Irak: une gifle pour Maliki, Obama refuse «d’aider une secte à en vaincre une autre»

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Le président américain Barack Obama s'exprime sur l'Irak depuis les jardins de la Maison blanche le 13 juin 2014 (Nicholas Kamm/AFP)
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Le président américain Barack Obama et le chef-d'État-major des États-Unis, le général Martin Dempsey, à l'entrée du Bureau Oval après la réunion sur l'Irak le 19 juin 2014 (Pete Souza/ White House)
Le président américain Barack Obama et le chef-d’État-major des États-Unis, le général Martin Dempsey, à l’entrée du Bureau Oval après la réunion sur l’Irak le 19 juin 2014 (Pete Souza/ White House)

Un gifle retentissante pour Maliki: à l’issue d’une réunion sur l’Irak rassemblant son Conseil de sécurité nationale, le secrétaire d’État John Kerry, le chef du Pentagone Chuck Hagel, les plus hauts gradés de l’armée et les responsables des services de renseignement, Barack Obama a annoncé l’envoi de conseillers militaires, mais a exclu clairement toute frappe aérienne pour l’instant et refusé d’appuyer «une secte contre une autre».

Finalement, la Maison Blanche enverra jusqu’à 300 conseiller militaires à Bagdad pour aider l’armée irakienne, mais, pour l’instant, il n’y a que la fierté de Maliki qui aura été l’objet d’une frappe.

Cette action limitée vise à assister les forces irakiennes pour les aider face à la poussée des jihadistes, mais, clairement, pas question pour l’Amérique de retourner s’embourber en Irak.

Ces conseillers militaires qu’enverront les États-Unis sont en sus des 275 militaires envoyés en Irak et dans la région pour être prêts à protéger l’ambassade américaine.

Les États-Unis augmenteront aussi leurs ressources en matière de renseignement et de reconnaissance et établiront des centre d’opération conjoints à Bagdad et dans le nord de l’Irak en vue d’un plus grand partage de renseignements avec les forces irakiennes et pour coordonner la planification des opérations contre les jihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL).

La Maison Blanche examinait depuis plusieurs jours les différentes options à sa disposition, y compris d’éventuelles frappes aériennes, mais soulignait avec force depuis plusieurs jours déjà la nécessité pour le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, un chiite honni par la minorité sunnite qui l’accuse d’accaparer le pouvoir, de changer de politique.

Pas de frappes aériennes pour l’instant

Bagdad avait demandé aux États-Unis des frappes aériennes pour contrer l’offensive fulgurante lancée le 9 juin les jihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui se sont emparés en 10 jours de larges pans du territoire dans le nord et le centre du pays et sont aujourd’hui aux portes de Bagdad.

Les États-Unis repéreront et identifieront toutefois d’éventuels cibles de frappes aériennes si jamais la décision de procéder à de pareilles frappes était prise, mais aujourd’hui, pas question de frappes.

L’ex commandant des forces américaines en Irak, David Petraeus, déclarait récemment que les États-Unis, qui ont retiré leurs troupes d’Irak fin 2011 après huit ans d’occupation, ne devaient pas devenir «une force aérienne pour des milices chiites».

Barack Obama, se faisant l’écho de la récente déclaration de Petraeus, a été on ne peut plus claire: il n’est pas question pour l’Amérique «d’aider une secte à en vaincre une autre», a dit le président en se référant au conflit en Irak opposant les chiites aux sunnites.

Il n’a pas manqué non plus l’occasion, en réponse à une question d’un journaliste présent à la conférence de presse qui a suivi sa déclaration, de rappeler que c’est bien le Premier ministre Maliki, qui appelle aujourd’hui à l’aide, qui a refusé les conditions qui auraient permis le maintien de troupes américaines en Irak.

Maliki cloué au pilori

Le président s’est aussi fait l’écho des vives critiques à l’encontre du premier ministre chiite Nouri Al Maliki mettant en cause sa politique confessionnelle dans la crise qui secoue le pays.

Au moment où les délibérations se poursuivaient encore, le général Martin Dempsey, chef d’état-major interarmées, critiquait ouvertement la politique du gouvernement irakien dominé par des chiites, estimant que la marginalisation de la communauté sunnite, minoritaire, avait planté les germes de la crise actuelle.

Le secrétaire à la Défense Chuck Hagel notait aussi que le gouvernement de Bagdad n’avait pas suivi ses promesses de forger une réelle coopération avec les dirigeants sunnites et kurdes.

Aujourd’hui, le président Obama a souligné avec force que la solution ne pouvait être militaire et que, tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas à Bagdad un gouvernement «inclusif», respecté par toutes les parties, la réconciliation ne sera pas possible, ajoutant que les récentes élections et la formation d’un nouveau parlement pouvaient être une étape dans cette voie.

«Je ne pense pas que ce soit un secret pour personne qu’en ce moment qu’il y a au moins une profonde divisions entre sunnites et chiites et que cela sera difficile pour quelque gouvernement que ce soit d’en arriver à une solution tant qu’il en sera ainsi», a dit le président Obama, soulignant qu’il avait maintes fois souligné cet aspect du problème dans le passé lors de conversation avec le Premier ministre irakien.

Barack Obama a aussi annoncé que le Secrétaire d’État américain John Kerry s’envolera sous peu pour le Moyen-Orient et l’Europe pour y consulter les alliés des États-Unis sur le problème irakien.

Et Maliki semble clairement ne plus plus faire partie de la solution, mais du problème.