Visite surprise de Ban Ki-moon en Centrafrique pour que «le monde n’oublie pas»

Les affrontements intercommunautaires en République centrafricaine ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de gens (Archives/D. Schreiber/OCHA)
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Les affrontements intercommunautaires en République centrafricaine ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de gens (Archives/D. Schreiber/OCHA)
Les affrontements intercommunautaires en République centrafricaine ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de gens (Archives/D. Schreiber/OCHA)

Lors d’une visite surprise à Bangui ce samedi 5 avril, à deux jours du 20e anniversaire du génocide rwandais, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a lancé dans un discours au parlement provisoire un vibrant appel aux leaders centrafricains pour qu’ils empêchent un nouveau génocide en Afrique.

Ban Ki-moon, a déclaré qu’il était venu pour s’assurer que la communauté internationale n’oublie pas ce pays confronté à une grave crise politique et humanitaire, rapporte aujourd’hui le service d’information de l’ONU.

«Je viens en République centrafricaine à un moment où elle est en proie à de profonds bouleversements », a dit le Secrétaire général dans un discours en français devant le Conseil national de la transition à Bangui, la capitale. « Chaque jour, je me réveille en pensant aux épreuves que vous endurez et aux drames que vous vivez.»

«J’ai invité partout les responsables à intensifier leurs efforts. Certains disent qu’il s’agit d’une crise oubliée. Je suis ici pour m’assurer que le monde n’oublie pas », a-t-il ajouté. «La communauté internationale a fait défaut aux Rwandais il y a 20 ans. Et nous risquons de ne pas en faire assez pour les Centrafricains aujourd’hui.»

Le Secrétaire général a aussi rappelé que des crimes atroces étaient commis en République centrafricaine et que l’épuration ethno-religieuse était une réalité avec la fuite de nombreux membres de la minorité musulmane.

«Une impunité totale règne, personne n’a eu à rendre compte de ses actes. Cela doit changer», a martelé Ban Ki-moon.

Tout en félicitant les forces de l’Union africaine (MISCA) et les forces françaises de l’opération Sangaris «dont», a-t-il dit «l’action rapide a pu empêcher à ce jour le pire», il a déploré l’insuffisance de leurs moyens, estimant qu’elles «sont submergées par l’ampleur même des besoins»

En février, le président français François Hollande avait d’ailleurs demandé «d’accélérer» l’envoi de Casques bleus en Centrafrique, alors que sur le terrain la situation ne cesse de s’envenimer.

«C’est pourquoi», a dit aujourd’hui Ban Ki-moon, « j’ai demandé que plus de contingents et d’unités de police soient immédiatement déployés. C’est aussi pour cette raison que j’ai proposé la transformation de la MISCA en une opération de maintien de la paix des Nations Unies. J’espère que le Conseil de sécurité prendra cette décision incessamment », a-t-il ajouté.

Le Secrétaire général a également salué la décision de l’Union européenne de déployer des forces dans les jours à venir.

«Je continue cependant à exhorter la communauté internationale à faire davantage et à agir plus promptement», a encore insisté Ban Ki-moon, au moment où, se disant injustement critiqué, le Tchad a claqué la porte de la Force africaine en Centrafrique (MISCA) jeudi 3 avril, dénonçant une «campagne malveillante» contre ses soldats, à nouveau mis en cause après avoir tué 24 civils à Bangui samedi 29 mars.

Finalement, le Secrétaire général a dit aux Centrafricains que le sort de leur pays était également entre leurs mains: «Vous avez en vous tout ce qu’il vous faut pour réussir. La République centrafricaine peut remonter la pente. Ce ne sont pas des paroles en l’air. Cela peut devenir une réalité. Je l’ai vu se produire en Sierra Leone. Je l’ai vu au Libéria.»

Après cette visite de quelques heures en République centrafricaine, le Secrétaire général s’est ensuite envolé pour la capitale du Rwanda, Kigali, où il doit participer aux commémorations du 20ème anniversaire du génocide rwandais, commémorations dont la France sera absente, ayant décidé aujourd’hui d’annuler sa participation après les déclarations du président Paul Kagame l’accusant d’avoir participé aux massacres.