Centrafrique: se disant injustement critiqué, le Tchad, amer, quitte la force africaine

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Des soldats tchadiens de la Misca sur un pick-up à Bangui, en janvier 2014 (Archives/Eric Feferberg/AFP)
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Des soldats tchadiens de la Misca sur un pick-up à Bangui, en janvier 2014 (Archives/Eric Feferberg/AFP)
Des soldats tchadiens de la Misca sur un pick-up à Bangui, en janvier 2014 (Archives/Eric Feferberg/AFP)

Se disant injustement critiqué, le Tchad quitte avec amertume ce jeudi 3 avril la Force africaine en Centrafrique (MISCA), dénonçant une «campagne malveillante» contre ses soldats, à nouveau mis en cause après avoir tué 24 civils à Bangui samedi 29 mars.
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Mise à jour au 04/04/2014 à 14h44

La présidente centrafricaine de transition, Catherine Samba Panza, a fait part vendredi de ses regrets, après l’annonce du retrait du contingent tchadien de la MISCA. «Nous regrettons cette décision qui a été prise sous l’effet d’un certain nombre d’événements», a déclaré sans plus de précision la présidente centrafricaine.

—- à 10h18 Les soldats de l’armée tchadienne ont tiré sans avoir été provoqués sur la foule lors de l’incident à Bangui le week-end dernier, tuant 30 personnes et faisant au moins 300 blessés, a indiqué vendredi 4 avril l’ONU.

«Ils ont illégitimement ouvert le feu sur la population. Les soldats ont tiré de façon indiscriminée», a déclaré à Genève un porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, Rupert Colville, qui présentaient les premiers résultats des enquêteurs des Nations unies sur l’incident.
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Au moins 24 personnes ont été tuées et plus d’une centaine blessées samedi dernier à Bangui par des soldats tchadiens venus rapatrier leurs compatriotes fuyant les violences en Centrafrique, selon un nouveau bilan communiqué dimanche soir par la municipalité de Bégoua, petite commune située en périphérie de la capitale.

Il s’agissait là de l’incident le plus grave impliquant des troupes étrangères en Centrafrique depuis le renversement, en mars 2013, du président François Bozizé que le Tchad, après l’avoir installé à la tête de la Centrafrique, a laissé tomber pour appuyer la Séléka, une coalition à dominante musulmane.

De nombreux incidents ponctués de tirs parfois meurtriers les ont souvent opposés aux miliciens majoritairement chrétiens anti-balaka, notamment lors de leurs opérations d’évacuation de ressortissants tchadiens ou de protection des quartiers musulmans.

Les soldats tchadiens ont été accusés à plusieurs reprises depuis l’arrivée au pouvoir de la Séléka, dont certains membres étaient tchadiens, de passivité face à leurs exactions et même de connivence, ce que N’Djamena, appuyé de l’UA et de la France pour son engagement en Centrafrique, a toujours démenti avec force.

«Malgré les sacrifices consentis, le Tchad et les Tchadiens font l’objet d’une campagne gratuite et malveillante, tendant à leur faire porter la responsabilité de tous les maux dont souffre la RCA», déclare aujourd’hui un communiqué du ministre des Affaires Etrangères et de l’Intégration Africaine,Moussa Faki Mahamat.

«Face à ces accusations répétées, le Tchad, après avoir informé la présidente de la transition centrafricaine, la présidente de la Commission de l’Union africaine et le Secrétaire générale des Nations Unies, décide du retrait du contingent tchadien de la MISCA», annonce le communiqué, précisant que «Les modalités pratiques de ce retrait seront arrêtées de commun accord entre le Tchad et l’Union africaine».

«En attendant», poursuit le texte, «le Tchad assumera, sans failles, sa mission de paix dans les zones relevant de sa responsabilité en RCA» qui conclut en réitérant la solidarité du Tchad «à la République sœur de Centrafrique» et promet de la soutenir sous d’autres formes, «afin qu’elle recouvre la paix, la sécurité, l’unité et réalise la réconciliation de ses fils et filles»

Non seulement le Tchad était-il sur le continent africain la puissance tutélaire de la République centrafricaine, mais le contingent tchadien, avec environ 850 soldats aguerris, était l’un des principaux fournisseurs de la MISCA (6.000 hommes au total).

Le Tchad va donc maintenant se retirer alors que les forces africaine et française Sangaris (2.000 soldats) réclament au contraire des renforts pour pacifier le pays, notamment en province, où l’armée française a commencé à se déployer cette semaine dans l’Est.

Fort heureusement, après s’être fait attendre, l’Union européenne a décidé mardi d’envoyer enfin une force militaire en Centrafrique, mais ses effectifs – environ 800 hommes – suffiront à peine à combler le vide laissé par le retrait des troupes du président tchadien Idriss Déby.

Depuis un an, la Centrafrique, pays parmi les plus pauvres de la planète, traverse une crise sans précédent qui a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

*Avec AFP

1 COMMENT

  1. les nouvelles autorités centrafricaines de transition ne doivent qu'applaudir ce départ tant attendu par le peuple centrafricain que de le regretter. Vu leurs déclarations amers, on ne peut que dire que ces novices au pouvoir ont la mémoire courte. Les forces armées centrafricaines sur le territoire centrafricain se sont toujours comportés en gangsters et bandits de grand chemin et non des soldats très bien formés pour observer scrupuleusement les statuts qui régissent le bon fonctionnement d'une armée régulière digne de ce nom. Qu'on ne perd pas de vue le bilan des massacres de l'armée tchadienne en Centrafrique depuis la 2ème mutinerie en 1997 dans les quartiers du 3ème arrondissement de Bangui. Cette armée tchadienne fabriquée à l'image de Deby Itno qui croit mieux faire pour ramener la paix en Centrafrique avait mis en débandade la population et tuer plusieurs centrafricains. Elle n'est pas à sa première bavure ni la dernière en écoutant la déclaration de leur ministre des affaires étrangères dans le communiqué officiel du gouvernement tchadien relatif au départ de leur contingent de la MISCA. S'il faut comptabiliser les personnes tuées par les militaires tchadiens en Centrafrique pour leur barbarisme par excellence depuis les crises à répétition, le chiffre des morts, à n'en point douter, doit équivaloir celui d'n génocide planifié. Le Tchad n'est pas une république sœur de la Centrafrique comme il leur plaît d'en crier haut et fort pour que la communauté internationale les écoute mais c'est plutôt un pays qui se comporte en ennemi de la République centrafricaine. C'est dommage que les gouvernements centrafricains instrumentalisés qui se sont succédés manquent de courage et d'illumination pour le relever.

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