Un jeune aspirant djihadiste montréalais âgé de 15 ans risque de 10 à 14 ans de prison

0
154
Les loups solitaires, ces gens se radicalisant seuls, devant leur ordinateur, inquiètent les autorités.
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Les loups solitaires, ces gens se radicalisant seuls, devant leur ordinateur, inquiètent les autorités.
Les loups solitaires, ces gens se radicalisant seuls, devant leur ordinateur, inquiètent les autorités.

L’adolescent radicalisé de 15 ans arrêté la semaine dernière, qui était en contact avec Martin Ahmad Rouleau, l’auteur de l’attaque à Saint-Jean-sur-Richelieu qui a entraîné la mort d’un militaire en octobre dernier, et qui projetait de quitter le Canada pour se joindre au djihad armé, a comparu cette semaine au Palais de Justice de Montréal.

Le jeune homme d’origine maghrébine, qui risque maintenant des peines de 10 ans à 14 ans de prison, a été accusé d’avoir tenté de quitter le pays afin de participer à une activité terroriste à l’étranger en vertu de la nouvelle Loi sur la lutte contre le terrorisme. Il est accusé en outre d’avoir tenté de financer un acte terroriste.

L’adolescent a plaidé non coupable aux deux chefs d’accusation. Il sera soumis à une évaluation psychiatrique dans le prochain mois et, d’ici là, reste détenu.

Dénoncé par son père inquiet

C’est le père de l’adolescent qui a lui-même alerté la police alors que son fils s’éloignait peu à peu.

Le 11 octobre dernier, l’adolescent de 15 ans était entré dans un dépanneur de l’ouest de Montréal, le visage couvert d’un foulard. Il a sorti un long couteau avant de réclamer le contenu du tiroir-caisse. Le propriétaire a déposé un peu plus de 2.000$ dans un sac, que le père trouvera le soir-même dans la cour arrière de leur maison.

Le père a questionné son fils, mais ce dernier a nié avoir commis un crime.

Cette somme, le jeune homme comptait l’utiliser pour se rendre dans un pays soumis à la loi islamique, a indiqué La Presse.

Interrogé par la police, l’adolescent a refusé de préciser dans quel pays il comptait se rendre. Il estime «vivre dans le péché parce qu’il ne réside pas dans un pays musulman».

Au cours de son interrogatoire, il aurait décrit le Canada comme étant un pays d’infidèles qui ne partagent pas ses valeurs. Étant en guerre contre ces infidèles, il pensait donc qu’il était légitime de s’emparer du butin de ses ennemis.

La police a également retrouvé des vidéos de propagande djihadiste dans son ordinateur.

Il est actuellement placé dans un centre jeunesse et a déjà plaidé coupable de deux chefs d’accusation pour vol. Sa peine sera fixé en décembre.

Hier, le jeune homme était donc de retour devant un juge du tribunal de la jeunesse pour répondre cette fois à une accusation beaucoup plus grave, avoir tenté de quitter le Canada dans le but de participer à une activité d’un groupe terroriste.

La nouvelle Loi sur la lutte contre le terrorisme

Le Canada n’a pas été épargné par le phénomène des volontaires venus de pays occidentaux qui partent pour l’étranger combattre aux côtés des islamistes.

Depuis l’attaque terroriste et la prise d’otages de janvier 2013 à In Amenas, en Algérie, à laquelle avaient participé un groupe de jeunes islamistes canadiens, puis, quelques mois plus tard, une attaque à Mogadiscio qui avait fait une quarantaine de morts et où un jeune Canadien était à la tête d’un commando de shebabs au sein duquel on retrouvait aussi un deuxième Canadien, le Canada .était de plus en plus montré du doigt comme un vivier de terroristes.

Pour répondre à cette problématique, en avril 2013, le gouvernement canadien a proposé de modifier le Code criminel pour créer de nouvelles infractions relatives au fait de quitter ou de tenter de quitter le Canada pour commettre certaines infractions de terrorisme et prévoient pour les personnes qui seraient reconnues coupables de telles infractions de peines variant de 10 à 14 ans d’emprisonnement.

La nouvelle Loi sur la lutte contre le terrorisme est finalement entrée en vigueur en juillet 2013 et, depuis, est coupable d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de quatorze ans, dit la loi, «quiconque quitte ou tente de quitter le Canada — ou monte ou tente de monter dans un moyen de transport dans l’intention de quitter le Canada dans le but de commettre un acte à l’étranger qui, s’il était commis au Canada, constituerait un acte criminel prévu par la présente loi ou par une autre loi fédérale au profit ou sous la direction d’un groupe terroriste, ou en association avec lui.»

En mai, un premier Canadien, Mohamed Hassan Hersi, 28 ans, d’origine somalienne, a été condamné pour avoir tenté de rallier le mouvement des islamistes somaliens shebab. Il avait été arrêté en mars 2011 à l’aéroport de Toronto, où il devait embarquer dans un vol pour Le Caire puis rejoindre la Somalie.