État islamique: première apparition vidéo du «Calife Ibrahim»

Capture d'écran d'une vidéo de propagande du chef de l'État islamique (EI), Abou Bakr Al-Baghdadi, désormais désigné par son groupe «Calife» et «Commandeurs des croyants» (45eNord.ca)
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Capture d'écran d'une vidéo de propagande du chef de l'État islamique (EI), Abou Bakr Al-Baghdadi, désormais désigné par son groupe «Calife» et «Commandeurs des croyants» (45eNord.ca)
Capture d’écran d’une vidéo de propagande du chef de l’État islamique (EI), Abou Bakr Al-Baghdadi, désormais désigné par son groupe «Calife» et «Commandeurs des croyants» (45eNord.ca)

Abu Bakr al-Baghdadi, le chef de l’État islamique, est apparu pour la première fois dans une vidéo prononçant un sermon à la grande mosquée de la deuxième ville d’Irak, Mossoul, dans la province de Ninive, que les djihadistes de l’État islamique avaient conquis aux premières heures de leur offensive le mois dernier.

Son apparition dans une mosquée de Mossoul lors de la prière hebdomadaire musulmane du vendredi, si la vidéo est bien authentique, marquerait un changement dans le comportement du chef de l’EI qui, jusque là, agissait dans l’ombre.

Durant des années, très peu de détails ont filtré sur le chef djihadiste né en 1971 dans la ville de Samarra au nord de Bagdad. Le visage de Baghdadi n’a été dévoilé qu’en janvier quand les autorités irakiennes ont pour la première fois publié une photo de lui en noir et blanc.

«Je suis le Wali [leader] désigné pour vous diriger, mais je ne suis pas meilleur que vous; si vous pensez que j’ai raison, aidez-moi et si vous pensez que j’ai tort conseillez-moi et mettez-moi sur le droit chemin», a dit dans son sermon Abou Bakr Al-Baghdadi, qu’on peut voir sur la vidéo portant une longue barbe noire, un turban noir sur la tête et une abaya, cette longue robe portée au-dessus des autres vêtements chez certains musulmans, noire elle aussi.

«Obéissez-moi tant que vous obéissez à Dieu en vous», a ajouté le chef djihadiste auto-proclamé «Calife».

Dimanche dernier, en effet, l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) a proclamé l’établissement d’un califat sur les territoires qu’ils ont conquis en Irak et en Syrie voisine, et a annoncé qu’ils changeait dorénavant le nom de leur groupe pour «État islamique» tout cour, sans référence géographique à l’Irak ou au Levant.

Le groupe a aussi à cette occasion proclamé son chef Abou Bakr Al-Baghdadi «Calife», sous le nom de «Calife Ibrahim», et «chef des musulmans partout» dans le monde, appelant tous les musulmans à lui faire allégeance.

Le «Calife» désigne depuis la mort du prophète Mahomet son successeur comme «Commandeur des croyants» dans le monde musulman. Ce régime politique islamique, qui a connu son apogée à l’époque de l’empire des Omeyyades (de 661 à 750) et des Abbassides (de 750 à 1258), a disparu il y a près d’un siècle, mais rappelle aux musulmans du monde entier «l’âge d’or» de l’Islam.

«Dieu a donné à vos frères moujahidine la victoire après de longues années de djihad et de patience [..]) Ils ont alors proclamé le califat et désigné le calife», a encore dit Abou Bakr al-Baghdadi dans son sermon, ajoutant. «Cela est un devoir pour les musulmans qui fut perdu pendant des décennies».

Toutefois, même si l’EI continue d’accroître son emprise sur des pans entiers des territoire syrien et irakien, non seulement les autres groupes islamistes sont loin pour la plupart de lui avoir prêté allégeance, mais l’influent prédicateur qatari Youssef Al-Qaradaoui, considéré comme l’éminence grise des Frères musulmans, a affirmé ce samedi 5 juillet que la proclamation d’un califat par ce groupe connu pour ses atrocités et ses vues radicales était contraire à la charia, la loi islamique.

Pendant ce temps, sur le terrain, vendredi, 15 personnes ont été tuées dans un attentat suicide contre un poste de contrôle tenu par des soldats et des volontaires à Samarra, qui abrite un mausolée chiite dont la destruction partielle dans un attentat en 2006 avait déclenché un conflit entre chiites et sunnites qui a fait des dizaines de milliers de morts.

Et, dans la région de Mossoul, là même où le «Calife Ibrahim» a prononcé son sermon hier, les combattants de l’EI ont démoli ce samedi au nom de la lutte contre les idoles plusieurs sanctuaires sunnites, soufis et chiites et occupaient aussi deux cathédrales orthodoxes.

*Avec AFP