Il y a 40 ans, une grenade tuait six cadets à Valcartier

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Le peloton de cadets âgés entre 14 et 15 ans qui allait être dévasté en juillet 1974 par l'explosion d'une grenade pendant un cours sur la sécurité et les explosifs. Sur la photo , le cadet qui tenait la grenade lorsqu'elle a explosé, Eric Lloyde, est le cadet aux cheveux blond dans le coin inférieur droit (courtoisie)
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Le peloton de cadets âgés entre 14 et 15 ans qui allait être dévasté en juillet 1974 par l'explosion d'une grenade pendant un cours sur la sécurité et les explosifs. Sur la photo, le cadet qui tenait la grenade lorsqu'elle a explosé, Eric Lloyde,  est le cadet aux cheveux blond dans le coin inférieur droit (courtoisie)
Le peloton de cadets âgés entre 14 et 15 ans qui allait être dévasté en juillet 1974 par l’explosion d’une grenade pendant un cours sur la sécurité et les explosifs. (Archives)

C’était un temps d’insouciance, un temps de joie et d’amitié, un temps de sagesse, un temps où les conséquences n’existaient pas… c’était le meilleur des temps, c’était le pire des temps: l’été maudit de l’année 1974.

Denis Labbe se souvient bien de cette journée pluvieuse du mardi 30 juillet 1974. Il était adjoint-médical sur la base et ce qu’il a vu ce jour là l’a changé à jamais.

«J’étais pas préparé à ça, voir des jeunes de 15 ans mutilés à ce point-là», confie l’ancien militaire, atteint de syndrome de stress post-traumatique, qui a songé pendant plus de trois décennies à quitter ce monde pour ne plus voir ces terribles images.

En cette fin du mois de juillet, les cadets sont nombreux sur la base de Valcartier pour leur camp d’été, quand la journée vire au drame lorsqu’une grenade explose dans un bâtiment où se trouvaient 135 cadets de 14 et 15 ans. Six d’entre eux n’en réchapperont pas, tandis qu’une soixantaine d’autres sont blessés dans ce qui se voulait une démonstration sur la dangerosité des explosifs.

C’est en effet lors d’une leçon sur l’emploi sûr d’explosifs et de pièces pyrotechniques, qu’une grenade M-61 a explosé dans une salle de classe improvisée dans laquelle étaient entassés plus de cent adolescents qui participaient au camp d’été des cadets de Valcartier.

«Le capitaine qui faisait la présentation a blagué en affirmant que jamais il n’amènerait une vraie grenade pendant une formation. Mais elle avait été mélangée parmi les grenades pour pratiques. Un enfant l’a donc dégoupillée et il se l’est mise entre les jambes. Elle a explosé», a récemment expliqué le sergent retraité Charles Gutta, à l’époque adjudant-maître de la compagnie D du Camp des cadets qui était dans une salle voisine au moment de la tragédie.

Alors âgé de 26 ans, le caporal Denis Labbe, adjoint-médical au 3e Bataillon Royal 22e Régiment, a tenu dans ses mains les corps, inertes, de deux cadets. Pendant de nombreuses années il l’avait oublié. «Ce jour-là, j’ai descendu deux cadets à la morgue […] Ce n’est que récemment, avec l’aide de mon psychologue que je m’en suis rappelé», nous dit-il.

«J’étais à côté de la personne qui a pris le téléphone vers 14h15 ce jour-là, se souvient-il. Je me rappellerai toujours de sa face, il avait une face de froid. On nous a dis seulement qu’une grenade avait explosé. Puis quand on s’entraîne, on en manipule, alors je pensais que c’était au champ de tirs, mais quand on a mentionné le mot ‘cadets’… ça était le branle-bas de combat à l’hôpital».

Le 15 mai dernier, à l’occasion d’une rencontre du Comité permanent de la Défense nationale et des Forces canadiennes, Gary Walbourne, le nouvel ombudsman de la Défense qui a succédé à Pierre Daigle en février dernier, a annoncé qu’une enquête tenterait enfin de faire la lumière sur ces événements.

«Je suis heureux d’annoncer que nous avons reçu l’approbation d’aller de l’avant avec l’enquête hier après-midi. Nous nous sommes déjà demandé quelle serait la portée de l’enquête, à quel point elle serait détaillée. Ce dossier va avancer très rapidement», a indiqué l’ombudsman aux membres du comité.

De cette tragédie, Hugo Fontaine, chef de division à la section Affaires de La Presse, en a écrit un livre bouleversant sur le déroulement de cette sombre journée de 1974 et ses conséquences: La grenade verte. Poignant récit, recherches rigoureuses et approfondies, La Grenade verte est un livre à lire absolument pour comprendre ce qui, il y a 40 ans, a mis fin à la jeunesse et l’insouciance de nombreux cadets, à la fin d’un été, jusque là rempli de joie et d’amitié.

Pour ne pas jamais les oublier: Yves Langlois, Érik Lloyd, Pierre Leroux, Mario Provencher, Othan Mangos et Michel Voisard.

Une cérémonie en hommage aux victimes a lieu aujourd’hui même sur la base de Valcartier. 45eNord.ca est sur place. Reportage à venir…

1 COMMENT

  1. Wow que de souvenirs mon frère Daniel Migneault était a la base de valcartier et lorsqu’il y a eu l’explosion de la bombe alors son cours a lui venait d’être annulé Chance car il y aurait passé Dieu merci il est en vie

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