Flambée de violences à Bangui, le pouvoir fragilisé et les forces internationales prises à partie

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Des gendarmes centrafricains transportent une personne vers un hôpital de Bangui, le 29 mai 2014 (Marco Longari/AFP)
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Des gendarmes centrafricains transportent une personne vers un hôpital de Bangui, le 29 mai 2014 (Marco Longari/AFP)
Des gendarmes centrafricains transportent une personne vers un hôpital de Bangui, le 29 mai 2014 (Marco Longari/AFP)

Deux personnes ont été tuées à Bangui vendredi lors de manifestations contre le pouvoir, fragilisé, et les forces internationales, accusés de laissez-faire ou de partialité, mais qui se sont dit prêtes à riposter à toute menace dans la capitale centrafricaine en proie à une nouvelle flambée de violences, rapporte aujourd’hui l’AFP.

Catherine Samba Panza a dénoncé «une situation de guérilla urbaine» avec un «cycle de représailles» qui «prend des proportions très inquiétantes» dans son message radio-diffusé, mais les assises de la présidente de transition se révèlent fragiles à la lumière des événements des derniers jours.

Le Premier ministre centrafricain, André Nzapayéké, a même attribué pour sa part ce regain de violences à «un complot planifié» par des «hommes politiques très proches du pouvoir».

Alors que depuis quelques semaines, le calme semblait régner dans la capitale centrafricaine et que s’amorçait une reprise économique, la situation a de nouveau explosé, le massacre perpétré mercredi dans l’enceinte de l’église Notre-Dame de Fatima où 9.000 habitants avaient trouvé refuge, ayant servi de détonateur.

Selon un nouveau bilan du Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés, c’est maintenant au moins 17 personnes qui ont été tuées et 27 enlevées au cours de cette tuerie.

Bangui s’était réveillé ce matin au bruit de rafales d’armes automatiques vers 06H00 (05H00 GMT) dans le centre-ville, fait rare dans ce quartier de la capitale proche du palais présidentiel, alors que des groupes de manifestants marchaient dans les rues.

Les manifestants tapaient sur des casseroles pour exprimer leur colère et demander le départ des Burundais de la Misca.

Sur une barricade érigée devant l’université de Bangui, des étudiants en colère exigeaient « le désarmement » du quartier PK-5, dernier réduit musulman dans Bangui, et le départ de Sangaris, des Burundais et de la présidente de transition.

Les forces française Sangaris et africaines Misca, massivement déployées dans la ville depuis la tuerie de mercredi ont toutes les deux été prises pour cibles vendredi, accusés d’avoir laissé faire les assaillants de l’église Fatima,

Placés au PK-5, pour protéger ses habitants musulmans des attaques des milices anti-balaka, les soldats burundais de la Misca ont dû tirer sur des «manifestants armés« qui tentaient de «forcer le dispositif de sécurité et entrer de force dans leur cantonnement», a indiqué le colonel Bengone Otsaga, chef de la police de la Misca, cité par l’Agence France-Presse.

Deux manifestants ont alors été tués par balle et d’autres ont été blessés, certains grièvement, lors de ces affrontements au niveau de l’avenue Bouganda, près du centre-ville.

De leur côté, des forces de Sangaris ont aussi été visés par des tirs, sans faire de blessés, a-t-on indiqué de source française, précisant que les soldats avaient simplement répliqué par des «tirs de semonce».

Au total, la Croix rouge centrafricaine a comptabilisé deux morts et sept blessés par balle vendredi. Le calme était revenu peu après 07h00, les manifestants ayant déserté la zone, mais des tirs sporadiques et des détonations de grenade résonnaient toujours, jusque dans le centre-ville, en début d’après-midi et la ville était toujours paralysée par les barricades érigées dans plusieurs quartiers.

Aucun véhicule ne circulait dans les rues et des vols au départ et à l’arrivée de Bangui ont dû être annulés.

Ailleurs au pays

Selon le dernier point de l’opération Sangaris publié le 28 mai par la Défense française, dans l’ouest du pays, le GTIA Dragon continue d’assurer la sécurisation de la main supply road (MSR).

Leurs patrouilles quotidiennes permettent d’afficher la présence de la force et de rassurer les populations, mais quelques incidents isolés ont été rapportés, qui n’ont toutefois pas entravé la circulation sur la MSR.

Cette semaine, près de 300 véhicules, dont 220 poids lourds, sont entrés dans le pays et, signe encourageant, la moitié d’entre eux n’ont pas demandé d’escorte par la MISCA ou Sangaris.

Mais dans l’Est, toujours selon le ministère français de la Défense, la ville de Bambari a été le théâtre d’une épreuve de force liée au refus de l’application des mesures de confiance, les 22 et 24 mai.

Les 21 et 23 mai, le GTIA Scorpion, dont le poste de commandement est installé à Bambari depuis près d’un mois, a été pris à partie par une foule instrumentalisée et par des individus armés. «À son contact, les hommes du GTIA ont fait preuve d’une grande maitrise de la force, refusant d’entrer dans le piège de l’affrontement qui leur était tendu», dit la Défense française.

Le 24 mai, une vingtaine d’hommes à bord de trois pick-up armés ont lancé une attaque délibérée sur une position de Scorpion située à l’ouest de la ville. L’intensité des combats a nécessité de recourir à des tirs de mortier et d’un missile HOT à partir d’une Gazelle.

Historique de la crise

La crise centrafricaine a débuté en 2013 avec le renversement du président François Bozizé par une rébellion à dominante musulmane, la Séléka, qui a pris le pouvoir dans ce pays majoritairement chrétien. Les Séléka ont multiplié les exactions contre les civils, entraînant en réaction la création de milices d’auto-défense, les anti-balaka, à dominante chrétienne.

Rapidement, ces milices s’en sont pris aux civils musulmans, plongeant le pays dans une spirale infernale de violences intercommunautaires, contraignant à l’exil des dizaines de milliers de musulmans.

La France a déclenché en décembre l’opération Sangaris pour aider la Misca à ramener la paix. Face à son incapacité à faire cesser les violences, Michel Djotodia a été contraint à la démission en janvier et remplacé par Mme Samba Panza, qui doit théoriquement organiser des élections générales avant la mi-2015.

*Avec AFP