Ukraine: l’armée pas prête à mettre en oeuvre le plan de paix

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Des soldats ukrainiens devant la centrale thermoélectrique de la région de Lugansk dans l'est de l'Ukraine, le 20 septembre 2014 (Anatolii Boiko/AFP)
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Des soldats ukrainiens devant la centrale thermoélectrique de la région de Lugansk dans l'est de l'Ukraine, le 20 septembre 2014 (Anatolii Boiko/AFP)
Des soldats ukrainiens devant la centrale thermoélectrique de la région de Lugansk dans l’est de l’Ukraine, le 20 septembre 2014 (Anatolii Boiko/AFP)

L’armée ukrainienne a annoncé dimanche qu’elle ne mettrait pas en oeuvre le plan de paix négocié avec les séparatistes prorusses tant que la trêve ne serait pas totale dans l’Est, où deux soldats ont péri après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu consolidé.
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Mise à jour au 22/09/2014 à 8h53

L’armée ukrainienne a finalement annoncé commencer la mise en oeuvre des neuf points du mémorandum de Minsk, signé samedi par Kiev et la rébellion, et qui prévoit la création d’une zone tampon, une interdiction de survol des régions séparatistes et le recul des pièces d’artillerie des deux camps.

«Nous nous préparons à reculer l’armement lourd à 15 km» de la ligne de front, a assuré le porte-parole de l’armée Andriï Lyssenko.

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Les belligérants ont signé dans la nuit de vendredi à samedi à Minsk un mémorandum en neuf points, signé aussi par la Russie et par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui vise à mettre en place une zone tampon de 30 km de large le long de la ligne de front, d’où les armes lourdes devaient en principe être retirées au plus tard dans la nuit de samedi à dimanche.

Mais le porte-parole de l’armée ukrainienne a estimé que la mise en oeuvre de cette zone démilitarisée ne serait possible qu’une fois que le cessez-le-feu serait complet dans les régions séparatistes.

«L’un des principaux points (de l’accord signé samedi à Minsk) concerne le cessez-le-feu et seulement après, il y a les autres points», a déclaré Andriï Lyssenko.

«Tant que ce premier point n’est pas acquis, nous ne pouvons pas parler des points suivants», a-t-il averti alors que le texte prévoit bien une entrée en vigueur simultanée des neuf points sur le territoire contrôlée par les rebelles, soit une zone qui s’étend sur 230 km de Lougansk à la mer d’Azov au sud et sur 160 km dans sa plus grande largeur entre Donetsk à l’ouest et la frontière russe à l’est.

Ce mémorandum fait suite à un «protocole de cessez-le-feu» conclu le 5 septembre, déjà à Minsk. Mais depuis cette date, au moins 37 civils et militaires ont été tués dans l’est de l’Ukraine, selon un comptage à minima de l’AFP.

À Donetsk, principale ville tenue par les prorusses, des tirs à l’arme lourde se sont poursuivis par intermittence dimanche matin aux abords de l’aéroport contrôlé par l’armée loyaliste.

‘Nous répliquons, bien sûr’

«Depuis l’aube et l’entrée en application du cessez-le-feu, nous avons remarqué une diminution de l’utilisation par l’armée ukrainienne des lance-roquettes multiples et de l’artillerie», a toutefois déclaré à l’AFP un membre des services de «renseignements militaires» de la République autoproclamée de Donetsk, prénommé Denis.

«Ils tirent moins sur les quartiers de la ville proches de l’aéroport. Mais ils n’ont pas bougé, ne se sont pas repliés. Leurs chars et leurs blindés sont cachés dans les parkings souterrains, dans des positions enterrées», a-t-il ajouté.

«Nous avons reçu l’ordre de ne pas leur tirer dessus à l’arme lourde. Mais quand ils nous tirent dessus, nous répliquons, bien sûr. Dès qu’ils observent un mouvement de notre part, ils tirent. Chacun veut montrer à l’autre qu’il est toujours là», a expliqué Denis.

L’armée russe ‘prête à intervenir’

Samedi, le commandant en chef des forces de l’Otan, le général américain Philip Breedlove, avait fustigé un cessez-le-feu qui n’existe «que sur le papier» et dénoncé «un flux incessant» de troupes russes et prorusses entre la Russie et la région de l’est de l’Ukraine aux mains des rebelles.

Aux termes du mémorandum de Minsk, «toutes» les troupes étrangères doivent quitter l’Ukraine.

Moscou dément toute présence de ses troupes sur le sol de son voisin, malgré les informations de plusieurs médias indépendants russes selon lesquels des parachutistes tués en Ukraine ont été inhumés dans le nord de la Russie.

«Mais nous espérons que cela va changer», a ajouté le général Breedlove, tout en précisant que le nombre des soldats russes à l’intérieur de l’Ukraine avait « baissé de manière significative » par rapport à leur niveau le plus élevé, selon lui, il y a « plus d’une semaine ».

Cependant, ces troupes «ne sont pas rentrées dans leur pays et sont toujours prêtes à intervenir militairement en Ukraine si tel est le désir», a affirmé le général américain.

En cinq mois, le conflit dans l’est de l’Ukraine a fait près de 2.900 morts et a poussé plus de 600.000 civils à fuir.