Le Canada en Afghanistan: rétrospective avec Sébastien Pelletier

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Le lieutenant de vaisseau Sébastien Pelletier, en octobre 2011.
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Le lieutenant de vaisseau Sébastien Pelletier, en octobre 2011.
Le lieutenant de vaisseau Sébastien Pelletier, en octobre 2011.

À l’occasion de la fin de la mission militaire canadienne en Afghanistan, 45eNord.ca publie, tout au long du mois de mars, une série d’interviews avec celles et ceux qui ont été déployé en mission à 10.000 kilomètres de la maison. Aujourd’hui: Sébastien Pelletier.

Sébastien Pelletier, qui est maintenant lieutenant de vaisseau dans la Réserve navale où il s’est enrôlé en 2008, travaille actuellement au QG de la Réserve navale dans la section de l’inspection et des politiques. Il a été déployé en Afghanistan… dans l’infanterie.

À ceux qu’étonne l’idée de ce «marin dans un carré de sable» en Afghanistan, il répond: «Il ne faut pas oublier, qu’on soit marin, soldat ou aviateur, c’est les Forces canadiennes, on peut être appelé à être déployé, que ce soit une mission de combat ou une mission humanitaire».

Le lieutenant de vaisseau Pelletier admet s’être engagé dans les Forces canadiennes «sur un coup de tête», mais, ultimement y être resté pour les défis et «contrairement à l’opinion populaire, pour aider les gens». «La mission des Forces canadiennes est de protéger», dit-il, «et c’est là quelque chose qui m’attirait beaucoup».

«On développe le travail d’équipe, c’est quelque chose qui est vraiment renforcée au niveau des forces», souligne aussi Sébastien Pelletier.

Pour un réserviste, bien sûr, il faut être volontaire pour être déployé à l’étranger. En 2010, alors en poste à Halifax, apprenant qu’on recrutait pour l’Opération ATTENTION, la contribution canadienne à la mission de formation de l’OTAN, Sébastien Pelletier se porte volontaire pour être «mentor» et aider l’armée afghane.

Ce sera son premier déploiement

«En tant que réserviste, on a toujours le choix, alors ils [les Forces armées canadiennes] s’assurent que c’est vraiment toujours ce qu’on veut faire», note t-il. Mais, pour Sébastien Pelletier, ça ne faisait aucun doute: «J’ai joint les Forces pour aider. C’est aider la population afghane aussi. De pouvoir aussi donner notre savoir-faire et nos connaissances à l’armée afghane pour qu’ils puissent se retourner et bâtir eux-mêmes quelque chose».

Il avait déjà discuté de l’éventualité d’un pareil déploiement avec ses parents. «Même s’il s’étaient un peu surpris au début», ils lui ont apporté «un soutien incroyable» dans sa décision, autant avant son départ qu’à son retour.

Sébastien Pelletier est alors déployé sur la Roto 0 de juillet 2010 à avril 2011 avec le PPLI, le Princess Patricia Light Infantry, 3e Bataillon, Edmonton.

Première étape, l’entraînement «pré-déploiement» à Edmonton en fonction de la mission. « Ce n’était pas la première qu’ils [le PPLI] déployaient, on voyait le professionnalisme» et, en outre, «Ça été très -favorable- pour moi, en tant que marin, d’être ainsi déployé avec une unité d’infanterie», observe le lieutenant . «On a été très bien formé avant d’être déployé», y compris une présentation par des Afghans et des Canadiens de la vie afghane, la langue, les coutumes, pour se préparer à la vie là-bas».

Quand il a finalement été déployé, le Sébastien Pelletier était «totalement en confiance par rapport à l’entraînement [qu’il] avait reçu avec le 3e Bataillon du Princess Patricia à Edmonton et il n’y avait aucune inquiétude pour [sa] part».

Et arrive le jour du départ

«Le moment qui m’a marqué le plus, l’isolement dans la salle d’attente avant de monter dans l’avion et le moment où on quitte le tarmac à Trenton. Ça a été de marcher jusqu’à l’avion avec la famille sur le bord de la clôture et de faire un -petit bye-bye- et après ça on embarque dans l’avion. Et après ça a été l’excitation. On s’en va là-bas, on s’en va faire quelque chose qui va aider vraiment l’armée afghane».

Un sentiment d’excitation qui, affirme le lieutenant, n’a pas changé au cours de la mission.

