Les Afghans font un pied de nez aux talibans et votent en nombre à la présidentielle

Une Afghane vote dans un bureau de Kaboul, le 5 avril 2014 (Shah Marai/AFP)
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Une Afghane vote dans un bureau de Kaboul, le 5 avril 2014 (Shah Marai/AFP)
Une Afghane vote dans un bureau de Kaboul, le 5 avril 2014 (Shah Marai/AFP)

De Kaboul à Kandahar, les Afghans  votaient en nombre ce samedi 5 avril au premier tour de l’élection présidentielle malgré les menaces des talibans qui avaient appelé à boycotter cette élection et tenté d’en perturber le déroulement.
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Mise à jour au 05/04/2014 à 16h41

Les autorités ont évoqué en fin de journée une possible participation de plus de 50% qui serait, si elle était confirmée, largement supérieure à celle de la précédente présidentielle en 2009 (30%).

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À Kaboul comme dans les autres grandes villes du pays, Jalalabad (est), Kandahar (sud) et Hérat (ouest), de longues files d’attente se sont formées devant les bureaux de vote, ouverts depuis 07H00 (02H30 GMT) pour ce premier tour de la présidentielle.

«La participation a été très bonne jusqu’ici, plus forte que ce à quoi nous nous attendions», a annoncé dans l’après-midi Ahmad Yusuf Nuristani, le chef de la Commission électorale indépendante (IEC), sans toutefois fournir de chiffres précis.

Face à cet afflux, l’IEC a reporté d’une heure la fermeture des bureaux de vote, désormais établie à 17H00 (heure locale).

La participation est «forte» malgré «les menaces des talibans», a confirmé Nader Nadery, chef la Fondation pour des élections libres et justes en Afghanistan (FEFA), tout en prévenant qu’il était encore trop tôt pour établir des comparaisons avec la dernière présidentielle, en 2009, marquée par une importante abstention (autour de 70%).

Apparemment forte dans les villes, y compris du côté des femmes, la participation restait plus difficile à évaluer dans les campagnes.

Par ailleurs, si une personne a été tuée par une bombe artisanale dans un bureau de vote du Logar, province voisine de Kaboul, selon les autorités, aucun incident majeur n’était signalé autour de ce scrutin que les rebelles talibans avaient pourtant juré de «perturber» par tous les moyens. L’accès aux informations sur la sécurité dans les provinces restait toutefois difficile.

«Le Canada félicite les Afghans de s’être courageusement rendus aux urnes, en grand nombre, pour exercer leur droit de vote au cours des élections à la présidence et aux conseils provinciaux», a déclaré le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, soulignant le fort taux de participation à ce scrutin.

«Le peuple afghan a démontré son engagement envers un avenir démocratique», a dit le ministre canadien, ajoutant que «le nouveau gouvernement doit démontrer son engagement envers la démocratie en Afghanistan, et veiller à ce que la voix de tous les Afghans, et particulièrement celle des femmes, soit entendue».

«Alors que les Afghans attendent les résultats définitifs, le Canada exhorte tous les partis à continuer de respecter le processus électoral ainsi que les principes de non-violence qui ont marqué la période de campagne électorale et les élections d’aujourd’hui », a conclu le ministre Baird.

Le secrétaire d’État américain John Kerry a également salué le vote afghan, soulignant que ce scrutin montre combien le peuple afghan est engagé dans la protection et l’avancée de la démocratie.

De son côté, le président américain, Barack Obama, a lui aussi salué le vote des Afghans lors de l’élection présidentielle et souligné à son tour que ce scrutin était essentiel pour assurer l’avenir démocratique de l’Afghanistan.

«Au nom du peuple américain, je félicite les millions d’Afghans qui ont participé de façon enthousiaste à l’élection historique d’aujourd’hui», a-t-il déclaré dans un communiqué.

Barack Obama envisageait de laisser jusqu’à 10.000 hommes en Afghanistan après 2014 dont des membres des forces spéciales pour des missions de contre-terrorisme, mais il butait jusqu’alors sur l’hostilité de Hamid Karzaï qui refusait de parapher un accord bilatéral autorisant cette présence.

Les résultats préliminaires de ce premier tour seront connus le 24 avril, avant un possible deuxième tour le 28 mai.

Les rebelles, artisans d’une violente guérilla depuis leur éviction du pouvoir en 2001 par une coalition militaire dirigée par les Américains, ont mené une série d’attaques sanglantes au cours de la campagne électorale, sans parvenir à la faire dérailler.

Plusieurs de leurs opérations ont néanmoins eu un fort retentissement, comme l’attaque de l’hôtel Serena de Kaboul, qui a fait neuf morts, dont quatre étrangers.

Et, hier encore, deux journalistes ont été pris pour cible alors qu’ils couvraient les derniers préparatifs du premier tour de l’élection présidentielle afghane: Anja Niedringghaus, une photographe allemande internationalement reconnue de l’agence américaine Associated Press, a été tuée vendredi par un policier afghan qui a également blessé sa collègue canadienne Kathy Gannon.

Mais, face aux menaces des talibans, des centaines de milliers de policiers et soldats afghans ont été mobilisés à travers le pays, notamment à Kaboul, sévèrement quadrillée samedi et, finalement, les talibans ne seront pas parvenus à faire dérailler cette électionconsidérée comme un test majeur pour un pays appelé à prouver sa stabilité une fois que la majorité des forces occidentales l’auront quitté en fin d’année.

*Avec AFP