique.

Parmi les victimes figure également le correspondant principal du bureau de Kaboul de l’Agence France-Presse, Sardar Ahmad, 40 ans, qui a été abattu avec son épouse et deux de leurs trois enfants. Se plus, leur plus jeune fils, encore bébé, est actuellement traitée pour des blessures graves.

Le Serena, un endroit pourtant très sûr

Sardar Ahmad, de l’AFP, mort dans l’attaque de l’hôtel Serena, à Kaboul (Wakil Kohsar/AFP)

Selon le ministre paraguayen des Affaires étrangères Eladio Loizaga, un ex-diplomate du Paraguay, Luis Maria Duarte, qui travaillait pour la mission d’observation des élections du National democratic institute (NDI) à Kaboul, fait aussi partie des victimes.

Ironie du sort, quand il y a deux semaines il avait mis en garde l’ex-diplomate, a révélé le ministre à la radio paraguayenne, celui-ci l’avait rassuré en lui disant «qu’il il était tranquille car dans un endroit très sûr».

L’hôtel Serena,  élégant établissement  doté d’une vaste cour intérieure, d’une salle de sport, d’une piscine et de plusieurs restaurants, avait déjà été visé en janvier 2008 par un attentat suicide des talibans qui avait fait huit morts.

Mais l’hôtel avait renforcé ses mesures de sécurité après cette attaque et ainsi continué à attirer étrangers, diplomates et hommes d’affaires afghans.

Ce qui n’a pas empêché quatre hommes armés de pistolets cachés dans leurs chaussettes ont pénétré vers 18h jeudi soir dans l’hôtel luxueux où se déroulait la fête du Nouvel An perse, se sont mêlés à la foule, puis, vers 21h, ont ouvert le feu dans un restaurant de l’établissement, tuant neuf personnes, dont quatre étrangers, avant d’être eux-mêmes abattus trois heures plus tard par les forces de sécurité afghanes.

Le porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid, avait déclaré à la presse hier que le «but était de cibler une réunion en cours entre hauts fonctionnaires afghans et une délégation étrangère.

Une attaque particulièrement «perverse»

«Au nom de tous les Canadiens, nous offrons nos plus sincères condoléances aux familles et aux amis de ceux qui ont été tués ou blessés. Nos pensées sont avec la famille et les amis des deux citoyens canadiens qui ont été tués lors de cet attentat», a déclaré aujourd’hui le ministre canadien des Affaires étrangères.

«Un bon nombre de ces personnes ont consacré leur vie à aider au quotidien les Afghans à édifier pour eux-mêmes un meilleur pays, y compris par l’éducation et un accroissement du rôle des femmes et des filles dans la société afghane. Que la violence ait été la réponse à ce travail altruiste, en particulier en ce jour de Norouz, [le nouvel an perse]ne fait que confirmer la perversion des talibans et de ceux qui les soutiennent», a souligné John Baird.

«Même si de tels événements mettent en lumière les défis en matière de sécurité qui persistent dans certaines parties de l’Afghanistan, ils ne font que fortifier notre détermination à combattre ce fléau qu’est le terrorisme, sous toutes ses formes», a conclu le ministre.

Les talibans, artisans d’une insurrection meurtrière en Afghanistan depuis leur éviction du pouvoir en 2001 par une coalition militaire menée par les Américains, multiplient les attaques à l’approche du retrait des forces de la Coalition et de l’élection présidentielle afghane d’avril qu’ils appellent la population à boycotter.

Une situation sécuritaire qui se dégrade

La situation sécuritaire dans la capitale afghane ne cesse de se dégrader.

Il s’agissait jeudi de la dernière attaque en date contre un lieu fréquenté par la communauté expatriée à Kaboul, après l’expédition meurtrière menée par un commando-suicide taliban contre le restaurant «La Taverne du Liban», le 17 janvier, qui avait coûté la vie à 21 personnes, dont 13 étrangers parmi lesquels se trouvaient, à aussi, deux Canadiens, Peter McSheffrey, originaire d’Ottawa, et de Martin Glazer.

Originaires de Gatineau, des comptables de la firme québécoise Samson et Associés, dont le siège social est à Gatineau, ils étaient à Kaboul pour s’assurer que l’argent de l’aide humanitaire canadienne était bien géré.

Avant-dernier événement ayant entraîné la mort de travailleurs venus aider l’Afghnaistan ou de journalistes, le 11 mars, le journaliste anglo-suédois Nils Horner avait été abattu en pleine rue dans la capitale afghane.