Irak: le Premier ministre Nouri al-Maliki cède enfin le pouvoir

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Le Premier ministre Nouri al-Maliki, le 1er juillet 2014 lors d'une session parlementaire à Bagdad (Ahmad Al-Rubaye/AFP)
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Le Premier ministre Nouri al-Maliki, le 1er juillet 2014 lors d'une session parlementaire à Bagdad (Ahmad Al-Rubaye/AFP)
Le Premier ministre Nouri al-Maliki, le 1er juillet 2014 lors d’une session parlementaire à Bagdad (Archives/Ahmad Al-Rubaye/AFP)

Le Premier ministre irakien sortant Nouri al-Maliki a annoncé jeudi qu’il abandonnait le pouvoir trois jours après la désignation de son successeur, alors que le pays plongé dans sa plus grave crise depuis des années ne parvient toujours pas à contenir l’offensive djihadiste.

Sur le plan politique, au terme de mois de crise et des critiques de plus en plus virulentes contre lui, M. Maliki a décidé de jeter l’éponge, après avoir passé huit années au pouvoir et tout fait pour y rester.

«J’annonce devant vous aujourd’hui […] le retrait de ma candidature au profit du frère Haïdar al-Abadi», a déclaré M. Maliki, dans une allocution retransmise à la télévision où il est apparu aux côtés de son successeur désigné, dont il avait vivement dénoncé la nomination.

Le président de la République Fouad Massoum avait chargé lundi M. Abadi, un membre du parti Dawa de M. Maliki, de former un nouveau gouvernement. Mais M. Maliki, qui ne cachait pas sa volonté de briguer un troisième mandat, avait qualifié cette décision de violation de la Constitution.

Et, même lâché par ses alliés iranien et américain, et des membres de son propre bloc chiite, il avait affirmé qu’il n’avait pas l’intention de quitter le pouvoir sans une décision de la Cour fédérale, qu’il a saisie.

Les nombreux détracteurs de M. Maliki, un chiite de 63 ans, imputent le chaos dans le pays, et notamment la montée en force des jihadistes, à sa politique d’exclusion des sunnites et son autoritarisme.

A charge désormais pour M. Abadi, qui a obtenu un soutien international massif, de former un gouvernement d’union qui aura la lourde tâche de sortir le pays de sa plus grave crise depuis des années.

La Maison Blanche, elle, salue un grand pas en avant pour l’Irak.

«La décision du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki d’abandonner le pouvoir trois jours après la désignation de son successeur est un grand pas en avant pour l’Irak», a estimé jeudi Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale du président américain Barack Obama.

Saluant la décision de M. Maliki, Mme Rice a souligné que le nouveau Premier ministre, Haïdar al-Abadi, avait reçu des messages de soutien du monde entier.

«C’est encourageant et nous espérons que cela permettra de placer l’Irak sur une nouvelle voie et d’unir son peuple contre la menace que représente l’Etat islamique», a-t-elle ajouté.

Depuis plusieurs jours, la Maison Blanche avait multiplié les appels à M. Maliki pour qu’il ne s’accroche pas au pouvoir et cède la place pour permettre à son successeur de rassembler le pays.

«Ces dernières années, les Irakiens n’ont pas travaillé ensemble. La population sunnite n’a pas été suffisamment prise en compte. Cela a entraîné une perte de confiance dans certaines régions d’Irak et au sein des forces de sécurité irakiennes», avait notamment souligné Ben Rhodes, conseiller adjoint à la sécurité nationale de M. Obama.

Le siège des monts Sinjar brisé

Par ailleurs, le président Barack Obama a annoncé ce jeudi 14 août que les frappes aériennes américaines contre les djihadistes avaient brisé le siège des monts Sinjar, dans le nord de l’Irak, où s’étaient réfugiés des milliers de Yazédis après la prise de la ville de Sinjar par les combattants de l’État islamique début août.

Des centaines de milliers de personnes ont été jetées sur les routes par l’offensive fulgurante lancée le 9 juin par l’EI qui s’est emparé de pans entiers du territoire au nord, à l’ouest et à l’est de Bagdad.

Depuis une dizaine de jours, les jihadistes ont avancé vers le Kurdistan autonome, chassant des dizaines de milliers de membres des minorités chrétienne et yazidie (minorité kurdophone et non musulmane) de leurs villes, à Sinjar et Qaraqosh notamment, tombées aux mains de l’EI. Les forces kurdes dépassées tentent de les freiner.

Le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés avait estimé il y a quelques jours à plusieurs dizaines de milliers le nombre de personnes, en majorité des Yazidis, pris au piège sans vivres et sans eau dans les monts Sinjar, après avoir été chassés de chez eux par les djihadistes.

*Avec AFP