Frappé par la chaleur à son arrivée en Afghanistan, envahi par des «flash back» de son entraînement, Sébastien Pelletier débarque enfin en Afghanistan «Ça y est, ça commence sérieusement! On est arrivé, la mission commence!»

Commence la période de transition

Accueilli, dirigé, il se retrouve sur son camp, «un camp où il y avaient les Américains», et les premiers jours sont consacrés à la transition, savoir quelles seront ses tâches, suivie d’une période de mentorat entre lui et le militaire américain qu’il remplace.

Sébastien devient donc le «S4 Finance advisor» et va travailler avec son collègue afghan responsable des paiements et de la solde au centre de formation militaire afghan.

Premier contact avec l’interprète afghan ainsi qu’avec le militaire afghan avec qui Sébastien Pelletier allait travailler.

Tâche délicate, c’est lui qui doit faire la liaison pour toutes les questions d’argent  entre la Coalition et l’armée afghane qui s’entraîne sur le camp  et veiller à ce que les techniques de travail des Afghans en la matière soient adéquates.

C’est le «purple trade»: dans les Forces armées canadiennes, les métiers généralement liés à la logistique ou l’administration et non pas à l’un des trois principaux «environnements» (mer, la terre, ou air).

Sébastien Pelletier et son collègue afghan apprennent d’abord appris à se connaître. «Voici ce que je fais, qui je suis. La même chose que lorsqu’on rencontre quelqu’un dans un nouvel emploi».

Ensuite, les rencontres ont été plus axées sur la mission de conseiller qu’il devait accomplir.

Déjà, lors de l’entraînement, «on nous avait -introduit- à la culture afghane», rappelle Sébastien Pelletier en soulignant les différences entre les méthodes canadiennes et les façons de faire afghanes.

«Ce n’est pas de changer leur façon de faire, mais de l’améliorer et de les amener vers un point où il vont être -auto-suffisants pour pouvoir avoir une armée qui est capable de fonctionner par elle-même», dit -il de son rôle de conseiller auprès des Afghans en 2010-2011.

Les Américains étaient là avant «C’est sûr que les autres nations ont des méthodes différentes de nous . C’est sûr qu’il y a [eu] une période d’ajustement, autant de ma part que [de la part du responsable afghan] , mais, point de vue contact, j’ai été très bien accueilli», affirme Sébastien Pelletier.

L’esprit de camaraderie

Les mois s’écoulent, la mission se poursuit. Sébastien Pelletier, comme tous ses camarades canadiens, peut communiquer avec sa famille et ses proches au Canada grâce aux téléphones satellitaires fournis par les Forces canadiennes.

Pour ce qui est de la vie des Canadiens en Afghanistan, c’est l’esprit de camaraderie qui prédomine.

«La Rotation 0, on était un petit contingent au début. […] Pour moi c’était mon premier [déploiement], pour d’autres leur deuxième. Ils étaient plus habitués….je pourrais dire à la -poutine-»

«En tant que francophone marin, déployé avec l’infanterie anglophone, j’ai été surpris de voir que, tout de suite, l’esprit de camaraderie , embarque. On se crée des liens d’amitié qui restent encore et qui perdurent. Encore aujourd’hui,  je garde contact avec des gens avec qui j’ai déployé».

De retour, la fierté

Fier des sacrifices consentis, Sébastien Pelletier est revenu maintenant de la mission avec un «sentiment d’accomplissement».

«Pour ma part, ce que j’ai fait là-bas, il y a eu beaucoup de modifications qui ont été apportées. […] On a vu qu’il y avaient des choses qui avaient changé et c’était pour le mieux.»

Et Sébastien Pelletier confesse qu’avec le retour à des horaires de 8 à 4 une fois rentré au Canada, les convois de camions d’Afghanistan et être en mission 24/7, lui manquent.

En définitive, après son expérience en Afghanistan, le désir de s’engager de celui qui s’était enrôlé «sur un coup de tête en 2008» est aujourd’hui plus fort que jamais.

Son objectif est maintenant de joindre la force régulière et il a déjà hâte à son prochain déploiement.

Et sur l’engagement au sein des Forces canadiennes, Sébastien Pelletier n’a qu’un conseil à donner aux plus jeunes: «Allez-y foncez! Vous ne serez pas déçus».